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Avis sur Merriweather Post Pavilion

Avatar Lucid
Critique publiée par le

Parler d’un amour n’a jamais été une chose facile. Surtout en musique. Toujours cette petite chose, intouchable, mais pourtant primordiale qui vous fait passer du simple flirt à un amour éternel.

Et donc forcément, c’est ce qui se passe avec Animal Collective. Merriweather Post Pavillon, en particulier. Cependant, même si maintenant il fait entièrement partie de moi, et nous ne formons qu’une seule entité, il fut un temps où MPP n’était qu’une simple broutille, un grain de sable dans l’œil qui nous occupe pendant un court instant avant de repartir vers sa sordide destinée. La belle époque. Maintenant, il s’amuse avec mes émotions, me rappelant à n’importe quelle heure de la journée, jouant avec mes palpitations. Mais ça ne me dérange pas, je crois, c’est un peu comme une gentille drogue. Vous vous sentez un peu seul sans elle, mais vous continuez à vivre. Mais dès qu’elle arrive, la vie est tout de suite plus belle, les pigeons roucoulent, les nuages sont d’un coup plus lumineux et les gens sourient. Et le plus beau dans tout ça, c’est que ça ne s’arrête jamais, l’effet est toujours là, encore et encore et encore, une spirale pas vraiment infernale.

C’est bien joli tout ça, mais soyons sérieux, car MPP, ce n’est pas qu’un coup de cœur passager (vous l’avez compris, je pense) mais c’est de la grande musique (j’aime bien utiliser de grandes expressions qui ne veulent pas forcément dire quelque chose). Il ne se limite pas à être l’apogée du meilleur groupe de ces dernières années (j’aurais pu dire de tous les temps, mais on va encore me taxer d’hipster à la noix), c’est le testament sonore des années 2000.

Car on le sait tous, Animal Collective est un groupe qui se renouvelle à chaque album, on le sait déjà en 2009. L’attente était forte après l’incroyable Strawberry Jam et ses délires pyscho-rêveurs qui donnaient un aspect plus pop aux longs déambulements de Feels. C’est d’ailleurs sur cet aspect pop que MPP pose ses fondements. Pour vous faire une idée, on pourrait imaginer ça avec une recette de cuisine : « Tout d’abord, préparez bien votre pâte Strawberry Jam pour faire une bonne base bien juteuse en agréments pop.

Rajoutez-y votre aliment principal Feels pour lui donner une couleur qui rappellera les flâneries pysché. Rajoutez-y des touches de Sung Tongs pour y agrémenter une certaine dose de folie. Et bien sûr en accompagnement, une sauce Spirit They’re Gone, Spirit They’ve Vanished, à utiliser avec parcimonie pour que le tout garde une forme concrète. Il ne vous reste plus qu’à servir la galette et vos invités seront ravis. » Approximativement, voilà.

Les années 2000, quant à elles, ont étés riches en découvertes et en expérimentations diverses, relancées par les canadiens d’Arcade Fire et leur album Funeral. Et les Strokes, un peu, aussi. L’émergence de centaines de groupes était donc obligatoire, avec chacun en ambition de forger son propre son, et son image propre à elle, en se démarquant de ses deux fers de lance, pour atteindre un statut de cador de la nouvelle génération. Beaucoup y ont touchés, mais peu sont restés en haut de pinacle. Animal Collective a réussi, en brassant une culture récente musicale, et en sortant l’album de pop ultime. Condensé de leur propre son comme déjà expliqué précédemment, mais aussi de la nouvelle vague psyché en cours (neo-psychadelia) et l’indie pop qui circule sur les ondes depuis un bout de temps. Le rêve pour tout amateur d’indie qui soit. Alors forcément, c’est là que ça se complique avec les détracteurs qui vont nous sortir que c’est qu’un énième rejet de Pitchfork, apprécié uniquement par sa cohorte de fans qui sont trop des gens undergrounds, quoi.  Mais c’est là qu’il faut faire la part des choses, et soit se borner dans un éternel rejet d’une musique faussement underground et tombée aussi dans des clichés, ou soit abandonner toute sorte de clichés et apprécier la musique comme elle se doit.

Et si on parlait de la matière même, hein, ce serait pas bête.
Quelques sons un peu étranges, aquatiques nous attaquent dès l’entrée et suivront plus ou moins le reste de l’enregistrement. Et In The Flowers commence, et le ton est donné. Un synthé monte progressivement, la voix d’Avey Tare débarque, un peu timide, des chœurs étranges font écho, et la classique montée fortement jouissive, qu’ils maitrisent avec toujours autant de talent. Le reste sera tout aussi bon. L’entrée avec les quatre tubes en puissance : celle suscitée, la tonitruante My Girls, et ses cris torturés et son synthé obnubilant. Vient par la suite Also Frightened, sorte de rejeton de Feels, et son apogée tardive, tout en sueur d’Avey Tare et ses cris qui viennent définitivement d’une autre planète. Et enfin la tubesque Summertime Clothes qui vous envoie sans concession en plein milieu d’une plage, un soir d’été. Et pour se remettre de nos fortes émotions viennent trois magnifiques ‘balades’, beaucoup plus calmes (raffinées?) que les précédentes, où surviennent les souvenirs des débuts expérimentaux. Daily Routine, où notre bon Panda prend la relève au chant, avec cette reverb totalement spatiale. Bluish qui pose définitivement l’album, et ses sons inhabituels qui nous emmènent toujours en été mais cette fois-ci dans un contexte plus calme, à l’ombre pour mieux se reposer. Guys Eyes quant à elle retourne sur côté plus tribal, un peu plus énervé et son éternelle ritournelle (« I really want to do ») et son passage sous drogues pour mieux nous recaptiver par la suite.

S’en vient Taste et Lion in a Coma qui pourraient ne former qu’un seul et même morceau, sur un retour tribal à la Strawberry Jam, Taste avec ses longues plaintes agrémentés d’une rythmique des plus inspirées, et Lion in a Coma, parfait exemple de la magie du groupe, sorte de morceau qui pourrait devenir l’emblème du groupe, tant la cohérence colle à son image, où l’on mêle une rythmique de Panda parfaite, des cris d’Avey Tare juste comme il faut et une ambiance sonore de Geologist des plus inspirés (ah Deakin…), un bonheur auditif des plus frappants. Vient ensuite No More Runnin, qui apparaît comme une rupture, longue ballade typiquement collectivienne, qui sonne un peu bizarre par sa non-cohérence avec le reste de l’album. On comprendra rapidement que c’était juste un moment de répit pour mieux recevoir la claque qui vient par la suite, Brother Sport.
Brother Sport est un morceau parfait, LE morceau parfait. Je ne sais pas comment vous en parler, tellement cette chanson me rend un peu fou, me faire perdre tout sens commun, me rend indéniablement heureux, me fait rappeler à quel point la musique peut me faire atteindre des sommets inaccessibles de plaisir. Tout démarre sur un son, une note claire et la boucle est lancée. Noah se lance dans un rythme totalement décadent, secondé par Tare qui se dandine. Vient ensuite cette sorte de fouillis expérimental qui vous amène dans une réalité acerbe et totalement psychotique, une agression parfaite de nos sens vitaux. La rupture nette apparaît comme un soulagement, une sorte de répit. Ce n’était que mieux pour vous faire retourner dans une boucle du plaisir infini (rolala). « Until fully grown, you got a real good shot, won’t help to hold inside, keep it real keep it real shout out. » nous murmure nos amis pendant deux bonnes minutes. Le plaisir ne sera que décuplé. Et tout s’achève, et le goût du bonheur suprême se balade encore dans vos sens, vous en redemander, encore et encore, à tout jamais.

Voilà. Ce fut certainement pas très constructif, un peu foutraque, mais j’avais envie de vous en parler, ça me démangeait, un peu. Cet énorme pavé au-dessus me fait un peu peur, je n’ose pas le relire mais tant pis, finissons-en.

Ma vie n’est plus la même depuis mon adoption de MPP, je ne saurais vous dire en quoi, mais quelque chose a changé en moi, une chose fondamentale, qui clarifie ma vision de la musique, et qui dépasse son cadre. Pas un but, mais une étape. Merci Animal Collective, merci.

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