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Avis sur De sève et de cendres - Swamp Thing, tome 1

Avatar Ashlor
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Résumer en quelques mots la carrière éditoriale de Swamp Thing n'est pas chose aisée. Baladée entre DC et Vertigo et d'auteurs en auteurs (tous plus ou moins talentueux), avec ce que cela implique de visions différentes du personnage, la Créature du Marais n'a pas eu la vie facile. Réapparu dans l'univers DC au cours du crossover Brightest Day, Swamp Thing a ainsi profité des New 52 de septembre 2011 pour prendre un nouveau départ, avec Scott Snyder et Yannick Paquette aux manettes.

Et plutôt que de revisiter intégralement les origines du personnage, Snyder (qu'on a déjà vu à l'oeuvre sur Batman ou American Vampire) a opté pour une forme de conciliation, en mêlant des éléments introduits par Len Wein (créateur du personnage) et Alan Moore (auteur du run le plus mémorable à son sujet). Ainsi, Alec Holland, héros de l'histoire, a bien été ramené à la vie suite à l'explosion de son laboratoire, mais n'a en revanche jamais été Swamp Thing, quoi qu'en disent les souvenirs qu'il a en tête. D'autres éléments nécessaires à la compréhension de la mythologie Swamp Thing (le Parliament of Trees, l'équilibre entre Sève, Sang et Nécrose (Green, Red et Rot, pour les lecteurs VO), les différentes Créatures du Marais à travers les âges, la formule bio-restauratrice, etc) sont également expliqués avec soin, Scott Snyder étant désireux de ne perdre aucun lecteur en cours de route, tant ce glossaire peut paraître compliqué de prime abord.

Si le trois premiers numéros servent essentiellement d'introduction à l'univers du Swamp Thing (le #1 ne vous laissera d'ailleurs aucun doute si jamais vous doutiez encore que la série évolue réellement ou non dans l'univers DC), les quatre suivants s'articulent autour de deux grands axes : Alec Holland qui, malgré l'insistance de la Sève, refuse encore et toujours d'accepter son destin de Swamp Thing, et la montée en puissance de la Nécrose, désireuse de profiter de la faiblesse de ses ennemis éternels : là où le hérault de la Sève refuse son destin, celui du Sang (il faut lire Animal Man !) n'est encore qu'un enfant.

La famille Arcane (qui doit vous être familière si vous avez déjà lu Swamp Thing par le passé), introduite dès le #2, va ainsi devenir le centre de toutes les attentions, l'un de ses membres se voyant traqué par notre héros, désireux de venir en aide à la Sève sans pour autant dire adieu à son humanité. C'est durant cette traque que tout le talent de scénariste de Scott Snyder apparaît, ce dernier parvenant comme toujours à nous captiver via de petites intrigues secondaires essentielles au dénouement de l'histoire principale. Il faut dire que les grandes conspirations (American Vampire, La Cour des Hiboux) et les familles brisées (Sombre Reflet, Iron Man Noir), ça le connaît. La différence de traitement des deux personnages principaux (pourtant tous deux liés par le refus d'accepter leurs destins) permet un parallèle intéressant et donne un côté tragique à l'histoire, car comme on dit, personne n'échappe à son destin. On appréciera également la nuance apportée par l'auteur, destinée à démontrer qu'entre Sève, Sang et Nécrose, aucune ne mérite réellement le qualificatif de "gentil". Comme toujours avec lui, le rythme est posé sans être mou, les dialogues sont réfléchis et censés, permettant de bien prendre conscience des enjeux et de s'attacher à ses personnages. Ainsi, quand dès la fin du #5, les choses commencent à sérieusement se gâter, on se demande bien comment tout cela va bien pouvoir s'arranger.

Cette obsession du détail est également présente chez Yannick Paquette, dessinateur attitré de la série quoi que parfois remplacé par Marco Rudy. Si vous vous plaignez régulièrement de cases vides et sans profondeur, le canadien est l'homme qu'il vous faut tant ses crayonnages transpirent de détails, donnant à ses planches un aspect terriblement vivant et crédible. De même, il nous gratifie de plusieurs doubles-pages permettant une profonde immersion au sein de la Sève ou de la Nécrose, tant un soin particulier est accordé à n'importe quelle plante ou n'importe quel crâne. On aurait pu penser son style moderne incompatible avec un titre horrifique tel que Swamp Thing, il n'en est heureusement rien. Si certains pourront sans nul doute être surpris par le style de Travel Foreman sur Animal Man, je défie quiconque d'être déçu par la patte graphique de Yannick Paquette. Et que dire de la précision de ses visages ...

Au final, Swamp Thing apparaît comme l'ambassadeur idéal de la ligne Dark de DC. Scott Snyder y clarifie très rapidement toutes les zones d'ombre qui pourraient entourer son personnage, et y développe une intrigue psychologique au déroulement assez original (on ne voit pas Alec Holland en Swamp Thing avant ... vous verrez). Les rebondissements successifs à partir du #5 sont par ailleurs annonceurs d'une épopée bien plus grande (la dernière case traduit bien cette sensation d'envol que s'apprête à prendre la série) que ces sept premiers numéros destinés à prouver que non, Swamp Thing n'est pas compliqué, et que oui, tout le monde peut le lire sans souci aucun (cela ne signifiant en aucun cas qu'il manque de profondeur, loin de là). Parfaitement servi par les dessins d'un Yannick Paquette en très grande forme, Scott Snyder prouve encore une fois qu'il est l'un des meilleurs scénaristes du marché, et nous donne rendez-vous dans quelques mois pour une guerre dont Swamp Thing partagera l'affiche avec Animal Man. Le meilleur (les interactions avec d'autres personnages de l'univers Dark, l'apparition d'ennemis emblématiques de Swamp Thing) est à venir !

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