La belle et la bête

Avis sur Alien : Le Huitième passager

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Les aléas de mes acquisitions de films me font terminer ma rétrospective Alien par le tout premier. Je perds probablement en cohérence, mais je gagne au moins le mérite de mes nettoyer les yeux de toutes les bousasses qui ont suivies en une seule fois.

C’est dingue comme il n’y a absolument rien de comparable entre ce chef d’œuvre presque parfait et tout ce qui a pu suivre, c’est fou aussi comme l’influence du film a pu déborder bien au-delà et irriguer tout un pan de la science-fiction claustrophobique jusqu’à aujourd’hui. C’est impressionnant parfois, les films fondateurs, ça se repère souvent au fait que ça ne prend pas une ride 35 ans plus tard…

L’histoire vous la connaissez, mais il est important de la nettoyer un peu de tout le mythe idiot qui a pu suivre tant elle fait montre d’une habileté sans faille.

2122, le Nostromo est un vaisseau spatial minier de retour sur Terre qui réveille son équipage à l’approche de ce qu’ils pensent être leur bonne vieille planète natale… En fait non, un signal a attiré l’attention du vaisseau et les oblige à aller jeter un petit coup d’œil vite fait, en passant… C’est ainsi que pénètre à l’intérieur une petite bestiole particulièrement dure au mal que vous connaissez déjà probablement…

Et bien à l’époque, non et tout le génie du film tient dans l’extrême économie avec laquelle Ridley Scott nous présente la créature de H. R. Giger, parfaitement à l’aise dans de superbes décors à la Moebius…

C’est merveilleux de voir avec quelle intelligence le film se rapproche de plus en plus de sa véritable nature horrifique, distillant çà et là quelques émotions fortes mais nous passionnant avant tout pour l’expédition en elle-même, pour le Nostromo, avant de resserrer humainement et géographiquement l’espace jusqu’à la plus pure terreur.

Les sept personnages humains sont absolument parfaits. Tom Skerritt est le chef de bord, Harry Dean Stanton et Yaphet Kotto sont les mécanos bougons, John Hurt le malchanceux qu'il faut étouffer dans l'oeuf, Ian Holm le mystérieux officier scientifique, Veronica Cartwright la spectatrice passive et Sigourney Weaver l’héroïne presque malgré elle qui ne s’impose progressivement qu’à la disparition du gros de l’équipage pour terminer dans la plus simple et la plus douce des tenues virginales.

Le succès de Star Wars a sorti des placards tout ce que les studios avaient comme S-F dans les placards, y compris cette resucée du Dark Star de Carpenter, du coup, space-opéra entre parenthèse, on est très agréablement à l’aise à l’extérieur et à l’intérieur de vaisseaux presque familiers. Les emprunts à 2001 datent un peu par contre et la salle de consultation de l’ordinateur central est probablement la seule partie un peu vieillie du voyage.

Ridley Scott est encore un tout jeune réalisateur, il fait montre pour son deuxième long métrage d’une maîtrise de chaque instant. Peu familier des films d’horreurs, il sera tellement impressionné par la vision de Massacre à la tronçonneuse dont il n’attendait qu’un naveton amateur qu’il en passera même la bande-son sur le tournage afin de mettre en pelote les nerfs de ses acteurs. Le résultat est impressionnant. Aussi virtuose dans la création d’un monde futuriste acceptable que dans l’action et l’angoisse, Alien réussit la gageure de s’imposer au spectateur comme un film inoubliable tant dans le domaine de la science-fiction que de l’horreur et de rester trois décennies plus tard un des plus grands fleurons de ces deux genres sans même paraître souffrir des avanies que les abominations suivantes ont fait subir à la franchise.

Depuis 1979, claustrophobie et paranoïa se sont essayées à faire bon ménage un peu partout, y compris en S-F, n’hésitant pas à piller sans vergogne le modèle indépassable. Etrangement, à chaque tentative, Alien ressort grandit de la confrontation, tant les multiples surenchères ne pourront jamais lutter contre un scénario maîtrisé et tendu à l’extrême dans une mise en scène d’exception, pure, froide et clinique, certes, mais qui sait aussi baver quand il le faut, comme un bon gros monstre indestructible qui vient de rencontrer une nouvelle proie.

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