L'apocalypse. MAINTENANT !

Avis sur Apocalypse Now

Avatar Lucid
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Ah ce film... Le résumer a un simple film de guerre serait une hérésie. C'est un film sur l'être humain et sa folie la plus primaire.
Revenons en d'abord au film.
Tout commence par l'intro la plus classe du cinéma. Des arbres, un silence et là, la musique se lance : The End des Doors. Et finalement cette chanson illustre parfaitement bien le film : un départ tonitruant qui dure une éternité. Et on prend son pied.
Guerre du Vietnam. On suit Mr. Willard et sa remontée du fleuve à la poursuite de Kurtz, ancien colonel qui aurait pété un plomb et qui s'est caché au fin fond de la jungle cambodgienne, désormais adulé comme un Dieu. On s'en doute, cette remontée ne sera pas un jeu d'enfant, elle est semé de périples. Et quelles périples mes amis : rencontre avec le lieutenant Kilgore qui nous fait vivre une des scènes les plus jouissives du cinéma : la Chevauchée des Walkyries ; ballade nocturne dans la jungle, tigre inclus ; déchainement animal envers de pauvres femmes venus divertir les soldats ; contrôle de bateau qui finit mal ; rencontre mystique avec des cultivateurs français ( le passage du brouillard est magnifique )... On pourrait en parler des heures et des heures...
Et tout au long, la folie monte. Willard doute de plus en plus de la folie de Kurtz, le ptit blond vire dans le mysticisme...
Et ensuite, LA rencontre. Brando. Immense. Fou. Divinité. Chauve. Au sommet de sa performance. Les 30 dernières minutes sont indescriptibles, tellement la tension est palpable, tellement la rencontre de ses 2 mortels devient le plus grand duel du Cinéma.
Et on retrouve la voix du vieux Jim, qui descend, descend. Jusqu'à l'écran noir. Et là, on vient de vivre le Cinéma, dans toute sa splendeur.

(bon dieu, ce titre...)

Quelques mois après avoir écrit cette critique (une de mes premières d'ailleurs), je relis le tout et je m'insurge : je me vantais de dire que le film traitait avant tout de la folie, et finalement je frôlais à peine le sujet. Prenant mon courage à deux mains, j'essaye de m'atteler à la tâche.

La folie, ici, prend plusieurs visages : Willard et Kurtz évidement, mais aussi Kilgore, Miller, le photographe, Johnson, les soldats devenant fous devant les danseuses, les français obstinés. Tant de personnages et tant de diversités. Une des premières remarques que l'on pourrait faire, c'est la parallèle avec la remontée du fleuve et la montée de la folie : plus on avance à travers la jungle, plus la folie monte. Cela commence avant le départ en bateau avec Kilgore et sa folie primaire, à la limite juste une obsession tonitruante pour le surf. Et le chemin commence. Les premiers signes de folie se font voir lors de la scène des danseuses, où les soldats perdent leurs moyens devant quelques bouts de chairs et se font submerger par leurs propres désirs. Les mêmes danseuses qui vont lancés la longue descente de Johnson et ses trips mystiques qui atteignent un sommet lors de l'enterrement de Chef. La folie de Miller est surement la plus « compréhensible » : déclenché lors de la perquisition où ses nerfs commencent à lâcher, ce jeune garçon (16 ans c'est jeune pour le Vietnam quand même) est horrifié et sa mort est horrible (cette cassette qui tourne et qui tourne...). Puis viennent les français, les résistants, qui veulent garder leurs terres, s'enterrant peu à peu dans leurs folies... Et enfin, le journaliste-photographe, qui coïncide avec la fin du voyage, montre une folie « finie ». Complétement transformé par l'aura de Kurtz, il déblatère sans fin, voue un culte sans fin au vieux colonel...

Et enfin, les plus complexes Willard et Kurtz. Willard d'abord. Dès le début, on voit que cet homme n'est pas sain, lors de sa divagation alcoolisé dans son motel pourri en attente d'un but fixe. La mission ne l'aidera, bien au contraire. C'est le personnage qui subit le plus la montée parallèle au fleuve. Au début, il rigole, fume sa clope négligemment mais les questions arrivent : « comment ce colonel a pu sombrer dans une telle folie ? ». Les questions le perturbent, il se met à douter, le pessimisme est de plus en plus fort, la rencontre qui devient de plus en plus imminente le fait douter de sa propre sainteté d'esprit. Mais la rencontre n'arrange rien, bien au contraire. Kurtz ne se considère pas comme fou mais comme un être supérieur, qui aurait compris le sens de la vie, et qui s'est replié au fin fond de la jungle en fondant une sorte de royaume où il serait un dieu incontesté. Il divague en parlant avec Willard, « l'horreur, l'horreur ! », une sorte d'incompréhension plane. Finalement Willard cède au jeu lancé par le colonel déchu, et se laisse entièrement envahir par la folie. Le bœuf est exécuté, The end résonne.

Bien sûr, ceci est juste un aspect (à peine effleurer) de ce film qui en revête d'en d'autres...

Je me permets de vous faire une petite mise à jour pour vous conseiller vivement d'aller le voir au cinéma pour apprécier à sa juste valeur l'énorme travail sur le son. Pour vibrer lors des Walkyries. Pour être scotché lors de la scène d'entrée. Pour planer avec Lance. Un son atmosphérique qui résonne pendant des heures..

Et un mot sur la version courte (celle de 79, présentée à Cannes qui occupera les salles jusqu'en 2001) qui vaut son pesant de cacahuètes. Un rythme beaucoup plus soutenu, qui vous garde en haleine, en zappant les deux scènes les plus controversés de la Redux. A voir absolument.

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