Mekas, le pied

Avis sur As I Was Moving Ahead, Occasionally I Saw Brief...

Avatar Obstiné
Critique publiée par le

« A sort of masterpiece of nothing... nothing. » Jonas Mekas le répète tout au long de son film, il ne raconte rien. Glimpses of beauty c'est le rien à l'état d'art. C'est l'ampleur émotionnelle de ce rien qui est prodigieuse : c'est un film beau, happant. Mosaïque d'images filmées sur trente ans de vie, dans un ordre plus ou moins chronologiques (« The first idea was to keep them chronological, but then I gave up and I just began splicing them together by chance »), Glimpses of beauty est le journal intime suprême, l'admirable legs d'un homme qui transcende le cinéma.

Glimpses of beauty ou l'Odyssée de l'existence. Si l'on s'amuse à pousser la comparaison, c'est tout l'inverse du film de Kubrick : l'un montrait l'évolution de l'Homme sous influence monolithique, avec une esthétique ultime et recherchée. L'autre montre l'évolution de l'homme sans influences, son évolution brute, avec une esthétique, certes ultime, mais absolument spontanée. Esthétique, soit dit en passant, tout à fait unique. Caméra amateur, tremblotante, accélérée, son approximatif... mais esthétique éclatante.

Douze chapitres, et pas une minute de trop. L'immersion est totale et au bout de quelques minutes, c'est l'histoire d'un membre de notre famille que l'on suit. Mekas est ce père vieillissant qui vous dit : « Approche, fils, je vais te raconter mon histoire. » À ce détail près que l'histoire de Mekas n'a rien d'héroïque ou d'extraordinaire. Ce sont des tranches de vie quotidienne, l'évolution de ses enfants (et notamment d'Oona, sa fille), des moments banals qui deviennent précieux pour la simple et bonne raison que ce sont des moments de bonheur et de beauté. Début 1970, surtout, fin 90, un peu. À Manhattan, surtout, en France, un peu...

À la manière obsessionnelle et redondante d'un Godard, Mekas abuse de l'intertitre. « Life goes on », par exemple. Associés aux rares interventions du réalisateur, dans sa salle de montage, ces intertitres sonnent comme des préceptes, comme les conseils de vie d'un vieux monsieur qui chérit le passé. C'est uniquement au cœur du film, lorsqu'on y est plongé tout entier, que l'on commence à saisir une certaine mélancolie. La musique, magnifiquement imparfaite, résonne. C'est ce mélange d'instants parfaitement beaux et d'un sentiment persistant de nostalgie, dans Glimpses of beauty, qui émeut. On sent d'ailleurs, bien que l'ordre chronologique ne soit pas totalement respecté, que Mekas et ses proches vieillissent. Très vite, on passe d'intertitres comme « Being in love and in New York » à d'autres comme « Celebrating old friendship », et les sensations procurées sont différentes.

« I'm not making films, I'm just filming. The ecstasy of filming. Just filming life around me : what I see, to what I react... » Mais l'atmosphère du film reste celle de la beauté et de « l'extase ». Ça peut paraître totalement insoutenable, d'ailleurs, tout ce bonheur que Mekas nous envoie dans la gueule. Mais le résultat est magistral.

C'était prévisible, tellement prévisible de mettre cette note à ce film. Je le savais d'avance. Je ne savais pas, en revanche, que j'éprouverais presque une gêne à user de mon minable sens critique sur un objet filmique comme celui-ci.

« Yes, la beauté. »

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 522 fois
35 apprécient · 1 n'apprécie pas

Obstiné a ajouté ce documentaire à 1 liste As I Was Moving Ahead, Occasionally I Saw Brief Glimpses of Beauty

  • Top 10
    Illustration Top 10 Films

    Top 10 Films

    Il est là, tout chaud sorti du four, vous n'en avez jamais vu d'aussi beau...

Autres actions de Obstiné As I Was Moving Ahead, Occasionally I Saw Brief Glimpses of Beauty