Un très beau cycle de la vie

Avis sur Bambi

Avatar Alexcendre
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Ce pauvre film souffre de l'image contemporaine du petit faon qui s'amuse avec un lapin et une mouffette (et non un putois) avant que sa maman ne décide de se faire tuer par un chasseur. C'est bien gentil, mais le traumatisme et la force du film ne se trouvent pas là.

Bambi fait rire. C'est un petit faon, c'est niais, les musiques sont vieillottes et les paroles ridicules, y a pas de vrai méchant, sa maman meurt et... oh ! C'est horrible !

En tout cas, c'est ce que la plupart des gens que j'ai rencontré en disent.

Je ne suis pas d'accord, et il faut se rappeler que Bambi était un film d'animation qui visait un public bien plus âgé que celui qui est principalement mis devant la vidéo de nos jours.

Si les musiques sont vieillottes, c'est avant tout parce que le film lui-même est vieux, on imagine mal un film des années 40 avec Katy Perry en fond musical.
Je trouve d'ailleurs que les musiques et les chansons sont sublimes, elles sont parfaitement adaptées à l'ambiance du dessin animé, même celles qui semblent particulièrement niaises (l'amour est un chant éternel, je chante pour toi) sont magnifiques et accompagnent merveilleusement bien le visuel par leur rythme. Et bien sûr, si "Petite pluie d'avril" semble ridicule parfois, c'est une prouesse musicale dans le film. L'orage et la pluie sont parfaitement bien rendu, je me souviens avoir eu terriblement peur de ce mélange de son et de lumière étant petite, nous ne sommes pas transportés dans l'orage mais dans la vision de l'orage du petit faon.

Pour ce qui est du film en lui-même, c'est le tout premier cycle de la vie crée par Disney et, pour moi, il est supérieur au Roi Lion et intemporel.

Pas d'histoire de famille, pas de schéma bien complexe, on ne voit jamais le méchant et pourtant tout est là.
La naissance, l'apprentissage, la mort, l'amour de nouveau la naissance.

C'est un autre roi.

Bambi est bien plus réaliste que Le Roi Lion même si l'on retrouve les personnages comiques, la monogamie disney et j'en passe.

Tout d'abord, parlons de l'apprentissage. Animal ou humain ? Bambi découvre la forêt, apprends à parler, à patiner, tout passe par le jeu et l'innocence, c'est un bambin, un enfant et il vit ainsi. Il ne connait pas encore la vie ni la mort, il ignore tout du monde qui l'entoure, il grandit et se développe comme un enfant.
Il découvre d'abord la marche, sa mère, les autres (êtres différents), l'amitié, la praire qui représente le monde extérieur, le sexe opposé, les adultes et leur monde qui semble si différent, il imite, il rencontre son père, figure froide et distante mais très profonde dans le film à travers le regard (le père de Bambi a une importance surprenante pour un personnage qui parle aussi peu et que l'on voit à peine).

Et cette période correspond à l'enfance et débute belle et bien à la naissance, le développement peut sembler rapide mais est très intéressant.

Bambi grandit dans un monde qui devient de plus en plus grand, de plus en plus ouvert (entre le sous bois où sa mère dort et l'immensité de la prairie), sa première sortie marque aussi le début de sa sortie de l'innocence. Tout est annoncé clairement d'une certaine façon, le film est linéaire et logique.

Bambi fait face au danger sans savoir de quel danger il s'agit, il y a une mise en garde, il apprend que le monde n'est pas un immense terrain de jeu et d'innocence, son regard change, c'est déjà un moment dur du film quand on y repense.

Et puis, il y a l'hiver, oublié de tous. Pourtant, le passage de l'hiver à l'automne est cruellement important, il ne montre plus l'ennemi, le danger que représente l'autre parfois (l'homme) mais le danger qui vient de son propre environnement, les moments difficiles que l'on peut traverser, l'absence de nourriture. C'est une réalité animale et humaine qui transparait lors de cet hiver froid.

Le film s'équilibre sans cesse entre l'espoir et les difficultés. Ainsi, l'hiver semble se faire moins dur et de la nourriture apparait... mais comme tout le monde le sait, c'est à ce moment que Bambi fait face à la mort de sa mère.

Scène terrible, rien n'est montré et pourtant, combien auront complété mentalement la scène ou seront persuadés que Bambi a vu le corps de sa mère ?

L'annonce de la mort, c'est son père. Son regard, la neige qui revient, la première larme. Cette scène est puissante.

Puissante et suivie par une scène incroyablement légère. Comment cela peut-il marcher ? Passer d'un événement traumatisant au printemps, à l'amour, à la leçon sur le batifolage, aux retrouvailles ?

C'est ce que je trouve incroyable dans ce film ! Il y a constamment un passage de l'espoir, de la joie aux épreuves. Peu de temps après, Bambi devra se battre pour faire de Féline sa femme.
En dehors du réalisme de ce passage, on peut noter le changement brutal d'ambiance (souligné par la musique). D'ailleurs, je pense que c'est un des passages qui dévoile le plus la qualité artistique du film, le visuel est grandiose ! Le jeu des couleurs y est impressionnant, toute la violence est transmise au spectateur sans la moindre parole, sans la moindre goute de sang, tout passe par la musique et le visuel, les contrastes, les expressions faciales.

Et le calme n'est que temporaire.

Scène traumatisante, l'ennemi n'est jamais montré mais ses chiens sont présents, la course est longue et Bambi frôle la mort, tout aurait pu s'arrêter, il y a quelque chose d'épique dans ce passage. Et que dire de l'incendie ? Il est terrifiant et magnifique à la fois, le travail est impressionnant, c'est un bijou visuellement.

Il n'y a donc rien de plus normal que de voir une scène finale calme, la naissance des jumeaux et le sacre du nouveau prince. D'ailleurs, qu'avez-vous compris de cette fin ? Le Grand Prince se retire, petite, je pensais qu'il allait mourir calmement (rappelons qu'il est le plus vieux des cerfs) pour laisser place aux nouvelles générations, et il n'y a pas un mot pour symboliser ce sacre.

Le film semble si simple, si vieux mais il pourtant si intemporel, l'humour nous est encore accessible, le graphisme est remarquable, les musiques parfaites pour lui, un scénario simple et complexe à la fois. L'ennemi qu'on ne voit jamais. Idée brillante, elle nous place du point de vue de la forêt, le manichéisme présent est donc fondamentalement subjectif ! De plus, cela renforce l'angoisse du spectateur à l'apparition des oiseaux, lors des courses effrénées pour lui échapper.
Le travail est vraiment remarquable. Un film pourtant si silencieux, si lourd par rapport aux films légers que nous pouvons voir, un film qui manque de musiques entrainantes, il n'est pas hilarant, il n'est pas moderne mais il est magnifique.

Histoire naturelle et histoire humaine, c'est tout ce que je peux dire. Il n'est pas parfait bien sûr, mais c'est un Disney qui mérite bien plus que la critique habituelle.

Je trouve qu'il vaut parfois bien plus que certains Disney modernes qui, à mon sens, manque de cette intemporalité et simplicité qui cache leur cœur.

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