The Queen Swan

Avis sur Black Swan

Avatar Julien82
Critique publiée par le

Black Swan évoque l'histoire de Nina (Natalie Portman), danseuse de ballet,dont le rêve absolu est d'obtenir le premier rôle du Lac Des Cygnes dirigé par Thomas Leroy (Vincent Cassel). Cependant elle se retrouve confrontée à une rivale,la toute nouvelle arrivante (Mila Kunis).

Le dernier film d'Aronofsky ne présente aucune surprise en terme narratif: au bout de 10 minutes, le personnage de Vincent Cassel explique l'histoire du Lac des Cygnes et on comprend tout de suite ce qui va arriver à Nina. Pour ceux qui ne sont pas fan du travail d'Aronofksy, ça leur évitera de continuer. Pour les autres, commence alors un conte de la folie ordinaire,à la fois sordide et captivant.

Black Swan est une descente au plus profond de nous,de la folie qui se cache derrière chaque être humain. Aronofsky suit très souvent le personnage de Nina de dos, comme si un être malfaisant se cachait dans l'ombre de la danseuse. Elle est folle, complètement schyzophrène, mais comment ne pas l'être, entouré d'un monde, celui de la danse, qui marche sur la tête où l'exigence, l'esprit de compétition pousse à l'extrême (vomissements de Nina, scarifications, son corps décharné, stress, dépression, sensibilité à fleur de peau, susceptibilité), ou chaque début de compliment est balayé d'un geste par une remarque désobligeante (Cassel très bon comme à son habitude dans ce rôle). La pression exercée ne faiblit jamais,encore moins avec une mère possessive (appels incessants sur le portable), projetant dans sa fille tous les rêves de gloire qu'elle n'a pu obtenir du temps où elle était danseuse.
Alors Nina se ferme, devient complètement paraonïaque, pense que Lilly veut lui prendre son rôle. Une Lilly que Nina déteste et envie à la fois, pour sa liberté, pour l'attraction qu'elle exerce auprès des hommes, et de Thomas Leroy dont elle est secrètement amoureuse.
Le cygne entame alors sa mue, essaie de prendre son envol, s'émancipe de l'influence maternelle (elle se rebelle violemment, arrachant les portraits que sa mère a réalisée,lui broyant la main...), commence à ne plus faire la distinction entre la réalité et l'imaginaire (LA fameuse scène lesbo...).Ce rôle est pour elle, elle ne deviendra pas Beth Macyntre (Wynona Ryder,qui avec peu de scènes est remarquable), danseuse poussée vers la sortie, desespérée au point de se jeter sous les roues d'une voiture.

La réalisation d'Aronofsky est ici remarquable, débarrassée du pathos plombant de The Wrestler, sa caméra tournoie lors des répétitions, se glissant dans les foulées de Nina, virevoltante au contact des miroirs oppressants, ces miroirs que l'héroïne ne cesse d'interroger de manière inconsciente, comme un regard sur sa propre folie. Rendons grâce également au travail sur les décors (blanc et noir majoritairement, tout le monde aura compris pourquoi...), sur les sons (lors des répétitions on entend uniquement les respirations haletantes, les pas étouffés, les craquements du parquet...).

Mais Black Swan est avant tout un film sur Natalie Portman. Nina c'est elle, cette jeune fille toujours souriante, bien elevée, consciencieuse. Vincent Cassel lui dit dans le film « je sais que tu es le cygne blanc, mais ce que j'attends de toi c'est que tu deviennes le cygne noir ». Alors Natalie se transforme, devient un personnage faustien, est tout simplement phénoménal au fur et à mesure que le film avance, s'encanaillant, nous glaçant le sang,bouffant l'écran et nous emportant avec elle, nous dévoilant enfin du haut de ses 28 ans ce que nous avons toujours su: qu'elle devient enfin la grande actrice attendue.

Enfin la mutation s'achève, et comme dans les tragédies antiques le dernier acte sonne le glas. Portée par la partition éblouissante de Tchaikovski (avec aux arrangements Clint Mansell), Natalie Portman s'envole, tutoie les sommets, nous éblouit et nous transporte avec elle dans cette dernière danse en guise de requiem, morceau de bravoure d'Aranofsky pour parachever un film qui laissera des traces.

« J'ai atteint la perfection » prononce Natalie Portman, dans un dernier souffle. Comment ne pas lui donner raison.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1646 fois
45 apprécient · 5 n'apprécient pas

Autres actions de Julien82 Black Swan