"Ca pourrait être pire : tu pourrais chanter avec The Fall"

Avis sur Control

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Un noir et blanc classieux, une banlieue de Manchester pourrie, un pauvre hère tout droit sorti des années 70 anglaises, une gueule de Pete Doherty déprimé, et une chanson de Bowie. Queen Bitch sur Hunky Dory, et notre jeune Ian Curtis, taillé comme une allumette, dans un manteau à poils longs, maquillé comme une pute de bas étage, fume une cigarette en laissant errer ses pensées. Evidemment au début c'est un enfant très spécial qui écrit des poèmes dark en mordillant son crayon d'un air intense, il fout rien à l'école et pique les pilules de sa grand-mère ou il tombe amoureux et se marie trop vite avec la mauvaise fille. Une rondouillette anglaise, moche comme une anglaise de banlieue mais un peu plus jolie que les autres pour pouvoir se démarquer et surtout un air de niaise magnifique (big up à Samantha Morton, qui joue à merveille). Il devient chanteur après avoir vu les Sex Pistols sur scène, qui étaient comme tout le monde le sait, de grands chanteurs.

Les débuts sur scène sont hilarants : on voit le groupe presque statique hormis Hookie qui se démène avec sa basse (et quelle basse !) et soudain, Curtis s'emballe. Il se met à bouger des bras comme s'il faisait de la marche sportive (il danse comme une endive en fait) et se met à proférer ses incantations. Les passages avec Tony Wilson, le mec de Factory, sont encore plus énormes, surtout quand ils doivent signer avec leur sang. Le manager est un freak absolu, avec des lunettes GIGANTESQUES, une merveille, il ressemble à Danger Mouse en blanc, en anglais et avec un slip sale. Bernard Summer ressemble à un écolier. Hookie est dépeint comme le pervers du groupe qui se tape trois nanas par soir, mais on ne le voit pas beaucoup. D'ailleurs Corbijn est resté très sage (et je ne parle même pas de la scène du suicide), peu de sexe donc, et pas très aventureux, parce qu'évidemment si Hookie était une bête de sexe, ce n'était pas le cas du grand Ian qui s'intéressait plutôt à l'amour. Et, ô sublime métaphore, il a quand même était capable de tomber amoureux de la première journaliste (belge, et fort mignonne ma fois) qui vient l'interviewer et lui poser trois questions mystiques.

La mise en scène, très actuel, très « je porte la caméra pour me coller à coté de ton visage qui exprime l'ennui et la mélancolie » sied parfaitement à ce genre de film. Quelques plans séquences sont assez vertigineux. Notamment l'énorme introduction à la musique du groupe où il sort de chez lui au son de No Love Lost, une des meilleures chansons du groupe, avec un sublime blouson noir miteux avec les quatre lettres « HATE » peintes en blanc sur le dos. Il y a aussi des scènes d'épilepsie terrifiantes (parce qu'en plus d'être triste, moche, trop grand et de travailler à l'ANPE locale pendant la crise... il était épileptique et psychotique). Le dernier concert est magnifique et très drôle surtout, je ne vous en dirai pas plus. Il y a aussi la plus mauvaise (et inutile) scène d'hypnose du monde entier, qui nous a fait beaucoup rire avec mon comparse. Un autre moment nous a fait glousser dans la salle comme deux cons solitaires. Ian sort de scène après une crise, il se calme en backstage allongé sur un canapé et son manager s'approche et lui dit « Allons Ian, ça pourrait être pire : tu pourrais chanter avec The Fall ».

Vous avez pas ri ? Ignares !

Mais c'est quand même hallucinant de voir toujours la même structure dans un film rock à savoir les quatre chapitres essentiels : Childhood, Rise, Fall and Death (ou Lose mais là c'est Death) toujours enchaîné dans le même ordre, et avec les sempiternels passage sur la droooooooogue (là j'en fait trop parce que dans ce film justement la drogue est légale, et Curtis n'est pas un grand consommateur) évidemment « c'est aussi le portrait d'un homme » dirait Libé ou les Inrocks, mais oui d'un homme moche et triste, SUPER ! Bon, il n'est pas tout à fait moche, et il n'est pas que triste, même s'il l'est beaucoup, il était aussi très talentueux, mais la tristesse se capte mieux que le talent à la caméra. Si vous voulez entendre la (bonne) musique de Joy Division avec de chouettes images par-dessus, une histoire atypique (le groupe de rock qui dure trois ans, qui ne vend presque rien mais qui devient culte vingt après), de l'humour pince sans rires, des passages relous sur la mort et l'ennui et la tristesse... Fans de Joy Division, de punk, de musique daaaaaark, ce film est fait pour vous.

J'ai quand même dit « triste » cinq fois dans les lignes précédentes, mais aussi « déprime », « dark », « ennui », « mélancolie », « moche » et « suicide » au moins deux ou trois fois de chaque. C'est dire que la joie de vivre, allez la chercher ailleurs et surtout pas dans les yeux de Samantha Morton, qui est de loin, la meilleure actrice, le rôle le plus marquant, celle qui s'en prend plein la gueule pendant tout son mariage. Ha on me dit que c'est normal, c'est elle (la femme de Curtis, pas l'actrice) qui a écrit le bouquin qui sert de scénar. Logique. Mais cela reste quand même un très beau rôle. Et grâce à ça, on aura conscience que derrière n'importe quel chanteur de rock suicidaire et destructeur, il y aura toujours une femme avec un cœur gros comme ça qui en prend la gueule par la vie.

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