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You've been back enough

Avis sur Expendables 2 : Unité Spéciale

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Critique publiée par le (modifiée le )

Le génie d’une franchise comme Expendables, c’est qu’elle parle à deux publics : constatez : à ma gauche, les jeunes ados décérébrés boulimiques de MMA, de punch-lines et d’explosion en dolby-surround, qui souillaient encore le fond de leur culotte quand Jason Statham décochait ses premiers kicks sur grand écran. A ma droite, les quasi-trentenaire nostalgiques des Stallonnades et autres Schwarzeneries de leur enfance, qui viennent s’amuser d’un film qui recycle allégrement les codes des bons vieux blockbusters d’antan. Second, premier degré : il y en a pour tous les gouts et l’on ne se fait pas de souci pour The Expendables 2 au box-office. Et les producteurs non plus puisque le troisième opus était déjà sur les rails, avant même la sortie du second.

Personnellement, j’y suis allé avec des collègues de mon cercle nanardeux pour me délecter du haut degré de débilité d’un film que je pressentais quelque part entre le navet et le nanar... Et je n’ai pas été déçu. Dans le genre, c’est un chef d’œuvre. En termes de punch-lines tirées par les cheveux, de caméos inutiles et de scènes d’action explosives à vous faire saigner les yeux et les oreilles, ce second opus fait passer The Expendables premier du nom pour un raisonnable échauffement.

The Expendables 2 est à la fois un recensement et un dépassement de tous les codes du genre d’action. Recensement d’abord, car les standards scénaristiques et narratifs du genre sont respectés à la lettre, avec zèle, même. Ca pète de partout pendant 100 minutes, avec des pauses de quelques minutes de temps en temps où notre bande de musclés se détend en aiguisant ses couteaux et en s’adonnant à des concours de vanne et de chambrette. Les méchants sont vraiment patibulaires : ils s’enrichissent sur la fabrication d’armes de destruction massives... Pire ! Ils font travailler des chtis n’enfants pauvres de l’est... Pire ! Ils assassinent froidement un vrai héros américain. Oui, parce que même dans ce divertissement semi-comique, vous n’échapperez pas au couplet patriotique américain, grâce à une scène mémorable que je ne peux m’empêcher de vous rapporter ici. Sortez les violons. Non, littéralement, c’est l’ambiance sonore : pendant qu’une musique pathétique et larmoyante s’impose en fond sonore, un jeune ex-soldat américain (Liam Hemsworth) nous rapporte son calvaire en Afghanistan, ces soldats américains tués, la douleur, la souffrance, la stupidité de la guerre, tout ça.... Et comme point d’orgue à son calvaire, comme ultime souffrance, ce soldat raconte qu’après avoir emporté tous ses coéquipiers, cette horrible guerre est allée jusqu’à faire mourir son chien ! Vous croyez à la parodie ? Non, c’est très sérieux. [mini-spoil] Notre jeune soldat américain, beau, musclé, habile, patriote ET sensible, incarnait donc le martyr parfait : il sera sacrifié par Jean-Claude, l’abominable étranger à l’accent français qui campe un ennemi dans la plus pure tradition américaine ; c'est-à-dire un étranger. [/mini-spoil]

La bande de mercenaires menée par Stallone, elle n’est pas là pour violer de l’arménienne ni pour amasser les biftons. Encore moins pour conquérir le monde. Seulement pour la veuve et l’orphelin.... Et pour kick some ass, aussi, bien sûr (Track 'em, find 'em, kill 'em.). La routine habituelle : ça dézingue sans interruption, en s’arrêtant juste quelques microsecondes entre deux salves d’automatique pour décocher une punch-line bien sentie. L’ensemble se conclut par la fameuse baston finale, le boss de fin de jeu, JCVD vs. Stallone, ou plutôt the Kickboxer vs. Rocky Balboa, tellement le référentiel envahit ce film jusqu’au duel.

Mais The Expendables 2 ce n’est pas que ça, ce n’est pas qu’un film qui recense les gimmicks du film d’action, c’est un film qui les dépasse, aussi, avec un air d’en avoir rien à foutre. Après tout, le fan est là pour mouiller sa culotte, on va être généreux et lui donner ce qu’il aime : du n’importe quoi décomplexé. Ainsi, les scénaristes qui ont eu l’intelligence de saisir les vannes qui circulent depuis des années sur Chuck Norris sur Internet ont créé un rôle pour lui, à la hauteur de sa légende numérique. Chaque grosse tronche du film d’action 80s est étiqueté selon sa punchline : Yippee-ki-yay pour Willis, I'll be back pour Schwarzy et à peu près tout le reste pour Stallone. Récoltez tout ça, mélangez l’ensemble et restituez la bouillie dans des dialogues 100% référentiels, complètement incohérents mais dont personne ne cherche même plus la cohérence, puisque ce qui est génial, c’est que c’est référentiel. Autre innovation incrémentale, The Expendables, après avoir poussé plus loin les limites de l’auto-parodie et de la punchlinisation, fait reculer encore un peu le degré de saturation sensorielle. Dans la lignée de John Rambo, les carnages de ce film se veulent plus massifs, plus spectaculaires : des détonations qui résonnent plus fort, des impacts de balle plus sanglants, des décapitations, du déchiquetage.

Voilà, The Expendables 2 c’est l’excuse ultime pour aller voir un naveton décérébrant avec le sourire et l’assurance satisfaite de celui qui ne se sent pas coupable : oui, c’est débile, mais vous ne comprenez pas, c’est fait exprèèèèèès !

Pour le prochain, j’exige de voir Jackie Chan et Steven Seagal intégrer l’équipe de mercenaires pour aller buter le monstrueux Lou Ferrigno, avec l’appui du président des Etats-Unis, Harrison Ford.

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    Le grand cinéma, c'est bien. Mais parfois, êtres charnels et grossiers que nous sommes, nous ressentons le besoin de goûter...

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    Mon top navet

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