Kentucky Friedkin Chicken

Avis sur Killer Joe

Avatar Obstiné
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Je n’ai aucune histoire à raconter sur Friedkin. Aucune sur l’Exorciste, aucune sur French Connection. Aucune sur l’Oklahoma, non plus, mais c’est une autre histoire. Killer Joe était mon dépucelage. C’est rare, les réalisateurs comme William. Il a su rester à mon écoute, doux et sauvage mais toujours attentionné. Au moins, j’en garderai un bon souvenir (s’il ne me laisse pas tomber comme une merde) — pas comme ma copine Séverine qui a eu plein de problèmes avec Jordan.

Bref. Killer Joe, pour le résumer relativement grossièrement, c’est l’histoire d’au moins trois barges dont les routes vont se croiser et dont la rencontre va, de façon donc totalement fortuite, produire des étincelles. Voire un grand feu de joie (et de fureur) (et de violence) (et de voiture).

Je vous vois venir (quelle belle amorce, n’est-ce pas ?). Des vagins velus, du sang, de la violence, un cow-boy dépravé : Killer Joe a toutes les caractéristiques d’un film de bonhomme frustré. Les deux femmes assises derrière moi dans la salle — insupportables au demeurant — et leurs rires sonores témoignent pourtant du contraire. En fait, Killer Joe est difficilement définissable. Pas tout à fait noir, pas tout à fait film à suspense, c’est surtout un joli mélange de folie, d’accents surnaturels, humoristiques, de gueules et de mise en scène.

Cette difficulté à définir est chouette, pour un film étasunien. L’immersion chez les rednecks, ç’eût pu être franchement barbant et déjà vu. De même qu’une intrigue basée uniquement sur les agissements d’un tueur à gage. Mais Killer Joe arrive toujours à rester en marge. Rien de trop intellectuel, non plus (quand votre serviteur arrive à comprendre une symbolique cinématographique sans explication, elle est forcément grossière (la lumière qui s’éteint pour figurer la fin de la virginité — mouaif)). Mais, quand même, ce soupçon de distance agréable.

Le film n’existerait pas sans Juno Temple. Difficile à trouver lors de la préparation du tournage, elle incarne le film. Comme on se figure très bien un « ton » rohmerien ou un « ton » allenien, on pourrait très bien trouver en elle le « ton » friedkinien. Dans ses apparitions fantomatiques, son perpétuel éloignement. Dans l’assurance de McConaughey, aussi, si fabriquée et néanmoins si convaincante.

Mais je m’égare. Voyez-le. Ne serait-ce que pour son aspect primitif, jouissif. Je ne vous cache pas, je m’en serais bien passé, moi. J’ai un article à écrire pour un journal de renommée mondiale, une lettre à envoyer à un ami architecte, de la philo à réviser, et je dois passer l’aspirateur. Mais bon, une séance au Max Linder avec mon pote Navigateur, ça ne se refuse pas, surtout quand on est aussi bien placé.

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