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Blockbuster : oubliée l'utopie de la grande œuvre non-bête

Avis sur La Mort aux trousses

Avatar Obstiné
Critique publiée par le (modifiée le )

C’est en regardant les films d’Hitchcock — La Mort aux trousses en particulier — que je suis heureux de ne pas assister à des cours de cinéma. Je pense qu’avant d’être un scénario extraordinaire, avant d’être une bande originale formidable, La Mort aux trousses c’est surtout de la folie pure. Je pleure, rien qu’en pensant à tous ces lycéens et ces étudiants qui ont dû l’étudier plan par plan, pervertis qu’ils étaient par les sensibilités de leurs professeurs, obsédés qu’ils étaient par ce « fabuleux MacGuffin ».

À l’origine, La Mort aux trousses repose sur deux fantasmes d’Hitchcock. Il voulait, d’une part, filmer une poursuite sur les visages du Mont Rushmore. D’autre part, il avait imaginé une intrigue qui reposerait sur cet épisode : « À l’Assemblée des Nations Unies, un orateur dit qu’il ne reprendra son discours que lorsque le représentant du Pérou arrêtera de dormir. L’on tente de réveiller le représentant, et l’on s’aperçoit qu’il est mort. » Bref, le réalisateur confie ces deux anecdotes à Ernest Lehman et le charge d’écrire un scénario. On est tous d’accord pour dire que la réussite est indéniable, non ?

Le générique de début est la meilleure des introductions pour apprécier le film. Parce que, depuis les quelque mois que je l’ai découvert, j’ai Saul Bass dans la peau. Title designer de génie et bien plus, sa patte graphique est reconnaissable entre mille (encore que tellement copiée aujourd’hui). L’ouverture de Vertigo est sûrement plus réussie, mais dans La Mort aux trousses, Hitchcock profite des prises de vues de Bass pour faire son habituel caméo (de plus en plus comique, d’ailleurs — je suis sûr qu’un film a réuni tous ces caméos, j’aimerais bien le trouver). C’était calculé, sûrement. À partir du moment où on l’identifie, le réalisateur sait qu’il a toute notre attention, ou plutôt que son film à toute notre attention.

Et quel film. L’un des rares où un pitch ne suffirait pas à exprimer toutes les subtilités, toute la perfection du scénario. On pardonne un rythme moyennement maîtrisé, on pardonne même à Hitchcock de choisir toujours les actrices selon… hum, ses goûts (quoique E. M. S. ne s’en sorte pas trop mal). On pardonne tout ça parce que La Mort aux trousses c’est 2h16 de virtuosité sur pellicule. J'aime la musique de Bernard Herrmann, j'aime les jeux de mots comme "I never discuss love with an empty stomach", j'aime qu'on sifflote Singin' in the Rain dans la douche. La fin osée, les anecdotes de tournages clandestins, l’explication du parcours amoureux de Thornhill ne suffisent pas à expliquer ce que représente ce film…

…ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas franchement le héraut du « c’était mieux avant ». Mais là, c’est vraiment ça. La Mort aux trousses, c’est un époque où les superproductions étaient sophistiquées, maitrisées. Où l’on pouvait frémir devant la scène d’anthologie de l’avion, où l’on pouvait rire ensuite. Où la musique était colossale, merveilleuse, et ne se réduisait pas à des haut-parleurs puissants. Bref, une époque où le bon cinéma populaire n’était pas synonyme de cinéma pour demeuré.

Dans la bande-annonce où il se mettait en scène, Hitchcock disait : « I promise you nothing but entertainment. » Et en même temps, il créait. Des œuvres intemporelles, des œuvres d’art.

Fuck (je trouvais ça dans le ton, ça dédramatise un peu).

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