Le genre humain

Avis sur Laurence Anyways

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C'est l'histoire de deux humains qui s'aiment. L'un est persuadé d'être une femme et l'autre aussi. Comme la biologie en a décidé autrement, des complications vont voir le jour à cause de la société, des normes, des marges et des vestes à épaulettes. Un grand film que j'attendais pas forcément.

Dolan est un petit con surtout connu pour avoir des ambitions dans une province qui ne devrait pas en avoir. Du coup, ses films sont bourrés de tics, de plans lêchés, de lumières calibrées, de ralentis qui s'éternisent, de décors maniaques, de musiques géniales, de costumes tapageurs et d'acteurs grandioses. Le dernier n'échappe pas à la règle. Il est important de bien saisir ça avant de s'attaquer à toute critique de ce film. On fait face à un réalisateur avec une personnalité forte qui transpire à travers la pellicule. Soit on accepte, soit on reste à la porte.

Dans Laurence Anyways, la forme s'adapte bien plus au sujet que lors de ses élucubrations autobiographiques. En s'attaquant à un sujet chaud, presque militant, tout en oubliant les pièges faciles des révendications LGBT, le film s'attache surtout à l'humain. En cela il va donc au delà de la question de genre et c'est pas plus mal. De "genre" d'ailleurs il n'en est jamais question, le scénario choisit habilement de se retrancher dans les concepts flous de "norme" et de "marge" pour mieux oublier de quoi tout le monde va parler. Et pourtant, on fait face à l'un des portraits de personne transgenre ("transsexuelle" dans le film parce que ça se passe dans les années 90) les plus touchants jamais vu au cinéma.

Melvil Poupaud est très fort, bien qu'il ait la facheuse tendance à ressembler à Nick Cave quand son personnage est en pleine transition, et n'occulte jamais la personne derrière le cliché. La femme que l'on voit à la fin a le même cerveau, le même esprit que celle que l'on avait vu au début quand elle avait encore l'apparence d'un homme. Son obsession, son égoïsme, son optimisme restent malgré les hormones. De l'autre côté du miroir, Suzanne Clément est merveilleuse en femme prête à tout pour comprendre mais toujours bloquée par ses convictions. Dans un rôle finalement bien plus difficile à appréhender, elle illumine le film par quelques scènes où elle éclate, elle hurle, elle pleure. Cette alchimie entre les deux acteurs et les deux personnages est difficile à expliquer en quelques lignes. C'est d'ailleurs pour ça que cette histoire est étalée sur 2h40.

Inéluctablement, le destin de ses personnages s'écoulent. De temps en temps, un branchage est là, une bulle d'humour, de poésie ou de colère pour se rattraper. Mais arrivés à l'estuaire, après une longue transformation, qui sait ce qu'il adviendra de ces deux humains quand ils feront face à l'océan ? La vie quoi.

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