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Quelques heures de printemps

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Il ne faudrait pas se tromper de sujet à propos du dernier film de Stéphane Brizé : la question épineuse de la fin de vie n’en constitue qu’un tiers, et même s’il est logiquement riche en émotions, il n’est d’évidence pas le plus réussi, parce qu’il lorgne vers le documentaire et une espèce de désincarnation du personnage principal. C’est d’ailleurs là le point faible de l’ensemble qui ne nous fait jamais pénétrer dans l’esprit de cette femme revêche et sèche qui décide, sachant que la maladie dont elle est atteinte est incurable et rapidement évolutive, d’avoir recours au protocole de suicide assisté que nos voisins suisses pratiquent en toute légalité. Il est bien sûr impensable de se prononcer sur la qualité intrinsèque du film au regard de sa propre position sur le sujet – qui au final concerne la conscience de chacun d’entre nous. Dès lors, la relation conflictuelle et compliquée de la mère solitaire et renfermée face au fils taciturne et taiseux juste sorti de prison constitue bel et bien la force d’un film auquel on sait gré d’être aussi sobre et tenu. L’incapacité à communiquer et à exprimer de l’affection, sinon de la compassion, autrement que par la violence, les cris ou le silence boudeur qui les conclut, préside à la médiocrité d’un rapport mère-fils inscrit dans la moins excitante des quotidiennetés. Ainsi l’évolution des personnages, pour prévisible qu’elle soit, n’en demeure pas moins inexplicable, sauf à considérer le pouvoir extraordinaire de la mort à faire oublier rancœurs et rancunes, colères et déceptions, finalement dissoutes dans une absolution presque incongrue. On retiendra donc davantage la capacité du réalisateur de Mademoiselle Chambon à saisir l’existence simple des gens modestes, tout en maintenant un pied dans la réalité sociale (chômage et précarité des petits boulots comme toile de fond à l’existence du fils). On ne peut pas non plus ne pas évoquer l’interprétation des deux comédiens : Hélène Vincent et Vincent Lindon dans une justesse et une retenue permanentes, réussissant à exprimer leur désarroi et leur douleur au travers d’un regard dérobé, d’un geste à peine perceptible. On reconnait bien là la patte de dentellière d’un cinéaste qui regarde ses personnages avec infiniment d’humanité et de tendresse.

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