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Avis sur Resident Evil : Retribution

Avatar Minou
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Cinquième volet d'une saga qui n'en finit plus de nous ébahir, Retribution ne partait pas sous les meilleurs auspices. Après un Resident Evil : Extinction qui prenait un tournant hallucinogène à base de super pouvoirs et de monde post-apocalyptique puis un Afterlife qui s'aventurait dans une science-fiction aux confins de l'invraisemblable, il s'agissait cette fois de faire s'effondrer toutes les limites du raisonnable. Compte tenu des deux opus précédents, aller encore plus loin relevait de l'impossible.

C'était sans compter sur le concours de Paul Anderson, qui propulse Retribution bien au-delà du cahier des charges en proposant un film qui en contient six, et qui telle une abomination d'Umbrella court dans tous les sens et n'a ni queue ni tête.

La cohérence n'a qu'une incidence mineure sur Retribution. On vogue dans une invraisemblance quasi poétique, en découvrant des développements tellement impensables qu'ils abolissent plus qu'ils n'endommagent la logique du spectateur. Comment Alice se sort-elle de la scène du générique pour se retrouver dans ce silo une place de cinquante mètres de haut ? Qui veut obtenir des renseignements d'elle ? Et pourquoi ? Pourquoi Wesker l'aide-t-il soudain ? D'où sort Ada Wong ? Les questions dès les premières minutes affluent en si grand nombre qu'elles saturent amplement toutes les capacités cognitives de n'importe quel être humain. Et c'est dans cet instant de détresse absolue pour l'encéphale que Paul Anderson se frotte les mains : oui, tout se déroule selon ses plans. Il ne lui aura pas fallu plus de dix minutes pour hypnotiser un public qui n'en demandait pas tant.

A partir de là, qu'importent les questions : il faudrait un guide de 1800 pages pour expliquer tout ce que l'on voit à l'écran dans Retribution. Vous vous souvenez de ces affiches de films d'une autre époque, où on pouvait lire "Du frisson ! De l'angoisse !" et autres apostrophes alléchantes ? Une telle affiche pour Resident Evil : Retribution pourrait sans complexe et sans mentir afficher en gros caractères "De l'implantation de souvenirs ! Des tsunamis ! Des zombies ! Des monstres ! Des robots ! Des clones ! Du catch ! Des fusillades ! Des courses-poursuites !" et bien plus encore. Tout cela à Moscou, à Tokyo, à New York, dans une banlieue américaine, sur la banquise et à Washington DC.

Mais Resident Evil Retribution propose aussi quelques climax intéressants à l'échelle de la saga : des personnages morts depuis quatre films reviennent en deux exemplaires, la Reine Rouge du premier volet cherche en fait à contrôler le monde - ah, les programmeurs ne font pas les choses à moitié quand il s'agit d'intelligence artificielle ! Vous ne verrez plus votre Furby du même oeil ! -, les complexes souterrains d'Umbrella couvrent en réalité à peu près toute la superficie de la croûte terrestre, la quête de profit de la multinationale se poursuit bien au-delà de l'extinction de la race humaine, et le Mordor a fondé une succursale à la Maison-Blanche !

Il y a un million de choses qui imposent le respect dans la réalisation de Retribution (ah, après les visualisations des bâtiments en 3D, voir les corps se fracturer en version rayons X...), mais il serait extrêmement laborieux de les dévoiler, tant on nous présente de l'indescriptible.

A ce stade de la saga, le point de non-retour qui avait déjà été franchi par les films précédents est furieusement piétiné. Retribution est un fourre-tout scandaleusement plaisant, un plaisir coupable qui n'a vraiment plus aucune excuse, un fulgurant grand délire qui estompe le temps d'une heure et demie toutes les limites que le spectateur se posait naïvement en pensant ne jamais avoir à les franchir un jour. Il faut le vivre, car ce n'est pas tous les jours que la vie frappe à notre porte en nous proposant une telle expérience.

En espérant que la prochaine folie douce de Paul Anderson relativise encore cette critique et fasse passer Retribution pour un monument de lisibilité, profitons sans plus attendre de cet exquis navet qui mérite l'érection d'un nouveau genre cinématographique à lui tout seul.

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