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La barre de faire (tout ce que tu veux)

Avis sur Tetsuo

Avatar real_folk_blues
Critique publiée par le (modifiée le )

Fuite en avant désespérée de la chair faible fascinée par la mort et la pénétration des corps et de l’existence jusqu’à la garde, Testuo peut être qualifié de spectacle hermétique et décourageant, à la violence graphique et sonore extrême ; une démonstration quasi pornographique de la transfiguration de l’être humain de l’ère moderne.

Hajimemashite Tsukamoto san.

Je vais pas me la jouer, je dois bien vous avouer que je n’ai pas tout compris à l’histoire qui nous intéresse. Cependant la plupart d’entre vous qui ont ou sauront apprécier le premier bébé de Tsukamoto s’accorderont sans doute avec moi si je dis que Tetsuo constitue surtout une expérience sensorielle; visuelle et sonore.

Pour la thématique de la fusion de l’homme et de la machine le film évoque assez évidemment le travail de Cronenberg, mais il se caractérise par une approche beaucoup plus centrée sur les travers d’une société japonaise d’alors ; de plus en plus industrialisée, surpeuplée et mécanique tel que le personnage du salary man l’illustre assez exhaustivement.

Il m’a semblé capter ça et là des allusions à des notions telles que la culpabilité, le traumatisme (physique et psychologique) ou l’aliénation, l'Eros et le Tanathos blabla, mais n’étant pas tout à fait sûr d’avancer une quelconque théorie pertinente de par le caractère opaque de la narration, je préfère rester prudent et apprécier plutôt le fait que malgré son hermétisme le film a le mérite de parvenir à titiller quelque chose en vous.

Esthétiquement on (sur)nage dans le glauque le plus absolu ; impression renforcée par un manque de moyen flagrant mais qui a poussé Tsukamoto à user d’astuces et de trouvailles visuelles qui participent à bâtir une identité remarquable au film, lui assurant un impact supplémentaire —pour ne pas dire nécessaire.
Caméra à l’épaule, lumière faiblarde, grain dégueulasse et noir et blanc baveux sublimeront —mais surtout serviront— ainsi collages, bidouillages, maquillages, montages et autres stop motion aussi vomitifs que fascinants.

L’esthétique si forte et particulière de Tetsuo lui assure à elle seule le statut d’OFNI culte et incontournable, mais elle ne saurait s’avérer complète sans être accompagnée d’un habillage sonore qui taille dans le vif. Bruitages étranges, cris et musique industrielle achèvent ainsi de doter le film d’une aura aussi dérangeante qu’indispensable ; et finira de ce fait par convaincre une bonne fois pour toute le spectateur qu’il se retrouve en face d’un bijou rare de noirceur et de folie, ou d’une indigestion filmique trop loin des repères si rassurant du cinéma d’auteur occidental.

Au choix : c’est de l’art ou du cochon.

Personnellement, Tetsuo évoque en moi le souvenir de trips insomniaques à mi chemin entre hallucinations nocturnes et peur du lendemain nourrie de mauvais souvenirs du jour passé. Comme l’envie de fuir pour éviter la confrontation avec soi et ses cauchemars, tout en prenant le risque de se laisser entrainer dans les abysses, et faire face à la décrépitude de sa condition humaine.

Mais si vous avez survécu à Pretty Woman vous êtes blindés.

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