Right

Avis sur Wrong

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Quentin Dupieux étonne et retourne le paysage cinématographique français depuis quelques années déjà : que ce soit dans le registre de la comédie absurde avec son Steak comme dans le thriller pur avec son Rubber.

Très attendu, Wrong est aux croisements de ce qu'il a pu faire jusqu'à maintenant, mélange détonant d'humour absurde et de drame mettant mal à l'aise. Une mise en scène impeccable accompagnée d'une bande son juste d'un bout à l'autre de l'histoire de cet américain moyen, Dupieux réussit à ouvrir une fenêtre vers un autre monde, en tous points similaire et pourtant, si différent.

Paul a disparu. Paul est un chien. Dans quelles circonstances ? Pourquoi ? C'est ce que sont maître tente de comprendre. Un mystérieux inconnu, chef d'entreprise lui explique la situation : il devrait retrouver son chien puisque c'est son entreprise qui l'a enlevé pour que Paul manque à son maître. Situation absurde, voisin irrationnel, en quêté de liberté, mal être total dans une société qui ne veut plus de lui et matérialisme exacerbé, notre héros va rencontrer des gens et voir sa vie bousculer ses habitudes. La fenêtre est ouverte, le spectateur voyeur entre dans l'intimité de ce non héros dans ce monde parallèle où les maux de la société sont acceptés de telle sorte qu'ils sont bien visibles de tous mais simplement ignorés. Face à cela, l'incompréhension du personnage principal va croître sans pour autant l'extirper totalement d'une société décalée mais palpable, réelle.

Quentin Dupieux filme encore une fois ses personnages avec un regard de chirurgien, ne laissant aucun répit à chacun des protagonistes qui doivent faire face à des situations toujours plus absurdes. Après Steak et un résultat qui peut laisser dubitatif le spectateur et Rubber où l'appareil photo permet des prises de vue toujours plus proches des personnages, Dupieux signe avec Wrong son film le plus abouti, construisant encore et toujours un peu plus son univers, amoureux des USA, kitch et pourtant tellement novateur, il bouscule les conventions d'un cinéma français qui a tendance à se regarder pour montrer autre chose, un autre visage, une transformation.

Faire une histoire à partir d'une situation initiale improbable, rendre cette situation réelle et acceptable puis tout renverser, ajoutant ça et là des éléments perturbateurs aussi incongrus les uns que les autres, voici la signature du phénomène. Et si le scénario pouvait manquer d'entrain, les acteurs sont là pour redresser la barre à chaque fois, convaincants et convaincus, adhérant de toutes les particularités de cette Terre si proche et si lointaine.

C'est drôle et c'est malsain, c'est propre et c'est sale, la caméra virevolte d'une scène à l'autre grâce à une maîtrise parfaite de chaque scène, de chaque élément du film. La bande son aide énormément, c'est certain posant les bases des émotions à transmettre au spectateur qui se laisse guider dans ce nouvel univers. Le réveil sonne, il est 7h60, le héros part au travail après avoir cherché son chien, chaque plan prouvant la disparition du chien est agrémenté d'une note grave, retentissante, dure, mettant le spectateur face à la réalité des faits.

Difficile pour autant de critiquer et d'analyser le film dans les moindre détails, chaque "péripétie" devant être vécue comme ce qu'elle est : un malheur, quelque chose d'inexplicable comme beaucoup d'autres dans la vie de tout un chacun. Encore une fois, Quentin Dupieux tire sa force de ce qui fait nos vies : des additions d'éléments insignifiants, drôle ou absurdes auxquels on ne fait pas attention pour mieux asséner des coups aux personnages. Revenir d'entre les morts, travailler sous la pluie, changer de visage, accepter et se faire accepter : autant d'éléments importants, cruciaux pour mener à bien cette histoire de disparition touchante malgré tout. A voir et à revoir, pour mieux se laisser emporter et finalement – peut-être – passer par la fenêtre, de l'autre côté de la caméra, comme les spectateurs l'avaient fait dans Rubber en observant les aventures de ce pneu psychopathe. Un OVNI.

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