Par XimAxinn - Le 21 janvier 2012
J'avais adoré 99 Francs. Réellement adoré.
L'inventivité et le rythme de la mise en scène de Kounen permettait de passer outre (et même d'accepter volontiers) la présence à l'image d'un auteur qui s'embrassait le nombril.
C'est la seule et unique chose qui m'a incité à jeter un œil à L'Amour Dure Trois Ans, bien que cinéphile infatigable mais souvent réfractaire à ce genre de cinéma francoparisien.
Sauf que je ne m'attendais pas à ce point à assister à un tel déballage de narcissisme débectable de la part de l'auteur, un cours universitaire sur ce qu'est l'amour, et ce qu'il ne doit surtout pas être.
Sous couvert de personnage loser, de fausse autodérision et d'un Gaspard Proust au jeu plein de naïveté (artifice pour faire passer n'importe quelle réflexion pleine de suffisance, en inoffensive élucubration), on contemple la vraie nature de l'auteur: un donneur de leçons qui a vécu suffisamment pour théoriser la seule chose au monde qui ne peut pas l'être.
Car même si (notamment en fin de film) il tourne en dérision ceux qui ont assez de temps libre pour théoriser sur la question, Beigbeder tombe dans le même piège, en sympathique mégalomane bobo.
Oui, il est sympathique, ce monsieur. Reconnaissons-le, dans le genre film parisien "romantique" (oui, je mets des guillemets, j'suis trop un dingue), il y a eu bien pire, parmi la montagne que l'on nous a servi cette dernière décennie.
Certaines répliques fonctionnent, et même le plus grand réfractaire peut se surprendre à sourire.
Mais le reste, c'est un étalage de petites vies bobos, sans aucun problème matériel (tous vivent dans de vastes appartements, sans que l'on apprenne le métier de la plupart d'entre eux). Tous sont bien sûr cools, jeunes dans leur tête… c'est à dire qu'ils portent des costumes, vomissent sur leur couette, et couchent à droite à gauche. L'argent c'est cool. Vous le savez, vous en avez, donc ça vous parle, non? Non, mais ça vous parle quand même? Euh... Ah.
Dans le genre donneur de leçons "d'amour-universel-regardez-nous-sommes-riches-nous-vous-apprenons-la-vie", ça reste pour moi plus supportable qu'un Love Actually. Uniquement parce que les blagues sont un peu meilleures.
Mais au moins, Love Actually ne tentait pas de mathématiser, de "scienciser" les relations amoureuses. Chaque histoire est différente, c'est ça qui doit les rendre magiques ou non. Pas les théories de vieux sociologues décrépis, ou d'écrivains imbus d'eux-mêmes.
Et c'est justement parce que j'assume sans honte mes côtés romantiques que je refuse de me faire dicter ma conduite par cette bande de trentenaires, presque tous plus détestables les uns que les autres.
Parce que si c'est à cela que je vais ressembler dans 5 ou 10 ans, merci de vite me filer une claque.
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-Maxime- - Il y a 122 jours
"Dans le genre donneur de leçons" dites-vous ? Relisez votre critique, et envoyez la même à Begbeder ; tout son travail de provocation par la mise en scène narcissique (qu'on l'aime ou pas) a pour vocation masturbatoire d'attirer des réactions telles que les vôtres.
Quant à la morale je n'ai pas décelé la même que vous : que l'amour dure trois seconde, trois ans, ou toujours, il a toutes les chances de durer plus que le temps qu'il vous reste à vivre (scène finale inattendue qui donne un sens au rejet qu'il tente de provoquer en caricaturant le sentiment amoureux et les relations)... Un hymne à l'amour dans une vie que l'on ne controle pas toujours !
Arkh - Il y a 119 jours
Au risque d'avoir l'air simplet, j'ai trouvé que le film se foutait allègrement de la gueule des Théoriciens Bobos du Fait Amoureux (l'auteur compris). C'est d'ailleurs son unique intérêt. La seule faute de goût est le baiser final, qui casse la rafraîchissante aura de stupidité du film :(
On peut très bien transposer le "scénario" une ou deux classes sociales en-dessous. Les personnages bobos qui m'insupportent, c'est plutôt ceux de Melancholia, où l'on sent une insupportable complaisance de l'auteur envers leurs petits problèmes méprisables. Là, tous les persos sont des Gros Cons, pas de mauvaise surprise.
Arcadium - Il y a 117 jours
Je comprends pas ce que ça peut foutre que les personnages aient tous du fric (on en mange à la pelle dans les films venant d'outre-atlantique), à croire que dès que les réal français font un film faut que ça parle de misère sociale pour qu'on ait le droit d'aimer. D'ailleurs je n'ai pas trouvé que ça disait que l'argent c'était cool, mais bon.
XimAxinn - Il y a 117 jours
C'est pour ça que je faisais une analogie avec le presque unanimement applaudi Love Actually, d'Angleterre, donc. Sur ce sujet, et pour parler d'un film américain, j'aurais très bien pu parler de Valentine's Day, parmi de nombreux autres exemples.
Ces derniers me débectent tout autant, rassure toi.
En soit, je n'ai évidemment aucun problème avec le fait que des personnages aient de l'argent dans un film. Sauf que quand le dit-film souhaite parler d'amour de manière universelle, dans le but que le spectateur s'y reconnaisse instantanément, je trouve ça carrément insultant.
De manière générale, cet archétype de personnage bobo trentenaire, qui tente de faire de son faux malheur une vérité générale de ce monde, m'insupporte.
Mais si ça peut te rassurer, sur le sujet, je préfère encore 100 Frédéric Beigbeder à un seul Philippe Garrel.