Par billy_costigan - Le 5 janvier 2011
Autant je peux dire que je ne suis pas un inconditionnel de Woody Allen, j'ai bien aimé Everybody says I love you sans plus, j'ai eu du mal à revoir Deconstructing Harry et je ne suis que vaguement ses réalisations ces dernières années, autant j'ai trouvé que Match Point était un film assez génial. Évacuons le sujet d'entrée, j'aurais beau argumenter pendant des heures pour essayer de faire croire que ça n'a rien à voir avec la présence de Scarlett Johansson au générique, je ne pense pas pouvoir être crédible deux minutes. Et pendant qu'on y est, soyons également clairs, les deux premiers tiers du film restent somme toute assez banals : il ne s'agit que d'une comédie rhétorique sur l'ascension sociale qui tente de convaincre de l'importance du facteur chance sur la tournure que peut prendre la vie d'un individu. Ce n'est pas pour autant ennuyeux, ça fourmille de petits détails baignés dans une esthétique sobre et bourgeoisement snobinarde comme je les aime – des airs d’opéra à foison, du théâtre et des galeries d'art, de belles voitures – le tout saupoudré d'un peu de philosophie pompeuse à deux francs ; et de petites scènes très bien menées qui ravivent sans cesse l'intérêt, même si ça finit par broder autour d'un sujet archi convenu, le mari, la femme, la maîtresse. Surtout qu'un Woody Allen sans Woody Allen dedans c'est quand même beaucoup plus digeste. L'intrigue se déroule donc gentiment et puis vient la fin, inattendue, surprenante, qui verse dans une sombre et délicieuse déraison alors que le reste du film était resté très sage, qui conclut sur un épilogue façon tragédie grecque, qui rappelle qu'on regarde un Woody Allen et pas un épisode de Sous le soleil. C'est frais, ça tranche, ça dépayse.