Par zeugme - Le 31 décembre 2011
Si après avoir regardé ce film, vous vous reconnaissez dans le personnage de Clooney, je ne veux jamais faire partie de votre famille. Bon gros exercice de manipulation à la American Beauty. Y'a-t'il un psychologue dans la salle pour aider ce personnage ?
Si vous n'avez pas tout pigé du premier coup, comprenez bien que les fameux descendants n'ont aucune importance dans l'arbre de décisions du personnage. L'argent oui, l'illusion de transmission aux prochaines génération comme moyen de s'auto-justifier son existence ratée, oui, mais les sentiments et les personnes sont finalement très secondaires. L'auto-justification et l'absence de remise en question sont les deux mamelles de ce personnage pendant tout le film.
Y'a-t'il une seule conversation de couple qui soit harmonieuse et qui leur fasse du bien dans tout le film ? Non, ce qu'on fait de mieux c'est un couple aide soignant / malade, dont le mari résume les problèmes du "héros" d'un "T'aurais du lui donner un peu de pognon pour qu'elle se sente aimée". Note bien, la fille fait des sports extrêmes, ça dénote une vie d'ouvrière maltraitée.
Faut juste pas oublier le pitch du début, comme toujours vu que c'est Clooney on fait l'impasse : il ne l'aimait plus, sa femme, depuis un bon bout de temps. Sa mort l'a juste confronté à sa propre mortalité. Et puis il faut bien dire du bien des morts, d'où d'ailleurs son speech hallucinant aux funérailles devant les ami(e)s de madame. Rendu là, tu te donnes bonne conscience l'ami. "Si ma femme était pas morte, nous serions repartit à zéro". Sauf que pas de bol ...
Donc, le type s'en foutait avant, pendant il ne tient aucun compte de ce qu'elle voulait de toutes façons si ce n'est de pas la laisser brancher mais de toute façon il avait pas le choix c'est la loi et elle y a veillé, probablement confiante dans son jugement.
C'est donc l'histoire d'un pauvre type qui réalise un peu tard qu'il est un pauvre type (ma femme est morte entre autres parce que je ne l'aimais plus et qu'elle s'est fait une vie sans moi et que ça l'a amenée sur ce bateau sur ce jour fatidique) et qui a défaut de s'acheter des couilles ou de pardonner pour de vrai décide de faire faire le sale travail par ses enfants avant d'aller s'écraser devant la télé à côté d'eux. Woaw.
Le mec, il se remet en question à savoir pourquoi sa femme était malheureuse, pourquoi il ne l'aimait plus et ne vivait plus qu'en parallèle ? Que nenni, il accomplit sa semi-vengeance en pénalisant financièrement le type qui a osé s'intéresser à son pognon (et en embrassant la femme de l'autre pour passer le message et foutre son couple à lui en l'air), n'aide presque pas ses enfants à passer au travers et revient vivre avec eux aussi sa vie parallèle (non, regarder la télé n'est pas la plus significative des activités familiales).
Exemple avec la grande : j'exile ma fille dans une autre île et je ne la connais presque pas, elle a été élevé par sa mère mais attention, je suis son père car je lui dit de ne pas jurer (règle communautaire qui sert essentiellement à bien paraître). L'aide active au deuil que je lui fournit dans le film ? Zéro. Elle, je lui fait magouiller avec le méchant, gérer la petite que je ne sais pas tenir et faire les tâches domestiques. Merci ma chérie. Mais attention, je suis très préoccupé de ton patrimoine, c'est beau !
Le plus drôle c'est que c'est finalement le méchant de l'histoire le plus clean : confronté, il dit la vérité à sa femme. D'ailleurs, il dit aussi la vérité à Clooney dès le début. Et il s'occupe de ses enfants, lui. Cherche pas pourquoi sa femme à lui veut bien lui donner une autre chance.
Quand un scénariste veut m'apprendre ce que devrait être la vie, j'attends de lui que sa propre thérapie soit au moins entamée, voyons ! Si ce mec avait un bon psy ou de vrais amis (ben non, ils soutenaient tous sa femme, on se demande pourquoi vu l'empathie qu'il démontre pour ses propres enfants ; à la directrice "Je vous paie une fortune pour l'élever") y'aurait pas de film. A tout prendre, je préfère le méchant de No country for old men : lui aussi il s'en bat les couilles de ta vie et il n'a pas changé à la fin, mais au moins il n'essaye pas de se donner bonne conscience.
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Mangame - Il y a 117 jours
Zeugme à toujours raison. Et c'est tout.
Iaoranamoana - Il y a 116 jours
Ben oui, Hitler était humain et je vois pas en quoi c'était un point Godwin de le faire remarquer :) Je ne suis pas fan de la catégorisation monstre vs être humain (vu que généralement nous classons Hitler dans le premier).
Après je n'ai pas critiqué le fait que sa femme cherche le bonheur ailleurs (je l'aurais fait). En attendant, c'est quand même difficile de se dire comment on va réagir lorsqu'on apprend que sa femme mourante nous trompait ... Je ne trouve pas sa réaction plus débile, plus insensée qu'une autre.
Ensuite, par rapport aux descendants, je trouve ça bizarre ce que tu dis. Jusqu'au moment où il découvre que l'amant a potentiellement de quoi se faire des thunes, il demande l'avis des cousins, il dit qu'il se rangera à la majorité. Après, oui, son avis personnel a finit par trancher mais vu que les autres avaient un avis de merde ... :)) (construire un autre hotel sur les îles hawaiennes ? Lol ...)
Après sur le fond je suis d'accord, c'est pas non plus un exemple de comment bien vivre sa vie. Mais pour moi, ce mec reste humain, je trouve ses réactions sensées et beaucoup de monde réagirait comme lui je pense.
zeugme - Il y a 116 jours
Oui, beaucoup de gens sont dirigés par des pulsions narcissiques avant tout. Nous sommes d'accord.
En même temps, s'offusquer du fait que quelqu'un qu'on reconnait dès le départ ne plus aimer depuis longtemps puisse aller voir ailleurs, c'est assez amusant. Note aussi le comportement passif-agressif du personnage. On est très loin de la maturité émotionnelle. Il y a une différence entre celui qui ne fait pas de mal parce qu'il a décidé de pardonner, et celui qui ne le fait pas simplement parce que son zizi est toupetit.
Non, non, vraiment, le personnage de Clooney est l'archétype du narcissique qui se satisfait parfaitement que son égo fasse tout pour lui éviter tout changement d'attitude. Le grand vol du film, c'est de faire croire qu'il s'agit d'une réflexion altruiste quand le moteur du personnage est l'image qu'il se fait de lui-même (le sage qui protège les générations futures, le mari honteusement trompé).
Eh, encore plus fort, ce qui le fait réagir, c'est pas que le type baise sa femme, ni que ce soit sans amour pour elle ... c'est la possibilité que ça puisse avoir été fait pour le déstabiliser dans la gestion de son patrimoine.
Moi, je veux être la prochaine femme de ce mec, il sait gérer ses priorités !
Ukhbar - Il y a 96 jours
Belle critique à charge, qui me donne envie de détester ce film vu que je trouvais un peu dégueulasse le personnage de Clooney et que tu y mets parfaitement les mots. Je te remercie pour cela.
Ukhbar - Il y a 96 jours
Surtout que sa décision de refuser la vente du terrain met sans doute dans la merde une bonne partie de ses cousins desquels il n'oublie pas de dire au début qu'ils n'ont peut-être pas tous aussi bien géré leur argent que lui. Tout ça pour une stupide question de vengeance digne du CP.