Avis sur

The Secret World sur PC

Avatar Gozer
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Version PC

Un coup de foudre, aussi brutal qu'inattendu.

L'expression est un peu forte, mais c'est bien de ça dont il s'agit ici, tant mon penchant à faire abstraction de pas mal de défauts
qui chez d'autres m'auraient déjà énervé, m'interdit de prétendre à un avis très objectif. Un vrai coup de coeur.

Pour aborder tout de suite les choses les moins intéressantes, oui, il vous faudra prendre connaissance de la gourmandise et du manque d'optimisation de la chose : 35Go, il vaut mieux le savoir,
des temps de chargement assez lents, et un frame rate qui chutera très rapidement si vous n'avez pas un matériel disons, solide.
Et quelques quêtes sont encore bugées, oui. (2 sur 240 pour ma part, je n'ai pas trop à me plaindre.)
Gardons à l'esprit, si on veut la jouer blasé, que presque aucun jeu en ligne n'y échappe à ses débuts, et si on veut la jouer taquin, que si on on place ce lancement sur la propre échelle de valeur de Funcom, des progrès énormes on été fait. Ceux qui ont vu, voir vécu, (hein les grabataires de plus de 25 ans !) les lancements d'Anarchy Online et surtout Age of Conan sauront de quoi je parle si j'évoque les démarrage techniques les plus catastrophiques de l'histoire du MMO, dont je me demande encore personnellement comment l'entreprise a fait pour s'en remettre.
Mais ils ont tenu bon, ont rattrapé le coup et fini par proposer des univers à la qualité tout à fait respectable et très accrocheuse. Par Crom.

The Secret World est largement épargné par ce genre de malformation de naissance dramatique, et mis à part quelques petites choses, la finition reste très acceptable. La réactivité des développeurs, de l'avis général, est en outre impressionnante : les MJ sont très facilement joignables, à toute heure, (ah ça vous change de la galaxie lointaine, très lointaine, et ses dev lointains, très lointains. ) et les mises à jour sont très régulières, avant LE rajout prévu le 31 juillet.
Voilà pour les considérations techniques.

Non, ce qui me surprend vraiment avec cette chose, c'est sa capacité incroyable à séduire. Ses charmes n'agiront peut-être pas sur tout le monde,
mais ceux qui se sont laissés un peu entraîner jurent leurs grands dieux qu'ils ont trouvé le MMO le plus plaisant, le plus riche à parcourir depuis des années.
Parce que ça a un charme fou, de se balader dans les rues d'un univers contemporain aussi soigné, et de vivre une aventure dont le fil narratif rappel celui d'X-Files:
tout ce que les personnages peuvent vivre de surnaturel, tout, se rejoint et s'agglomère du simple fait d'être surnaturel. Une logique facile mais toujours efficace, les choses secrètes sont toujours liées. Des dizaines de sphères parallèles semblent se rencontrer sur terre de façon explosive et cohérente, une sorte de petite apocalypse de la théorie des cordes.

C'est un plaisir immense de marcher dans une ville portuaire en jean, baskets, un katana accroché à la ceinture.
Quel rafraîchissement de ne pas se trimballer avec une combi légère de voleur ou une armure de plates du gros bill. On est en 2012, je me suis acheté ce petit jean à Londres, il va super bien avec mon cuir je trouve, cool. Tiens, un spectre.
Cet univers est assez semblable à un autre, familier lui aussi des manifestations tous azimuts : La bande dessinée Hellblazer et son flamboyant Constantine ne sont pas très loin, malheureusement ici vous passerez plus de temps à plomber les présences occultes qu'à négocier avec elles et les arnaquer.
Seul ce bon vieux John est encore capable de vendre son âme à trois démons pour être certain qu'elle n'ira à aucun d'eux tout en fumant deux paquets par jour. Il manque la possibilité d'avoir ce côté joueur de poker au bord du ravin, pour le roleplay de votre personnage. Mais l'univers est bien là, et son pouvoir de fascination est immense.
Il est toujours question d'une puissance ancienne et cosmique, qu'on n'arrive jamais à cerner pleinement. Le sol, parfois, tonne sous vos pieds comme sous un coup de boutoir gigantesque, sans aucun lien avec ce que vous faites, ça fait simplement partie de l'environnement. L'une des rue de Kingsmouth, la ville au vaisseau fantôme, ne s'appelle pas Lovecraft Lane pour rien.

Les environnements donc, ainsi que les entités et monstres en tous genre qui s'y manifestent, sont magnifiques. Un excellent travail artistique.
Des molosses issus du néant, des maisons calcinées dont le bois gronde encore et craque de colère après un incendie et la mort d'une innocente, des vikings noyés, digérés et transformés par les abysses que l'océan vomit sur les côtes par hordes, des indiens mayas resplendissant en peintures de guerre venus adorer une créature infernale, des choses franchement indéfinissables et immondes, des succubes nonchalantes qui se pavanent sous un air brûlant, des monstres glacés à tête de poulpe dont l'ascendance mythologique ne fait aucun doute, et un pharaon noir, Akhénaton en personne, dont la pyramide récemment retrouvée est sculptée dans l'obsidienne.
Et la Transylvanie...
Ce joli petit monde se rencontre partout, en solo et en donjon, et ces derniers, bien qu'encore peu nombreux, (huit tout de même) sont toujours très réussis. Exigeants, et magnifiques, à l'image de chacun de leur boss.
Chacun d'entre eux offre une ambiance unique et un challenge très bien dosé sur le teamplay : Les strats gagnantes sont assez rapidement identifiables, mais suffisamment corsées.

Pour revenir au solo, et puisqu'on évoquait X-Files plus haut, figurez- vous que certaines quêtes sont des investigations, énormes atouts de ce jeu, qui vous lâchent dans la nature avec trois indices en vous disant "démerde-toi", et vous voilà en train de tenter de traduire du langage binaire à l'aide du browser Google in-game, de chercher des numéros de versets bibliques, un logiciel capable de traduire du morse enregistré avec votre téléphone (!!!), et de faire de la cryptographie en vous référant au Scarabée d'Or. En essayant du moins, n'est pas Edgar Allan Poe qui veut. Je l'avoue, si on ne m'avait pas aidé sur ces enquêtes, je ne m'en serais pas sorti. D'où ce conseil : faites ces quêtes à deux.
Un duo d'enquêteurs, ça se complète, c'est plus efficace, et c'est infiniment gratifiant.
Rendez-vous compte : Huit heures d'affilée à deux sur une quête à devenir fou, à gratter internet et sa propre culture générale dans tous les sens pour trouver une réponse ou un code.
Quel autre jeu multijoueur grand public (édité par EA, hein, n'oublions pas) peut se targuer de prendre à ce point son public...pour des gens capables et intelligents ? Qui va à ce point, au sein de l'industrie mainstream, contre la mode du nivellement de la difficulté par le bas et de l'infantilisation des joueurs ? Eh ben, pas des masses. En général on trouve ce genre d'initiatives du côté des indés et des joueurs roleplay isolés.

Tiens, mes supérieurs sont contents de ma progression, et me préviennent que pour la suite, j'aurais probablement l'impression d'être dans un mauvais Dan Brown. Enfin un Dan Brown quoi. Oui, on garde le sens de l'humour chez les sociétés secrètes millénaires.
Profitons -en pour parler d'eux en quelques lignes : votre faction n'a pour l'instant que peu d'impact sur votre aventure. Mise à part "l'atmosphère" du QG et l'état d'esprit de vos supérieurs (les débriefs sont très soignés, c'est encore là qu'on voit de réels différences de points de vues d'un camp à l'autre), sur le terrain un Templier vivra à peu près les même choses qu'un Illuminati ou un Dragon, et le reroll n'a aucun intérêt. (C'est dommage en terme de roleplay, mais finalement très logique en terme de mécanique de jeu : le système de pouvoirs implique qu'à terme, chacun puisse tenir n'importe quel rôle tactique). Mais gageons que l'ascendance de votre faction gagnera en profondeur par la suite, car on peut déjà noter un souci très net d'apporter une véritable existence à tous les gens que vous rencontrez, les dialogues sont nombreux, bien qu'optionnels, les personnages sont toujours surprenants, intéressants et très bien écrits.
Et je le répète : Très, bien écrits. Parlez-leur, ou plutôt laisser-les vous raconter leur vies, vous serez surpris.

Un vrai délice. J'ajouterais que je n'ai pas eu à me plaindre du système de combat, votre personnage est toujours un poil rigide, bizarre quand on dit vouloir privilégier le dynamisme, le saut lui-même est assez raté, dommage, mais la roue des pouvoirs vous permettant d'enregistrer plusieurs rôles est relativement bien pensée. Je préviendrais cependant celui qui me lit : noble compagnon de route, ne sois pas dupe, ces roublards t'ont dit que le levelling avait disparu, c'est parfaitement faux. Une vraie conspiration marketing :
On continue bel et bien à farmer de l'xp comme des gorets. Certes plus pour atteindre un "niveau" mais débloquer des pouvoirs. Gentille, la pirouette, on dirait du Sartre. Ils n'avaient pas besoin de nous prendre pour des poires à ce sujet, mais j'ai pris un tel plaisir sur l'ensemble des quêtes, que bon, ce petit mensonge sur la mariée est vite oublié.
En parlant des quêtes, on sera forcés d'évoquer ce choix étrange du journal très limité. Pour ma part, je note une chose vraiment positive : le déroulé des quêtes ne prenant plus trois kilomètres de haut, ma capacité d'attention à chacune d'entre elle s'est trouvé sensiblement accrue. En gros, cette limitation m'a aidé à m'intéresser un peu plus à ce que je faisais et pourquoi, à mieux considérer mes quêtes comme de petites histoires qui, soulagement, ne me prennent jamais pour un idiot : même pour une petite Fedex, on met les formes, on apporte des rebondissements, et on me raconte une histoire. Et j'aime bien. Cette limitation du journal de quête est cohérente, elle fait partie du même souci de ne surtout jamais transformer l'aventurier en livreur de pizzas. Souci très louable dans ce genre de jeu, primordial même.

N'ayant joué que vingt minutes en pvp, je n'en parlerais pas, d'autant que je n'y ai strictement rien compris. Cela m'avais juste l'air d'un bordel sans nom dans la "petite" arène, et d'un parc à bus sans grand intérêt dans les plus grandes.

Oui, des défauts, des choses à corriger, (cette interface de chat, mon dieu...), un abonnement qui vous dit "15€ par mois dans ta gueule", en plus d'une boutique en ligne, un système économique qui a donc tendance à pousser, que dis-je, à jeter mémé dans les orties avec enthousiasme, mais en l'état, un beau départ, et un contenu formidablement prometteur. Ouais, c'est la fête quand même.

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