Le cauchemar de Noé

Avis sur Tokyo Jungle sur

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Comme chaque matin, Pochi se réveille sur le confortable petit lit une place de sa maîtresse. Il jappe joyeusement pour la réveiller, mais s'aperçoit très vite qu'étrangement, elle n'est pas allongée à côté de lui ce matin.

Pourtant, il n'est guère dans ses habitudes de se lever aussi tôt... et si elle avait été appelée au « travail » pour une urgence, il aurait entendu sonner son « téléphone » (il n'a jamais vraiment compris ce qu'était ce « travail » qui tenait si souvent sa maîtresse éloignée de lui).

Pochi descend du lit, se délecte de l'agréable sensation de la moquette épaisse contre ses coussinets et inspecte le minuscule appartement tokyoïte. Toujours aucune trace de son humaine... l'inquiétude le saisit, il ne peut s'empêcher de gémir doucement. Sa gamelle est vide et il doit se rendre à l'évidence : quelque chose est arrivé à sa maîtresse ! Impossible qu'elle l'ait oublié ainsi... Il jette un coup d'œil vers la porte d'entrée : fermée. Par chance, la porte-fenêtre est restée entr'ouverte : il peut se faufiler sur le balcon ! Sur les terrasses voisines, dans la rue en contrebas, dans l'immeuble d'en face, toujours aucune trace du moindre être humain. Que s'est-il passé ? Pochi est dépassé par l'énormité de la catastrophe, incapable de concevoir son existence en l'absence de sa maîtresse.

Un glapissement aigu attire soudain son attention : sur le balcon d'en face, un loulou de Poméranie, pris par surprise, vient d'être attaqué par un énorme matou à l'air peu commode ! Après quelques coups de griffe, le félin vicieux bondit vers la carotide du malheureux toutou et l'arrache d'une puissante morsure... Le petit corps poilu tressaille encore quelques instants, puis, sous le regard médusé de Pochi, l'impensable se produit : dans un feulement atroce, l'assassin se met à déchiqueter la peau tendre de sa victime et s'adonne bientôt à un funeste festin.

Pochi, paralysé par l'horreur de la situation, assiste à l'intégralité de la scène : en quelques instants, il ne reste plus de son congénère que quelques ossements blanchis, tandis que le chat se lèche le poil avec délectation tout en songeant aux nombreuses calories qu'il vient d'ingérer. Pochi comprend alors que son univers vient de basculer : désormais, il lui faudra se battre pour survivre, et seuls les plus forts auront une chance dans ce monde nouveau !

Bientôt submergé par son instinct de survie (il ignorait qu'il en possédât un), Pochi se jure avec un sourire carnassier que ce matou criminel sera le premier sur sa liste... Il bondit de terrasse en terrasse et rejoint bientôt la rue, où pigeons, poulets et lapins se disputent déjà les rares touffes d'herbes disponibles. Bienvenue dans le cauchemar urbain de Tokyo Jungle !

CANIS CANEM EDIT

Les humains ont disparu. Les animaux sont désormais les seuls maîtres de Tokyo, découpée en une douzaine de quartiers (rues, immeubles, toits, voies ferrées...) que le jeu nous présente selon une vue de trois-quarts latérale. Après avoir choisi son animal (seuls deux d'entre eux sont disponibles au début du jeu, un loulou de Poméranie et une biche, mais on débloque rapidement chats, Beagles (comme Pochi !), Golden Retrievers, lycaons, lions, éléphants, mammouths...), place à l'action !

Premier objectif : se nourrir. Tout d'abord, parce qu'une jauge de « Hungry » , plus ou moins grande selon les animaux choisis, diminue continuellement (un poulet met du temps à ressentir les affres de la faim, contrairement à un lion ; mais tous deux peuvent mourir d'inanition...) Ensuite, parce qu'absorber des calories permet de gagner de l'expérience, pour passer de misérable « Rookie » à « Veteran » de la jungle, puis à « Boss » du quartier. Et un boss poussin, ça ne rigole plus...

Dans le cas des herbivores, il suffit de brouter une plante pour se sustenter ; en revanche, les carnivores doivent partir à la chasse...  Il est possible de donner un coup (de griffes, de pattes, de dents...) de manière à réduire la vitalité de son adversaire, ou carrément de sauter à la gorge de sa proie (uniquement lorsqu'une icône « morsure » indique que l'on se trouve dans une position favorable), ce qui se traduit généralement par sa mort immédiate (sauf si vous êtes un poulet et que vous attaquez une vache, évidemment). N'ayez crainte, les herbivores aussi peuvent attaquer les autres animaux : à vous Bambo, la biche commando fraîchement débarquée du Viêt-Nam, ou encore Hannibal Piou-piou, le poussin psychopathe et sanguinaire ! Impossible, hélas, de se délecter du cadavre de ses proies pour ces braves mangeurs d'herbe...

KING OF TOKYO

Une fois votre misérable bestiole / puissant prédateur repu(e), une multitude d'objectifs s'offre à vous : conquérir la ville, quartier par quartier (il s'agit de s'approprier les points de contrôle que l'on trouve dans chaque zone) ; se reproduire (des femelles deviennent disponibles dès qu'on s'est rendu maître d'un quartier : attention, certaines sont moins exigeantes mais vous donneront une descendance moins nombreuse) ; rechercher les événements spéciaux (votre GPS vous indique dans quelle partie de la ville ils se déroulent), comme des pluies empoisonnées, une invasion de cochons,
l'apparition d'un puissant boss (qui devient jouable une fois que vous l'aurez vaincu) ; ou encore collectionner les objets (équipements et consommables) disséminés dans la ville, afin d'améliorer vos chances de survie et votre look (oui, on peut habiller les animaux - et une biche vêtue d'un bob et d'un t-shirt, avec de petites bottines aux pattes, ça ne déconne plus...)

De nombreux défis viennent également ponctuer chaque aventure, et permettent d'engranger des points, indispensables pour débloquer de nouveaux animaux. Que dire des trophées ? « King of the Jungle » demande de survivre cent ans, « Pedigree » exige de se reproduire sur dix génération, « Furry Fashionista » propose de se vêtir d'une tenue complète...

Du délire ? Oui, mais toujours dans le respect du concept initial !

LE JEU DONT VOUS ETES LE SCENARISTE

Le génie de Tokyo Jungle, outre son concept incroyable et son exécution sans faille (les graphismes sont propres, le gameplay fonctionne à merveille, la progression est parfaitement dosée), consiste à proposer un bac à sable délirant, toujours renouvelé (les animaux, objets, événements et conditions climatiques se présentent de manière aléatoire) qui vous laisse libre d'inventer votre propre histoire, de bâtir votre propre dynastie, de narrer votre propre épopée survivaliste transgénérationnelle. Bambo, la biche assoiffée de vengeance, récompensée trop tôt d'une vie de violence par une mort atroce ? Boss Poussin, devenu maître du quartier en quelques minutes, pour finir dévoré tout aussi rapidement par le premier chien venu ? Solid Poulet, capable d'utiliser une poubelle renversée pour se faire aussi discret qu'un ninja ? L'odyssée des Chatleone, une puissante famille de félins capables de survivre, puis de prospérer durant cinquante ans avant de tomber, emportés par leur hubris, sous les crocs de lions et lionnes venus protéger leur progéniture des infâmes matous ? Chaque partie est unique et mémorable... combien de jeux triple A peuvent se vanter d'un tel exploit ?

Ni jeu indé, ni grosse production, jouable à deux en co-op' sur le même écran, très accessible bien qu'il soit entièrement en japonais, Tokyo Jungle est un véritable petit bijou qui plaira autant aux joueurs occasionnels qu'aux fondus de jeu vidéo les plus hardcore. La quadrature du cercle, en somme !

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