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Demande à la poussière

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Fantasmer sur ses perspectives d'écrivain, c'est l'apanage de tous les scribouillards. Mais personne ne le fait comme Fante.

« Arturo Bandini, romancier. Gagne largement sa vie en écrivant des nouvelles. Écrit un livre à présent. Un livre formidable. Avis délirants, avant publication : prose remarquable. Rien vu de comparable depuis Joyce. »

Bandini, son autre-moi autobiographique, brossé de bout en bout dans un style oralisant impeccable, émaille Demande à la poussière d'une mise en scène de lui-même, d'une projection d'un soi devenu tout à coup fascinant pour la littérature planétaire, lu dans tous les coins, adulé par la critique, alors que son orgueil, réellement, n'a que quelques fragilités pour s'appesantir.

Car, dans le monde palpable de Demande à la poussière, Bandini, trop sensible, « trop esthète » comme il dit, publie rarement, n'a pas franchement de succès, mais la moindre annonce de publication lui est orgasmique. Il gagne des clopinettes par intermittence, et, dans le fantasme du succès, prodigue, il dépense suivant les circonstances, si bien qu'il dilapide son porte-monnaie en rarement plus d'une journée. Pataud avec les femmes, maladroit avec la plume — deux choses qui paraissent très liées, du reste — Bandini vit bien mieux dans le fantasme, inadapté endurçi à la réalité. Son univers est fiction.

En-deçà de la recherche de prestige, Bandini recherche l'inspiration. Tout transparaît dans un tas de chouettes monologues, en vue interne : ce qui l'inspire, largement, ce sont les femmes ; témoins la prostituée dont il essaie bien plus de pénétrer l'âme que les orifices, l'obsession pour Camillia, serveuse mexicaine inexpugnable qui devient caricaturale des pratiques américaines tant elle cherche à s'intégrer, avec laquelle, d'ailleurs, s'installe un jeu de nationalités, et, last but not least, le regain d'inspiration par Vera. Point fondamental, car, une fois Vera hapée par Bandini, la terre tremble. Des morts de partout, un déluge de poussière. Et sourd l'inspiration pour son roman. Il lui suffisait de demander à la poussière.

« J'ai vomi leurs journaux, j'ai lu leur littérature, observé leurs coutumes, mangé leur nourriture, désiré leurs femmes et visité leur musée. Mais je suis pauvre et mon nom se termine par une voyelle, alors ils me haïssent, moi et mon père et le père de mon père, et ils n'aimeraient rien tant que de me faire la peau et m'humilier encore, mais à présent ils sont vieux, en train de crever au soleil et au milieu de la rue, en pleine chaleur, en pleine poussière... »

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