Né en 1928 à Brooklyn (New York), Frank Frazetta est un artiste américain des plus influents de l’univers fantastique. Doué dès son plus jeune âge, il intègre à 8 ans l’Académie des Beaux-Arts de Brooklyn qui fermera quelques années plus tard l’empêchant alors de terminer son cursus. À partir de 1944, il débute, dans l’univers des Comics, en tant qu’assistant de John Giunta sur Snowman où il put apprendre les spécificités du métier tout en perfectionnant sa technique d’encrage. Puis, il poursuit en tant que créateur de Golden Arrow, Shining Knight tout en collaborant avec d’autres artistes sur divers projets tels Flash Gordon avec Dan Barry… Il ne cesse d’aspirer à dynamiser et dramatiser son style et, selon ses dires, il étudia l’anatomie en une nuit à partir d’un simple livre. En 1962, tout en continuant en parallèle à produire des comics tels Vampirella, il entame sa carrière d’illustrateur qui lui vaut d’être reconnu en 1964 dans le monde de l’édition pour ses couvertures des oeuvres de Edgar Rice Burroughs (Tarzan) et de Robert E. Howard (Conan le Barbare). Mais, très rapidement, il se focalise uniquement à l’illustration et la peinture sur des univers variés du fantastique et de la fantasy et sur ses propres projets comme Death Dealer en 1967… Plusieurs anthologies de ses travaux sont sorties comme The Fantastic Art of Frank Frazetta en 5 volumes…

Frazetta, artiste débordant d’imagination, excelle aussi bien en noir et blanc qu’à la couleur. Son encrage maitrisé révolutionna l’apparence des couvertures de comics tandis que ses peintures à l’huile flamboyantes et ombragées réinventèrent l’impact dramatique dans le monde de l’édition… Élégance du trait, tension des mouvements, pointillisme dans les détails, velouté des formes et textures… On palpe la moiteur purulente d’une jungle qui suinte sur la délicate porosité de l’Amazonienne en chasse ; la sinistre lueur d’une lune surplombant la citadelle perchée au bout d’un sinueux chemin embrumé foulé par l’opiniâtre Viking ; la brulure d’un muscle tendu à l’extrême lors de l’ultime assaut arrachant hargneusement un cri de désespoir ; le rebondi gracieux d’une captive ballotée par le trot impétueux d’un cavalier médusé ; la stupeur d’une volte-face d’impuissance face à l’apparition de lugubres créatures d’un au-delà… Images fantasmées, désirées, vouées à l’émerveillement de mythe et légende dans lesquels l’épopée lyrique côtoie l’érotisme inapprivoisé…

Frazetta maitrise l’anatomie comme personne. Le corps de ses femmes exalte leur beauté de ces courbes onctueuses et généreuses, de ces aspérités duveteuses se dessinant aux abords d’un déhanché, d’une pose aguicheuse ou délétère… Certes, sans être vulgaires ces demoiselles sont souvent plantureuses, voire lascives, mais l’artiste n’est pas un sexiste pour autant ; ces ”créatures” sensuellement enivrantes n’ayant pas l’unique rôle d’embellir le guerrier dans son incommensurable combat contre la bestialité, ni d’être l’irremplaçable trophée du barbare victorieux ou l’aguicheuse-potiche sauvée par le héros... elles sont aussi la reine machiavélique arquant l’Homme à ses pieds, la farouche guerrière face à l’innommable monstre, l’audacieuse dompteuse de la sauvagerie animale quand elles ne sont pas parfois la partenaire indispensable du duo héroïque ; dans tous les cas, elles dégagent une stature affirmant son rôle indispensable à l’épopée. Jamais la femme ne fut aussi bien sculptée. Cristallisation d’une gracieuse harmonie dont nos yeux ébahis tentent vainement d’en extraire l’éclatante palpitation chatoyant au travers des pigments de la toile ; preuve, s’il en faut, du respect inconditionnel de Frazetta pour la gent féminine… Et l’homme dans tout ça ? De la même manière, il maitrise leurs musculatures saillantes au gré d’une pose intrépide, d’une figure périlleuse, d’une lutte acharnée… Et que dire de ce bestiaire dantesque, sinistre et redoutable surgissant afin de pourfendre l’héroïsme de leurs masses sépulcrales ? Frazetta nous conte les combats perpétuels et inéluctables de chimères qui s’insinueront sitôt nos yeux fermés dans les vagues débridées de notre imagination pour peu qu’on se laisse porter…

Mort en 2010, Frank Frazetta était l’un des plus grands illustrateurs de notre époque ; son sens inné de la composition et sa perfection de l’anatomie, des impulsions du corps et des ombres et lumières alliées à une technique parfaite de la peinture procurent un perpétuel enchantement dès le regard posé sur ses oeuvres… Un talent qui lui apporta une renommée internationale ainsi que de nombreux prix comme le prestigieux ”Award of Excellence” de la New York Society of illustrators. Par ailleurs, son travail influença de nombreux artistes comme Boris Vallejo ou Jeffrey Catherine Jones et continue d’inspirer les nouvelles générations de l’Art Fantasy.

Si vous appréciez son style et désirez prolonger le plaisir visuel, je vous conseille aussi de découvrir un artiste comme Brom, le digne héritier de Frazetta, peintre d’un fantastique plus funeste et mortuaire, mais tout aussi délectable…
Karaziel
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le 20 nov. 2014

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