Survivre à l'éternité.

Avis sur Tau Zero

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Tau Zéro
ANDERSON Poul / Le Bélial
Préfacé par l’un des plus actifs, et reconnus traducteurs français, Jean-Daniel BRECQUE,
Postfacé par un astrophysicien de renom et grand vulgarisateur de la science, Roland LEHOUCQ, qui donne dans ses quelques vingt pages l’avis éclairé du spécialiste sur le contenu scientifique abordé par Anderson. Une partie extrêmement intéressante et enrichissante.
Considéré comme l’un des récits ultimes du genre Hard S-F (un sous-genre de la S-F centré sur la plausibilité des assertions scientifiques), Tau Zéro, m’a naturellement tendu les bras pour que je le lise.
Il aura fallu attendre environ quarante ans, pour que nous, pauvres lecteurs français, gouttions cette pépite, grâce à laquelle le temps se distord par la simple et quasi magique entremise d’un livre juste…incroyable.
L'Aventure Ultime...les premiers mots du résumé de l'œuvre sont les qualificatifs presque parfaits de l'histoire qui nous est contée.
Le XXIIIè siècle, 50 hommes et femmes ont été sélectionné dans les meilleurs domaines du génie humain, afin de mener à bien un projet unique et sidérant, rejoindre l’étoile Beta Virginis (36 années lumières de distance de la Terre) et une nouvelle planète potentiellement habitable afin d’y établir une communauté humaine et les bases d’une colonisation de la galaxie, à bord d'un vaisseau gigantesque le Leonora Christina.
Lorsque l’on s’abandonne à la contemplation du cosmos, on est émerveillée par l’impression d’infinie qui nous embrasse, on distingue à perte de vue (enfin quand le ciel est dégagé et que l’absence de pollution lumineuse nous le permet) le scintillement d’une multitude d’étoiles.
On sait, prosaïquement, qu’elles sont nombreuses et très éloignées les unes des autres, mais au final on ne se rend que très difficilement compte de l’immensité du cosmos, ni de l’inconcevable nombre d’objets qui le constitue. Nous sommes encore moins conscients des abîmes insondables qui séparent ces étoiles et ces galaxies entre elles, et du silence éternel qui y règne.
Pages 59-60: Anderson en donne une belle analogie: "Une année-lumière est un abîme inconcevable. Dénombrable mais inconcevable. A [la vitesse normale d'une automobile dans une mégalopole], soit environ deux kilomètres par minute, il vous faudrait presque neuf-millions d'années pour le franchir".
C’est vous dire l’ampleur du gouffre de distance et de temps qui nous sépare de l’éventuelle visite d’une autre étoile et lorsque l’on parle d’objet lointain dans l’espace, il faut comprendre que l’on parle de distance-temps, l’un étant absolument indissociable de l’autre.
En gros et pour simplifier, plus vous regardez loin dans l’espace plus vous observez loin dans la passé.
Si par le plus grand, et heureux des hasards, vous regardez Alpha Centauri dans un télescope vous recevez la lumière de l’étoile tel qu’elle était il y a quatre ans.
Poul Anderson base son récit sur l'idée d'un voyage relativiste afin de rallier la destination à des vitesses toujours plus proches de celle de la lumière et gommer à l’échelle d’une vie humaine, le temps qui les sépare de leur destination. Dans son roman Anderson résout le problème de la propulsion, et de l'énergie nécessaire (tout bonnement pharaonique) en utilisant un strato-réacteur interstellaire, qui collecte les atomes d’hydrogène (la ressource la plus abondante de l’Univers) directement devant le vaisseau.
Ce qu'il définit dans son livre comme le facteur Tau, c'est que plus la vitesse du vaisseau se rapproche de celle de la lumière, plus le temps se dilate vers le zéro.
Pour vous épargnez des formules que je ne maitrise pas, il faut retenir essentiellement que plus le vaisseau accélère plus le temps s'écoule lentement dans le vaisseau, par rapport au reste de l'Univers. (Ce qui ne veut pas dire que l'action se passe au ralenti…).
Partis pour vivre la plus formidable expérience engendrée par le génie humain, ces 50 hommes et femmes vont malgré eux devenir une arche de Noé stellaire lorsque le capitaine Telander apprend qu’une Nébuleuse fait obstacle à leur route et qu’ils n’ont pas les moyens de l’éviter, mais seulement d’y survivre, sans savoir s’ils pourront un jour…s’arrêter.
Imaginez ! Une accélération infinie vers la vitesse ultime, sans jamais l’atteindre. Une vie d’homme à observer l’Univers vieillir, une vie d’homme à survivre à l’éternité.
Imaginez ! Un équipage d’hommes et femmes censés porter l’espèce humaine vers le prochain pas de son évolution, essaimer à travers le cosmos, piégés à tout jamais dans une course sans fin.
Imaginez ! Les conséquences sociologiques et psychologiques, les implications métaphysiques et philosophiques, à la prise de conscience de la destinée qu’ils vont de facto emprunter.
Gérant brillamment aussi bien les rapports humains, que l’aspect scientifique de son histoire, dans un roman ou le sense-of wonder s’accompagne d’une magistrale palette des interactions et comportements humains, Poul Anderson nous conte plus qu’une traversée scientifique, certes imaginaire, mais aussi et surtout une véritable aventure humaine, philosophique, métaphysique, et psychologique, à la conquête du Cosmos.
Un livre dense, vivant et réellement intriguant, avec une fin tout bonnement vertigineuse.

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