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Distorsion de la réalité.

Par Boubakar - Le 19 février 2012

A la sortie du livre, survenue très peu de temps après la mort de Steve Jobs, on pouvait gloser sur l'opportunisme de proposer une telle parution aussi vite.
Mais c'était sans compter sur la volonté de Steve Jobs de proposer ce livre, alors qu'il sentait que sa maladie l'emporterait, pour que ses enfants sachent qui il est réellement et quel a été son parcours. Le livre se finit en Août 2011, quand il suggère à l'auteur quelques photos qui illustreront le livre.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que sa vie n'a pas été de tout repos ; enfant adopté, il sera doté de manière précoce d'une forte volonté à ce que tout plie sous son joug, à téléphoner de manière impromptue au PDG de H.P. pour lui demander un stage (ce qu'il aura et le marquera lors de la création d'Apple), et sa manière tyrannique de diriger Apple durant plus de 20 ans, en créant des produits qui révolutionnent nos quotidiens depuis lors (Iphone, Ipod, Ipad...).
Sa jeunesse a quelque également de très surprenante, car sa découverte de l'Inde dans les années 1970 va la transformer, jusqu'à avoir des coutumes d'hygiène (il se baladait souvent pieds nus, faisait des périodes régulières de jeun pour purifier son organisme...) assez surprenantes, et tranchant totalement avec les PDG de cette époque.
Faisant sien du crédo que "qu'il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions", Jobs se montrera plus d'une fois intraitable sur ses exigences, qui paraissent au départ saugrenues pour la plupart des gens (comme l'esthétique des produits Apple), mais qui font sens aujourd'hui et expliquent ce que Apple est devenue dans ce début du XXIeme siècle ; la société la plus performante du monde, devant Microsoft.

Dans ce livre, on a le témoignage de sa famille, de ses proches, mais aussi de ses rivaux, en particulier Bill Gates, qui louent aussi bien son charisme qui aura fait déplacer plus d'une fois des montagnes, mais aussi son intransigeance qui le rendaient difficile à vivre au quotidien, n'hésitant pas à humilier ses ingénieurs quand une chose ne lui plaisait pas.
Jobs est également interviewé, revenant sur plusieurs anecdotes qui ont marqué sa vie, comme sa bataille contre Apple Corp (détentrice des droits des Beatles) pour garder le nom de Apple, qui s'inversera trente ans plus tard pour demander à Apple Corp d'intégrer les Beatles sur Itunes ! Il revient aussi longuement sur son exclusion d'Apple durant plus de 10 ans, créant au passage une société nommée Pixar, et son come-back triomphal avec la naissance de l'IMac qui va servir de terreau pour ses inventions à venir.

Le mérite du livre est de ne pas donner de Steve Jobs un portrait complaisant ; si il a su créer des produits révolutionnaires, l'homme est en revanche beaucoup plus contesté, y compris par sa propre épouse, pour ses crises de colère, ses exigences, et l'utilisation de sa fameuse "distorsion de la réalité", où tout devait être selon ses bons vouloirs, ce qui ne manquait pas d'agacer son entourage. Très souvent, le personnage-type d'une biographie a le beau rôle, reconnaissons à Walter Isaacson de ne pas avoir cédé à cette "mode" d'embellir son sujet.
D'ailleurs, les derniers chapitres sont consacrés à sa maladie, et peu à peu, on voit Jobs s'enfoncer dans la mélancolie, dans la peur de mourir, dans le fait qu'il veut vivre pour voir son fils diplôme, ce qui, à ce moment le rend touchant, car il s'humanise (un peu), tout en assurant en parallèle ses fonctions de CEO au sein d'Apple.

Personnellement, je n'ai aucun produit Apple, mais en tant qqu'amateur d''informatique, je reconnais facilement tout les progrès que cet homme a apporté.
Si Steve Jobs avait l'air contestable en tant qu'homme, dans l’exercice de son métier et de sa passion dévorante pour Apple, c'était un génie, à n'en point douter.

9 Par Boubakar
Steve Jobs
Avis rédigé par Boubakar le . Note : 9 sur 10
A la sortie du livre, survenue très peu de temps après la mort de Steve Jobs, on pouvait gloser sur l'opportunisme de proposer une telle parution aussi vite. Mais c'était sans compter sur la...