Par Reka - Le 10 novembre 2011
"Tuer le père" aurait pu me plaire parce que le nombre de dialogues y est nettement moins important que dans "Hygiène de l’assassin" ; parce qu’il amène une intrigue intéressante – dommage qu’il ne fasse que l’amener – et parce que la paresse est communicative : pas mécontente de ne pas avoir dû me fouler à la lecture de cet ouvrage, j’y suis rentrée comme dans un flan.
Coulant et facile à lire, ce roman ne m’a toutefois pas du tout conquise…
La principale raison de ma dépréciation est chronologiquement la dernière, car c’est la chute qui m’a le plus fâchée. Amélie Nothomb nous impose, tout au long de son récit, une réalité qu’elle finit par casser, balayer d’un revers de la main. S’il y a des romans qui vous « manipulent » et vous amènent à croire des choses erronées sans pour autant que les faits qui sont présentés au cours de la lecture soient inexacts, ce n’est pas le cas de "Tuer le père". Ici, l’auteure ne nous propose en effet rien d’autre qu’un tissu de mensonges durant les deux tiers de son récit…
« Le but de la magie, c’est d’amener l’autre à douter du réel. »
Cette phrase, on comprend a posteriori qu’elle doit être lue au propre comme au figuré. Elle amène sans doute le « lecteur partisan » à considérer "Tuer le père" comme un roman magique. Cependant, des grincheux qui, comme moi, trouvent la démarche de l’auteure d’une grossière facilité ne doutent ni réévaluent le « réel ». Pour moi, cette tricherie manque foncièrement de professionnalisme et participe à l’écroulement du récit en une fraction de seconde.
Comme l’a, à mon sens, très justement écrit Jérôme Garcin, critique littéraire au Nouvel observateur, ce qu’Amélie Nothomb nous offre là, « c’est seulement la possibilité d’un livre »… "Tuer le père" ressemble à une ébauche à laquelle on aurait joint dix pages écrites précipitamment en guise de fin.
Nothomb distille dans son livre des éléments vendeurs : des phrases courtes, des dialogues, une fin qui tombe comme un couperet/choque/surprend, un peu de cul et d’interdit. Toutefois, elle m’a paru louper l’essentiel, car cet ouvrage ne génère pas l’ombre d’une émotion. Rien de rien ! La magie qu’on imagine être le sujet phare de ce livre n’est qu’un prétexte, ce serait donc se méprendre que de compter sur un récit magique en l’ouvrant. Aussi, notez que le fameux complexe freudien y est ici largement plus développé, ce qui ne veut pas dire que ce soit pour autant avec finesse ou profondeur…
Je ne sais pas ce que valent "Stupeur et tremblements", "Les catilinaires", "Cosmétique de l’ennemi" ou autre, mais je ne suis pas convaincue le moins du monde par la prose actuelle de l’écrivaine : vraiment vraiment trop facile, c’est ce que j’en retiens. A cause de son succès, qu’on dirait irrémédiablement acquis, je suis tentée de dédier une pensée compatissante à tous les écrivains qui s’esquintent laborieusement et qui ne trouvent pour public qu’une proportion infinitésimale du sien. Selon moi, ce n’est pas juste… Retrouvez l'article sur son blog : http://marecages.be/?p=5371