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Not everything that isn't true is a lie

Avis sur Black Mirror

Avatar gallu
Critique publiée par le

Black mirror est une série... Il parait. Avec seulement trois épisodes au compteur pour 2h45 de « films » cumulés, on ne peut en effet pas dire que cette production rentre dans les standards habituels. Les trois épisodes constituent trois histoires indépendantes, avec un casting et un univers différents. L'ensemble doit sa cohérence au fait qu'il s'agit toujours d'un récit d'anticipation, traité en référence directe avec la société de consommation et de spectacle dans laquelle nous évoluons.

Les deux premiers épisodes sont assez proches. Ils constituent une réflexion particulièrement brillante sur la culture de consommation et les médias. Dépassant les cadres connus de la critique médiatique, le premier épisode, The National Anthem, puise dans les nouvelles technologies de l'information (youtube, twitter) et met en perspective les changements qu'elles ont provoqué dans nos comportements. Une mauvaise fiction aurait traité le sujet isolémment du reste, mais ici, les scénaristes de Black mirror ont eu l'intelligence d'intégrer Internet à l'univers réel et aux outils plus anciens de communication comme la télévision et le téléphone. Nous nous situons ainsi dans un monde de divertissement mondialisé, une société du spectacle où les épidémies de buzz sur les réseaux sociaux trouvent une résonnance dans les médias traditionnels, dont la ligne éditoriale est entièrement dictée par les succès de popularité. Cette obéissance au sondage soumet jusqu'aux politiciens. L'étallonage des médias sur la logique d'audience entraine ainsi la population toute entière dans une consommation débridée et voyeuriste.

Le second épisode, 15 Million Merits, nous immerge plus loin dans l'anticipation en nous présentant un monde totalitaire du spectacle, s'inspirant à la fois des classiques de la SF et des dernières évolutions de la télévision. Les hommes vivent dans un monde entièrement numérique, accompagné du lever au coucher par la télévision : la fiction s'inspire beaucoup des dernières évolutions technologiques en matière de vidéo : la VOD, les progrès de la publicité sur Internet, les Iphone, les Sims et autres Second Life. La qualité de Black mirror s'explique principalement par cette proximité : la série pousse la logique de consommation des produits de notre quotidien jusqu'au bout, créant ainsi un univers qui nous est à la fois totalement étranger et complètement familier.

Le dernier épisode, The Entire History of You, s'éloigne de la thématique de la société du spectacle et propose une histoire à suspense bien ficelée, qui repose sur une trouvaille technologique : la possibilité pour les êtres humains de revisionner à loisir les séquences de leur vie passé, pouvant par là analyser en profondeur chaque scène vécue, par des zooms, répétitions....

La fin du second épisode nous montre une rébellion récupérée par le système, une société du spectacle dont on n'échappe pas, et qui exploite avec cynisme les critiques qu'ont lui adresse. La mise en abyme est totale avec cette série : celle-ci est effectivement produite par le géant international Endemol, société hollandaise à l'origine de la téléréalité et qui règne en maitre sur le genre depuis son émergence.

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71 apprécient · 3 n'apprécient pas

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