Chargement en cours...
Facebook Twitter
Membre SC

Welcome to the glue factory

Par gallu - Le 12 février 2012


Grosse claque que ce Homeland, qui laissait pourtant presager, vu son pitch, une énième série américaine à la 24h Chrono ou Lost, une série grand public accro aux rebonds scénaristiques aussi grossiers qu’irréalistes. C’est tout le contraire. Homeland démarre assez modestement, sur une mécanique simple : l’enquêteuse acharnée contre le bad guy potentiel, l’individu mystérieux aux desseins troubles. Il n’y a aucun temps mort, aucune véritable latence due à la mise en place : on est embarqué dans une succession d’événements dès les premières minutes du premier épisode et, partant de ce rythme déjà soutenu, la série ne va jamais ralentir sa course. Au fil des épisodes, Homeland tisse sa toile, remplit la tête du spectateur/enquêteur d’informations, enchaine les fausses pistes, les suspects et les indics, jusqu’à nous immerger complètement dans la mécanique policière, jusqu’à ce que nous fassions corps avec ces agents de la CIA, pris dans la mélasse de cette course-poursuite sans fin.

Le point d’ancrage est net ; nous nous situons du point de vue de l’agent de la CIA Carrie Mathison (Claire Danes) ; nous partageons ses soupçons, nous n’en savons pas souvent beaucoup plus qu’elle, ou alors seulement à un épisode d’avance. Homeland nous plonge dans son quotidien et dans celui de son collègue Saul, dans l’engloutissement qu’exerce leur métier sur leur vie et leur psyché. Pour autant, jamais la série nous incite à choisir un camp et à prendre parti pour la CIA. Et c’est là la principale qualité de cette série. Une série Showtime, grand public, sur le terrorisme, il y avait fort à parier qu’on aller sombrer très rapidement dans un discours manichéen, opposant les gentils combattants de la liberté aux méchants terroristes musulmans. Rien de cela ici : le combat nous est présenté avec beaucoup de finesse. Les terroristes mis en scène n’ont rien de monstres fanatiques, ils agissent en hommes intelligents et sensibles, motivés par ce qui semble être une noble cause. Ils sont mis en scène comme ce qu’ils sont, une faible minorité, pour qui le terrorisme est la seule arme possible face à l’Empire américain, l’arme de la ruse et du leurre, l’arme stratégique par excellence, qui permet, telle la guérilla, d’espérer vaincre face à un ennemi infiniment supérieur en nombre et en ressources. Agents de la CIA et terroristes (potentiels) sont renvoyés dos à dos, immergés sous la gigantesque toile géopolitique. En sous-texte, Homeland va jusqu’à critiquer le gouvernement américain, un gouvernement allégorique et factice certes, dénoncé comme cynique, mensonger et meurtrier.

La grande force de cette série, c’est également d’être portée par un duo d’acteurs chevronnés et extrêmement talentueux : Claire Danes et Damian Lewis. Danes est une star américaine bien connue, révélée avec Jared Leto dans la fameuse et étrange série My So-Called Life. Elle a eu un parcours assez typique, ayant joué dans beaucoup de films moyens mais bien distribués, notamment dans quelques grosses productions comme Roméo + Juliette. Après avoir vu Homeland, et surtout la fin de la première saison, son talent d’actrice est impossible à nier. Incarner le personnage de Carrie était un vrai challenge : il s’agit peut-être là, avec Walter White de Breaking bad, du personnage de série le plus profond, le plus psychologiquement dense et fascinant, à ce jour. Le personnage de Carrie est une merveilleuse trouvaille scénaristique : c’est l’archétype du génie, du précurseur, dont les éclairs sont interprétés tantôt comme des excès d’hystérie, tantôt comme des preuves irréfutables de démence. C’est une mécanique particulièrement bien vue de la part des scénaristes : Carrie est le point d’ancrage de la série et ses souffrances, ses tortures mentales, sont ainsi vécues par procuration/identification par le spectateur.

L’autre acteur principal, c’est Damian Lewis, incarnant le Sergent Nicholas Brody. Ceux qui comme moi ont vu Warriors de Kosminsky et Keane de Kerrigan savaient qu’Homeland reposait là sur une base solide ; Damian Lewis est un excellent acteur, capable d’une très grande intensité dramatique, d’une véritable introspection et doté d’un physique assez inhabituel et captivant. Ce rôle était véritablement fait pour lui. Il incarne parfaitement le déchirement intérieur et le mystère. Concernant le reste du casting, pas une seule erreur, tout sonne parfaitement juste. On remarquera également l’excellence de Mandy Patinkin dans le rôle de Saul, un personnage également très dense et primordial, bien que légèrement en retrait par rapport au duo Brody/Carrie.

Homeland est un casse-tête assez déroutant, qui se joue de nos propres préjugés pour assoir ses fausses pistes et renforcer un doute permanent. Si les premiers épisodes sont marqués par quelques tics un peu agaçants, typiques des grosses productions américaines (les cliffhangers rituels de fin d’épisode), ceux-ci s’estompent sous l’écrasante pression dramatique, grandissante au fil des épisodes.

Homeland constitue ma dernière grosse claque en date dans le monde des séries. La précédente date de 2008, pour la première saison de Breaking bad. Etonnante qualité pour une série Showtime ; c’est bien la première série d’envergure en dehors des productions HBO et AMC. Modérons-nous, cependant : nous n’en sommes qu’à la première saison et le risque de plantage est ici plus important qu’ailleurs. Sur un pitch tel que celui-là, on voit mal la série s’embarquer pour six saisons sans perdre en crédibilité. On l’imagine mal aller avec réalisme au-delà de deux voire trois saisons. Et c’est là que le problème se pose : une série qui connait le succès ne s’arrête jamais à si peu ; et Homeland est un clair succès critique ET public. A moins d’audaces scénaristiques particulièrement novatrices, j’imagine mal la série tenir en rythme et en pertinence sur le long terme, surtout au vu de la chaine qui l’accueille... Espérons que ce ne soit que du pessimisme de ma part.

9 Par gallu

gallu a ajouté cette œuvre à 1 liste :

Top 10 Séries

Autres activités de Homeland  

Membre SC
 gallu a ajouté la série Homeland à son Top 10 Séries

Twitter FacebookPartager Il y a 97 jours

 
Membre SC

chtimixeur : Si tu ne connais pas, je te conseille ce site de reviews de séries. C'est bien écrit et très instructif (les 2 séries danoises que tu souhaites voir ont été critiquées) :
http://myteleisrich.hautetfort.com/tag/danemark

Il y a 96 jours

Membre SC

gallu : ok. Je ne suis pas sûr d'accrocher autant que lui à certaines japoniaiseries, mais je jetterai un oeil sur tout ça ^^

Il y a 96 jours

Membre SC
gallu a attribué 8/10 à la série Homeland

Twitter FacebookPartager Il y a 108 joursCommenter

Homeland
Avis rédigé par gallu le . Note : 9 sur 10
Grosse claque que ce Homeland, qui laissait pourtant presager, vu son pitch, une énième série américaine à la 24h Chrono ou Lost, une série grand public accro aux rebonds scénaristiques aussi...