Pierre Cabot

Homme, 25 ans, France (75004) | Twitter | Site personnel
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Matin
De l'arroseur automatique jaillit l’été. Une laverie patiente mille révolutions. Un balayeur pousse un peu de temps. Enfin je suppose, je suis dans mon lit, plus exactement les quarante centimètres de largeur qui me sont alloués.
Les volets serrent encore l’obscurité. L’appartement figé dans nos mains liées. Le radiateur ne chauffe que lui-même. Au réveil j’ai éternué mes rêves. Mes yeux conseillent la fermeture définitive. Tes mains attendent le réveil en prenant des poses. Tu m’avais demandé que je te viole dans ton sommeil, non, décidément je n’en ai pas envie, non c'est non. Chemises éventrées au sol, je te soupçonne de les avoir souillées de ton sang en sortant trop hâtivement de la salle de bains. Moustique, fantôme sans trêve de la chambre.

Les ombres pillent la rue avant que le jour ne vienne. Bancs vernis d’ennui. Paris dort sous Seine. Cinq heures, trois personnes dans le quartier, je n’ai plus de place. Poubelles jamais sans préservatif. Je lis l’histoire du monde sur une feuille d’arbre. Les immeubles en ont plein les pattes. Clochards à terre, la liberté est trop lourde. Les vitrines voudraient rougir de leur nudité.
Le matin ne s'est pas encore essuyé. L’aube s'élance péniblement de flaque en flaque. Partout des corps cachés sous des couettes. Les ponts s'imbriquent encore de sommeil.
Les ombres étirent leur réveil. De petits enfants s’enfuient sous elles. Deux vieux approchent, rocher qui s’effrite le long du trottoir. Les passants naissent et meurent à dix mètres de moi. Mes yeux brûlent de femmes si tôt. C’est qu'elles embêtent les rues, si tôt !
Je cherche les trottoirs hors de la prétention du soleil. Les bourgeons snobent les feuilles mortes. Je sors à l'heure où même les mendiants ne travaillent pas. J’avance parmi le hold-up des arbres. Un touriste leur décrit les grandes forêts qui existent loin au-delà de la ville.
Notre-Dame ceinte d'une fortification de clichés. Je réfugie mon silence dans les ruelles.
Le matin appartient à l’été.

Six heures, les balayeurs s’écoulent sur les trottoirs en guise de rosée. Des femmes de ménage noires attendent seules aux arrêts de bus. Quelques débris criards de la nuit s'agitent au fond des boulevards. Les immeubles récents rejoignent le silence des vieux hôtels particuliers. Les coureurs solitaires veillent sur chaque quartier du petit matin. Ils gardent les rues qui ont peur du silence.
Les chiens en laisse essaient de ne pas en croiser d'autres pour se donner l'illusion qu'ils sont les seuls maîtres. S'ils tombent sur un congénère ils se mettent à aboyer comme s'ils étaient pris par surprise, qu'ils n'avaient pas senti l'autre clébard venir à un kilomètre de là. Eux et leurs maîtres s'étonnent de mon apathie, ils viennent la renifler de plus près les yeux exorbités, étonnés par mon corps réveillé et sans raison d’être si tôt le matin.
Des vélos contre la grille d’un jardin font des cauchemars qui tournent en rond. Les libertés livrent leurs derniers combats dans les jardins. Clochards, enfants, derniers bastions de la liberté.
Je pars à la poursuite de la Seine qui fuit la France.
Une vaguelette naît et meurt en même temps, dans l’espoir d’un peu plus d’existence elle multiplie les résurrections.
Aujourd'hui je remarque qu'à l'entrée même des métros est affichée sur un petit écran dans combien de temps arrive le prochain métro. Je suis piégé, maintenant à chaque fois que j’y descendrai je regarderai ce petit écran, je ne pourrai pas y échapper.
Monde lisse, sans hasard, remodelé pour les hauts talons. Plus personne ne pourra tomber.

L’Arc de triomphe est assiégé de voitures. Il n’est plus qu'un abri contre la pluie. Quatre soldats pour garder l’histoire. Parmi tous les conducteurs qui sont passés par l'Étoile, combien connaissent ne serait-ce que la bataille d'Austerlitz ?
Les places sont les lieux de rencontre des immeubles. Ils sont timides, laissons-les se rapprocher un peu plus.
Pas d’histoire pas d’amour mais la lente fuite des jours. J’approfondis les boulevards dans la dislocation des âmes. Mon corps vide de contraintes échoue dans un café. Nouvelle saison, la nature veut que nous nous souvenions d’elle.
Il est un genre de vieux de jardins et de cafés (ce sont souvent les mêmes personnes) qui passent leur journée à appeler des connaissances lointaines, pas leurs proches car ils les ont trop épuisés. Ils parlent des voyages qu'ils ont fait, ils reviennent toujours tout juste de voyage, et en prévoient un autre. Ils ne peuvent appeler sans avoir un auditoire d’inconnus.
Jeune fille j’ai vu tes genoux de bien loin, au coin de la rue, je suis heureux que tu t’asseyes à côté de moi. De l’autre côté du Styx m’attendent les femmes et toutes les cigarettes sacrifiées à mon ennui.
Jonas: Si tu crois qu'elle était là pour toi tu te mets une couille dans l’oeil, frère.
Un début de semaine qui ressemble à une fin de vie. Je croise chaque regard avec colère, énervé de ne pas être le seul autorisé à observer.
Tant de jeunes garçons qui errent une mince pochette à la main, ne contenant que leur CV désappointé. Les filles cachent leur chômage dans leur sac, comme tous leurs autres secrets, précieusement gardés.
Chaque personne que je fréquente m’avouera un jour que je lui parais bien placide, que la familiarité n’y change rien, qu’elle attendait quelque sourire. Le dire lui permet de l’accepter.

Je prie pour que K me dise qu’elle reviendra ce soir. Si je l’appelle elle me saura inactif. Si je ne lui envoie rien elle me croira au fond de quelque salope. Enfin elle me prévient qu'elle arrive, je prépare sa venue en flanquant la couette par terre, ce que je fais quand je baise, pour lui faire croire que j’ai ken le matin. Elle a marché sur le piège.
K: Tu n’aurais pas ramené une fille chez toi aujourd’hui ?
Moi: Mais non voyons, pour qui tu me prends.

Aucune rue ne veut être la dernière.

Répartition des notes

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  8. 796
  9. 188
  10. 110

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