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Maîtrise lancinante, sentiments en ciment

Avis sur A Moon Shaped Pool

Avatar Raspaillac
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Arrêtons deux minutes de faire la fine bouche : A Moon Shaped Pool signe bien le retour aux affaires sérieuses de Radiohead, 4 ans après le trou d'air The King of Limbs.

La première ambiguïté qui perturbe à l'écoute de ce nouvel album est l'impression d'avoir affaire à un ensemble à la fois compact et disparate. Compact, parce qu'il y a bien un fil rouge, une humeur générale d'étrange mélancolie qui se dégage de l'album, mais qui tranche avec le fait que, comme souvent avec Radiohead, les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas.

Il y a d'abord le single d'ouverture Burn The Witch (askip ils sont en train d'envisager des peines d'incarcération pour ceux qui continuent de dire qu'on dirait du Coldplay, j'approuve, le reste de la société ne s'en portera que mieux), qui fait un job solide bien que l'on eût pu s'attendre à un truc un peu plus incroyable vu comme ils avaient fait monter la sauce avec la mégalomanie d'un Nelson Monfort des grands soirs. C'est entêtant, la version live un peu plus rock fonctionne bien : elle est validée.

Directement après vient Daydreaming. Arrêtons nous un instant sur ce morceau qui est pour moi à la fois le plus fascinant et déroutant de l'album. Comme pas mal de gens je crois, quand le clip de Paul Thomas Anderson est sorti avec Thom qui ouvrait plein de portes pour passer d'un univers à un autre, je me suis dit « le clip c'est le feu, par contre il commence quand le morceau? ». Maintenant que ça fait 6 mois que l'album est sorti et que j'ai eu le temps de le digérer comme il se doit, je peux dire que Daydreaming doit s'appréhender comme tout sauf un single afin d'être apprécié à sa juste valeur : une partition tout en maîtrise lancinante, une expérience auditive assez unique qui mérite qu'on lui donne sa chance. Le genre de morceau qui peut rendre n'importe quel trajet en bus complètement mystique.

Le troisième morceau, Decks Dark, est le plus immédiatement efficace. Toujours planant, mais avec un rythme et une structure plus classiques, il est là pour faire accrocher les deux, trois premières écoutes. Après ces trois morceaux, le niveau baisse légèrement avec Desert Island Disk (probablement le morceau le moins intéressant de l'album), Ful Stop, qui met trop de temps à démarrer pour être vraiment excellent, et Glass Eyes, ballade plus classique au piano comme Radiohead en ont déjà livré quelques-unes précédemment (je pense notamment à Videotape sur In Rainbows qui de la même manière sans être à jeter, ne faisait pas partie, loin de là, des sommets du disque). La seconde partie de l'album contient deux vieux hits régulièrement joués en concert depuis 2001 : True Love Waits, qui clôt sobrement l'opus, mais surtout l'immense Identikit, dont le rythme saccadé et les sonorités semi-dissonantes rappellent les plus grands moments de Kid A (Idioteque, Optimistic). A ces deux vétérans s'ajoutent deux morceaux qui, s'ils paraissent de prime abord être de simples morceaux de liaison, se bonifient à chaque écoute : l'efficace Present Tense, mais surtout l'excellent The Numbers avec son lent crescendo et son son très épais. Je viens de voir que le Guardian l'avait vu comme un hommage à Histoire de Melody Nelson de ce diable de Serge, notamment la deuxième partie avec l'entrée des strings bien lourds comme un tacle de Gattuso par temps pluvieux. Bien que les deux ambiances soient diamétralement opposées, c'est pas complètement idiot, et c'est peut-être pour ça que The Numbers fonctionne aussi bien sur moi.

A Moon Shaped Pool n'est pas un album pour tout le monde et demande un véritable effort d'immersion, comme pouvaient le demander Kid A et Amnesiac. Mais la maîtrise affichée tout au long du disque et le travail magistral pour produire cette ambiance à la fois dérangeante et obsédante fait qu'il mérite que l'on s'y attarde. On peut en tout cas toujours compter sur nos gars de l'Oxfordshire pour explorer de nouveaux horizons, même quand ils font du neuf avec du vieux (j'ai appris à ce propos que Burn The Witch aussi était une vieille compo). Je pense à ce titre à l'usage du piano, très présent sur A Moon Shaped Pool, qui s'il est parfois l'instrument principal (Daydreaming, Glass Eyes, True Love Waits) est également beaucoup utilisé simplement pour donner de la profondeur et de l'épaisseur à certains morceaux comme sur Decks Dark ou The Numbers par de simples arpèges sporadiques, et ça arrêtez-moi si je me trompe mais je crois pas l'avoir déjà vraiment entendu chez eux. C'est peut-être leur disque qui va le plus loin en termes de superposition de différentes nappes qui individuellement ne pourraient pas créer une réelle mélodie, sans que ça ne donne une impression de trop-plein.

Bref, tout ça pour dire : Radiohead, still the best, 23 years and counting.

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