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Abbey Road : Une des plus belles sorties par la grande porte de tous les temps.

Avis sur Abbey Road

Avatar Sébastien Galvez
Critique publiée par le

On ne présente plus l'ultime opus enregistré par les Fab Four, figurant parmi les dix meilleures ventes mondiales. Ce chant du cygne a marqué toute une génération alors que s'achevait la décennie des années soixante avec Woodstock en guise de point final...

Avant d'aborder l’œuvre en elle-même, il convient tout d'abord de situer le contexte chaotique de sa gestation, marqué par les tensions, la rupture et la rancœur et qui ne laissait nullement présager du bijou qu'allait devenir Abbey Road.

I – Un groupe au bord de la rupture

Janvier 1969. Rien ne va plus dans la maison Beatles. Leur société, Apple, fondée en 1968, est devenue un véritable gouffre financier. L'idée originelle derrière sa création était de permettre à John, Paul, Georges et Ringo de pouvoir désormais commercialiser leur musique sous un label indépendant et ainsi renverser les rapports de force qui les opposait à EMI (qui leur prélevait un pourcentage sur les ventes de disques jugé indécent à leurs yeux).

Toutefois d'autres projets annexes plus extravagants les uns que les autres vinrent se greffer (boîte d'édition vidéo, studios communautaires, boutiques de mode...), sans qu'aucun contrôle sur les dépenses n'en vienne calmer les ardeurs.

Aussi, alors que le label prospère commercialement grâce au succès des ventes du Double-Album Blanc (paru le 22 novembre 1968 et vendu à plus de vingt millions d'exemplaires à sa sortie), économiquement, c'est la déroute. Sans Brian Epstein, leur ex-manager, mort d'une overdose de médicaments au cours de l'été 1967, pour gérer leur patrimoine, les Beatles se retrouvent tels des enfants livrés à eux-mêmes et contemplent, impuissants, leur navire partir à la dérive.

Humainement, la situation est peut-être encore pire. Les difficultés rencontrées avec Apple ne font qu'envenimer les tensions qui existaient déjà entre les quatre musiciens lors de l'enregistrement du Double Blanc. Et si au moment des faits, Yoko Ono, la compagne de John Lennon, fût jugée comme principale responsable de la zizanie qui régnait au sein du village Beatles, on se rend compte aujourd'hui que d'autres facteurs, plus profonds et plus insidieux, ont davantage contribué à la rupture du plus grand groupe du monde.

Depuis 1967 et la sortie de Sgt Pepper's Lonely Heart Club Band, Paul McCartney s'affirme comme le véritable leader du groupe, participant à la production des albums et assurant la direction artistique... sans que pour autant Lennon ne s'y oppose. Ce dernier, à l'époque, perdait de son influence, son immersion dans des drogues de plus en plus dure aidant... Et McCartney, menait les trois autres à la baguette au cours des sessions d'enregistrement, ce qui n'était guère du goût de Georges Harrison dont nombre de ses compositions furent écartées par le bassiste gaucher.

Lennon, lui, n'attendait qu'une chose, former un autre groupe avec Yoko et ainsi quitter au plus vite le bateau avant le naufrage final.

Conscient du risque d'implosion de plus en plus imminent, McCartney parvient néanmoins à convaincre ses trois compères de s'investir dans un dernier projet afin de fournir au groupe une sortie par la grande porte. Son idée : un film les mettant en scène en train d'enregistrer leur dernier album, sans coupe ni retouche. Des séquences extraites de ce documentaire, les plus marquantes furent celles de Get Back et Don't Let Me Down, filmées sur le toit de leur immeuble à Saville Row ! Le reste du film ne fût hélas que le témoignage révélateur d'une triste réalité : le groupe, humainement et artistiquement, était bel et bien moribond... De ce désastre, seule la bande son (qui donnera naissance à l'album Let It Be, paru le 8 mai 1970) fût exploitée. Le reste fût mis aux archives...

L'histoire des Beatles aurait très bien pu s'achever sur ce constat d'échec, ce dernier ne faisant qu'apporter de l'eau au moulin de John Lennon, pressé de fonder le Plastic Ono Band.

On dit que parfois, la providence peut se présenter sous des aspects les plus inattendus. Ici, elle prît la forme d'un sursaut d’orgueil général.

II – Pour un baroud d'honneur

Avril 1969. Consternés par le résultat affligeant du film Let It Be, Lennon et McCartney consentent à laisser leurs divergences de côté, rallient Harrison et Ringo Starr et décident d'un commun accord de se réunir pour concocter l'album de la dernière chance.

Leur producteur, George Martin, qui fût écarté du projet Let It Be, est sceptique lorsque Paul lui annonce leur intention d'enregistrer un album« comme avant ». Mais il accepte de les suivre, à la condition qu'il soit aux commandes de la production. L'ingénieur du son, Geoff Emerick, qui avait laissé les Beatles en plan lors des sessions d'enregistrement exécrables du Double-Blanc, rejoint également le projet, en compagnie de son nouvel assistant, un certain Alan Parson, qui officiera par la suite en tant que maître d’œuvre sur le mixage et la mise en son de Dark Side of The Moon des Pink Floyd en 1973 et qui fondera en 1975 le groupe The Alan Parson's Project.

Les sessions d'enregistrement du nouvel album eurent lieu entre le 1er juillet et le 25 août 1969. Débutant d'abord dans la douleur, avec l'absence de Lennon au cours des trois premières semaines à cause d'un accident de voiture, ces sessions se passèrent dans un contexte relativement plus serein et beaucoup plus constructif que celles de Let It Be ou encore du Double Blanc. Chacun, probablement conscient que cet album tirera un trait définitif sur leur collaboration, donne le meilleur de lui-même.

Et même si :
- des engueulades éclatent par ci par là ;
- McCartney continue de jouer les tyrans en studio;
- la présence de Yoko jette encore de l'huile sur le feu ;
les Beatles parviennent à prendre sur eux, maintenir le cap et finissent par offrir au monde une ultime perle pop interplanétaire.

Georges Harrison signe ici ses deux compositions les plus abouties : Something et Here Comes The Sun, tandis que Lennon aligne un trio de mignardises exquises : Come Together, I Want You (She's So Heavy) et Because, une des plus belles polyphonies du groupe.

Ringo Starr lui-même apporte sa pierre à l'édifice avec Octopus's Garden, de loin sa meilleure composition.

McCartney, quant à lui signera principalement Oh ! Darling, ballade bluesy qui mit à rude épreuve ses cordes vocales. En retrait par rapport à ses compères Lennon et Harrison ? Que nenni ! Car Paul sera également l'architecte principal du fameux long medley qui compose l'essentiel de la face B et qui constitue un fabuleux concerto pop.

Ce medley comprend à l'origine huit morceaux, cinq de McCartney, trois de Lennon, tous inachevés et issus de maquettes et de chutes mises de côté lors des sessions d'enregistrement du Double Blanc l'année précédente.

You Never Give Me Your Money en sera le thème principal, thème qui sera repris dans Carry That Weight.

The End, le morceau de clôture de l'album est symbolique à plus d'un titre :

  • McCartney, Lennon et Harrison y enchaînent des solos sous forme de
    passage de relais ;

    • Ringo Starr y livrera son seul et unique solo de
      batterie, n'étant de base pas un grand fan de ce genre de
      démonstration technique ;
    • les dernières paroles du morceau, « And in
      the end , the love you take is equal to the love you give
       », écrites
      par McCartney, impressionnèrent tant Lennon, malgré ses dissensions
      avec le bassiste , qu'il n'hésita pas à les qualifier de
      « cosmiques »

En tant que producteur, Georges Martin se montrera enchanté par la qualité générale d'Abbey Road en tant qu'album, n'hésitant pas à le qualifier de « Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band Volume 2 », considéré jusqu'alors comme l'album le plus abouti des Fab Four. On ne saurait lui donner tort.

L'album parût le 26 septembre 1969 et fût considéré comme le second plus gros succès des Beatles, derrière Sgt Pepper. Il se vendît à plus de trente millions d'exemplaires et se maintînt dans les charts pendant cent-vingt-neuf semaines.

Outre la qualité évidente des compositions qui sillonnent cet opus, l'excellence du son, de la production et de la finition contribuèrent à faire d'Abbey Road l'album qui a sans doute le mieux résisté à l'épreuve du temps.

Quelque temps plus tard, John Lennon annonça qu'il quittait le groupe pour se lancer dans une carrière solo. Il déclara que malgré la satisfaction qu'il avait eu à enregistrer cet album, il ne prenait en revanche plus aucun plaisir à jouer avec les Beatles.

Que dire, qu'écrire en guise de conclusion ?

Tout d'abord, cet écrit ne constitue pas une critique. Pas vraiment du moins. Quel intérêt de juger une œuvre passée depuis longtemps à la postérité ? Et que vaudrait un avis isolé, que pèserait une critique dans l'absolu ?

Cet album a contribué grandement à façonner ma culture musicale. J'ai préféré à la place expliquer, situer le contexte de sa gestation, afin de montrer que parfois, les situations désastreuses peuvent contribuer à engendrer des œuvres si belles, si profondes, qu'elles continuent à résonner et sonner bougrement fort presque quarante ans après leur naissance. Hommage plutôt que critique.

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