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David et moi

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Avatar Eric BBYoda
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C'est bien simple, je dois une fière chandelle à David. En 1972, avec "Ziggy", un disque qu'il avait écrit pour moi, et juste pour moi, je le sais - n'allez pas me essayer de me convaincre du contraire ! - il m'a sauvé. De la banalité, des chemins déjà tout tracés, de l'ennui, de la peur aussi. J'ai rencontré Vincent à Londres et nous avons vécu tous deux 3 semaines au rythme de "Ziggy", entrant chez des disquaires toutes les trois heures pour l'écouter et pouvoir continuer à respirer. J'ai ensuite perdu la trace de Vincent mais ce n'était pas trop grave, j'aime les filles de toute manière, même si David m'avait justement fait comprendre que ça ne faisait pas une grande différence, contrairement à ce que tout le monde croyait au début des années 70. Je n'ai perdu David que longtemps après, après "Scary Monsters", quand il s'est vendu à la planète entière, juste pour me rendre jaloux. Mais je l'ai quand même revu en secret pendant sa belle période "1. Outside" et "Earthling"... un peu comme une vieille maîtresse qui a de si beaux atours qu'on n'arrive pas à l'oublier.

Quand David est mort, j'ai pleuré, sans pouvoir m'arrêter. Alors que j'étais sûr de l'avoir oublié depuis longtemps. Et j'ai encore pleuré plusieurs fois. Jusqu'à hier encore, dans le train, quand le contrôleur a jeté un coup d’œil sur la couverture du Rock & Folk que je tenais et m'a dit : "Putain, il est mort, il reviendra pas !". Je ne sais pas d'où viennent ces larmes, elles sont absurdes. Pire, je sens que je ne suis pas le seul à pleurer : il y a de quoi enrager, non ?

Bref, "Blackstar" ? Eh bien je regrette de n'avoir pas pu l'écouter, au moins une fois, avant le départ de David pour Mars. Parce que là, je sais que j'aurais pu écrire, ou au moins penser un truc du genre :
- son premier vrai album "bowien" depuis "Earthling",
- deux chansons magiques de plus dans sa discographie : "Blackstar" et "Lazarus". Une mauvaise chanson, "Sue" (mais on le savait déjà depuis la dernière compil...). Le reste est très bien, beau même parfois, mais finalement un peu dispensable.
- je déteste le jazz, et pire encore le jazz rock. Je hais le prog rock. L'ambient me fait dormir. Mais ce vieux sorcier est arrivé une fois encore à faire une nouvelle soupe au goût enivrant dans ces vieux pots. Ok donc pour le rock-jazz-prog-ambient de David. Même si l'on ne m'y reprendra plus, je le jure...
Bref quelque chose de vaguement objectif sur un album qui en vaut un autre, ou juste un peu plus.

Aujourd'hui, quand j'écoute cet album à la douceur et à l'étrangeté terrassantes, je ne peux qu'entendre David qui me parle depuis Mars. Qui me dit ses mots d'espoir, terribles. Et puis des mots de désespoir, exaltants. Et puis même des mots d'amour. Mais çà, c'est sans doute le chagrin qui me fait entendre ça. Et puis après, j'ai envie de sourire, je me dis : il a sacrément bien préparé son coup, sa sortie, sa mort (il l'avait d'ailleurs annoncé à Eric Dahan dans un interview dès février 1997 : "il ne faut pas manquer sa mort" !!!). Je l'admire, David, sans doute autant que je l'aime, il nous a bien eus. Toujours une longueur d'avance sur nous. Forever. Une étoile noire.

Une étoile noire, on ne la voit pas briller dans le ciel. David, où es-tu ?

[Ecrit le 27 janvier 2016]

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