Ministry, épisode 5 : "Psalm 69"

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Avatar Tristan Flocard
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Attention : ce disque n'est pas un disque ordinaire...là on tient un sommet, un monument même! Vous décrire "Psalm 69" avec des mots peut même paraître ridicule tant son contenu se ressent avec les tripes et doit absolument être écouté une fois dans une vie pour peu que vous soyez un tant soit peu ouvert au metal... Après avoir créé le metal industriel et avoir montré le chemin à suivre sur les deux albums précédents il fallait bien que Ministry lui apporte ses 10 (ou plutôt 9 ici) commandements...son monument qui ne sera jamais dépassé (et même quasiment jamais égalé) et le voici!

Si l'album précédent avait poussé un peu plus loin la radicalisation du son Ministry ici le curseur est poussé encore plus loin, même encore aujourd'hui un son aussi énorme et massif ne peut laisser de marbre et a encore de quoi faire pâlir bon nombre de metalleux amateurs! En seulement 9 morceaux le groupe repousse les limites du metal et de l'indus en les poussant dans leurs retranchements respectifs : tout sonne extrême, lourd, dantesque, subversif, et enragé! Al Jourgensen au sommet de son art décide d'en découdre avec l'Amérique hypocrite et puritaine de son temps...il veut l'avoir et il l'aura!

Dès le premier morceau (N.WO en référence au nouvel ordre mondial) l'apocalypse est déclarée : un roulement de batterie dont la violence de la frappe semble amplifiée par on ne sait quoi surgit avec un bruit de guitare fracassant, puis se répète une seconde fois comme pour montrer que le premier coup porté à l'auditeur n'avait rien d'un incident...puis petit à petit tout se met en place. La batterie tueuse, le maelstrom de guitares, les samples venant conférer au morceau cette ambiance de guerre ouverte, et la voix rauque et étouffée de Al...le tout se répétant inlassablement sur un même rythme hypnotique...tout juste entrecoupés de breaks apocalyptiques...voilà le tube parfait de Ministry...un des sommets de sa carrière et un sommet du metal indus. Si tôt ce chef d'oeuvre achevé on est pris immédiatement à la gorge par une deuxième bombe : "Just one fix" décapant à l'extrême, dont le rythme ultra martial et le riff de guitare sont devenus classiques et constituent à eux seuls une norme dans le metal industriel...(tellement d'ailleurs que Rammstein le pompera sur son "Links 2 3 4" mais chut! ça sera notre petit secret!). Le morceau est d'une violence assez extrême...pas seulement musicale (ce "chant" distordu et dégueulé dont ne sait quel enfer a déjà de quoi faire froid dans le dos) mais thématique car ici c'est le thème de la dope et de la drogue qui est abordé (rien d'étonnant vu les sévères problèmes que le père Al rencontrera à ce niveau-là pendant la majeure partie de sa carrière). Comme un camé en manque ayant l'impression de porter le poids du monde sur son dos le morceau semble invariablement progresser dans une spirale destructrice mise en scène par des notes de guitares décadentes et sinistres intervenant vers la fin et vous prenant à la gorge...pour peu que vous rentriez dans le délire un frisson vous parcours l'échine et mettra un moment avant de se dissiper...comment de simples êtres humains peuvent-ils aller si loin dans la noirceur et la violence? C'est à se le demander...

La gorge nouée et les frissons à peine dissipés "Tv II" intervient pour nous empêcher de reprendre nos esprits tel un diablotin sorti dont ne sait quelle boîte (à rythme?). Ici le groupe flirte carrément avec le speed ou le death metal...la frénésie du rythme n'a plus rien d'humain et on sent clairement que le tout a été amplifié par des machines, les parties de guitare sont entrecoupées de breaks où Al beugle avec beaucoup d'insistance...il n'a probablement jamais autant beuglé c'est dire! A la limite de l'insoutenable aux premières écoutes ce morceau a pour mérite de servir de marqueur à celui qui aurait des doutes sur le degré de violence et de folie que le groupe peut réellement atteindre s'il s'en donne les moyens. "Hero" sera un peu plus classique...c'est un morceau de thrash metal tout ce qu'il y a de plus basique...mais aussi d'efficace...les samples sont parfaitement ajustés pour rythmer l'ensemble et le solo de guitare d'inspiration slayerienne est d'une bien belle virtuosité!

Même si l'album ne contient pour ainsi dire que des moments forts...l'un des plus marquants reste le single jubilatoire "Jesus built my hotrod" sur lequel le chanteur des Buttole surfers vient participer! C'est une véritable cavalcade trasho/punk sous acide invraisemblablement rapide (une fois encore) où les paroles sont débitées de façon telle que l'on y comprend quasiment rien...c'est en tout cas un franc moment de rigolade complètement barré et défoulant sur un disque parfois très étouffant. Étouffant d'ailleurs est l'adjectif qui convient le mieux au morceau suivant : "Scarecrow" dont les 8 minutes sont un concentré de noirceur et de lourdeur impressionnant! Ici le groupe ralentit considérablement le rythme pour donner naissance à un morceau à l'ambiance malsaine et dont la batterie et la guitare plombées à l'extrême paraîtraient sans doute trop inhumains pour bon nombre de groupes de doom metal! En tout cas, Ministry ne renie pas totalement ses (lointaines maintenant) origines puisque "Scarecrow" par son climat sombre et malsain nous entraîne dans les confins insalubres de la musique gothique. Le morceau-titre quant-à lui est une véritable curiosité (et le seul "mid-tempo" de l'album) cynique et caustique alternant des samples de chœurs religieux et de témoignages de croyants avec des décharges électriques brutales et groovy à la fois (oui c'est possible) où la voix rauque et trafiquée de Al domine l'ensemble avec une certaine désinvolture jubilatoire! Ce morceau sera d'ailleurs systématiquement utilisé ensuite pour ouvrir leurs concerts...et il faut dire que c'est une véritable pièce de choix pour l'entrée!

Les deux derniers morceaux renouent avec l'indus "pur" et délaissent les guitares lourdes et saturées...mais il ne faut pas s'attendre à une promenade de santé loin de là! "Corrosion" est un véritable enfer sonore où les machines nous hypnotisent autant qu'elles nous abrutissent...le chaos sonore engendré est tel que l'on en viendrait presque à s'interroger sur la musicalité de la chose...qui pourtant est là...malgré un tel foutraque sonore tout est d'une précision chirurgicale et s'en est effrayant! "Grace" quant-à elle clôture l'édifice par des bruits semblables à des machines de guerre qui seraient enfin amenées à cesser le feu...définitivement...une façon polie pour signaler à l'auditeur sortant de là totalement essoré qu'il va pouvoir se reposer maintenant : la guerre est terminée!

Vous l'aurez compris... "Psalm 69" est de très loin le meilleur Ministry...un disque qui dépassera le groupe lui-même tant le génie artistique à la limite de l'épouvantable et de l'inhumain qui y est présent ne sera jamais renouvelé avec autant d'audace par la suite! Aucun temps mort, aucun moment où l'on s'ennuie, que des morceaux uniques et originaux qui ne se ressemblent jamais et pourtant forment un tout cohérent...la froideur industrielle mise au service de l'efficacité pure : un jalon incontournable et un album essentiel...voilà ce qu'est "Psalm 69".

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