retour en grande pompe (dans ta gueule.)

Avis sur ’Allelujah! Don’t Bend! Ascend!

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Ils sont revenus, quasi sur la pointe des pieds, avec un album qui pourtant n'a rien de discret. Si l'on retrouve immédiatement les sonorités Godspeediennes qui ont re-défini le postrock pendant une bonne dizaine d'années, force est de constater que les canadiens parviennent une nouvelle fois à retourner la table et les esgourdes de l'auditeur. Plus furieux, désespéré, cathartique, exultant que jamais, Allelujah! Don't bend! Ascend! se permet le luxe d'injecter du kraut dans sa recette, pour un résultat plus noisy et bouillant que jamais. Le temps dira s'il tient aussi bien la route que les précédents, mais d'avance, déja, c'est un coup de coeur.

Composé de deux longues pistes et de deux morceau de drone/field recording, Allelujah s'avère avec ses cinquantes et quelques minutes, bien court pour un Godspeed. Et pourtant, sitôt le premier titre lancé, c'est à une cavalcade sonore et cinématographique que nous convient les barbus du groupe. screwdriving, murs de sons, sonorités hypnotiques héritées du moyen-orient et de la culture juive (Effrim Menuck est un athée Casher, sisi), ce premier morceau est dans la droite lignée de Yanqui UXO : enragé, fiévreux, aux montées lancinantes, aux climax fulgurants (le premier est particulièrement intense). Les passages d'accalmies sont denses et riches en détails, et les compositions sont toujours aussi maîtrisées. Mais à la différence de Yanqui, l'émotion brute est cette fois de retour, et tel un Lift your Skinny fist, l'auditeur se retrouve plusieurs fois éberlué et frissonnant à l'écoute. Le second morceau, plus enragé encore, plus optimiste aussi, confirme et enfonce cette impression. Leçon d'équilibre.
S'il ne révolutionne rien, pas même leur propre son, l'évolution est suffisamment flagrante chez Godspeed pour faire dresser l'oreille même au plus blasé des postrockeux. Et dans le paysage désolé qu'offre désormais cette "scène", le retour des Messie du label Constellation sonne d'ors et déja comme une résurrection. Ou bien un chant du cygne, un dernier signe annonciateur de la fin des temps. Godspeed est peut-être, d'ailleurs, la première trompette d'une apocalypse bien méritée. Si c'est le cas, laissez d'avance mon cadavre sous les décombre : je serais mort heureux.

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