Radioqui ?

Avis sur Amnesiac

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Après un Hail to the Thief percutant [EDIT: ah bah non, en fait HTTT est sorti après, merci Universel Man], le géant solitaire Radiohead commence à s'arracher la peau avec les ongles. Une bonne crise d'amnésie lui ferait du bien et il le sait. En fait, depuis l'époque où il n'était encore qu'un bébé dans un tournesol, il avait déjà la hantise d'être célèbre et en avait marre de jouer Creep en live. Ensuite, forcément, quand on écrit coup sur coup The Bends et Ok Computer, faut pas s'étonner d'être pris pour un dieu. Mais lui, il supporte mal. "Ambition makes you look pretty ugly".
En un sens, Kid A entame le processus autodesctructeur hyper-constructif, le suicide raté dont Radiohead se fera un dandysme. C'était quand même la première fois à ma connaissance qu'un groupe de rock et de cette envergure glissait une bande son de documentaire aquatique au milieu d'un album (cf. Treefingers)... (Question subsidiaire: est-ce que le groupe a atteint son apogée avec Ok Computer, ou est-ce que c'est Kid A qui a véritablement rallié à sa cause les derniers dubitatifs, ceux qui trouvaient que Radiohead était un groupe de radio) ne laissant plus de côté que les radicalement anti- et les sourds ?).
Bref, donc, le géant un peu écœuré tape sur un pot d'échappement avec une barre en métal (légende authentique) pour ouvrir son nouvel album, Amnesiac. Il invite une chèvre pour faire les chœurs sur la voix de Thom. "Packt Like Sardines In A Crushd Tin Box" laisse l'auditeur sans voix : impassible, je suppose, à la limite refroidi. Ou alors subjugué: c'est vrai que c'est de l'inouï. Quoi qu'il en soit, il n'est pas préparé pour le plongeon "Pyramid Song" et la chair de poule en est d'autant plus violente. Il est de retour dans la zone de confort mélodique, riche en harmonie. Mais le géant Radiohead, lui, putain, il est tombé en léthargie. C'est son électro-encéphalogramme qui prend le relais sur "Pulk/Pull Revolving Doors" et laisse aller ses grezi grezi bip bip pendant tout le titre. Tiré de son sommeil amnésique, le géant rappelle Thom qui chante avec sa voix de lendemain de fête ratée, et ça donne "You and Whose Army ?".
Le tournant du disque, c'est la bombe "I Might be Wrong". Derrière le virage nous attend "Knives Out" très Hail to the Thief dans l'esprit etun petit self-cover de "Morning Bell". Ce trio est le "noyau" chantable de la galette. On repart très vite dans le trip. Be constructive, chante Thom, essayant de se convaincre lui-même. Il a du mal. "Hunting Bears" n'est même pas une chanson. Si on ferme les yeux, "Spinning Plates" fait apparaître les assiettes qu'un Sisyphe équilibriste tente de maintenir au bout de ses baguettes, sans se souvenir pourquoi, mais n'osant pas se poser la question par crainte de les laisser tomber. Enfin, "Life in a Glasshouse" vous emmerde avec un cigare au coin des lèvres.
Entre hymnes à jouer la guitare et explorations aphasiques, Amnesiac est une mutilation somptueuse. Le pllus réussi des hymnes à l'échec.

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