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Du ass et des sexes

Avis sur Back in Black

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Venons-en, si vous le voulez bien, à des considérations plus fondamentales.

Il n'aura échappé à personne que la poésie ineffable d'un titre tel que « Let Me Put My Love Into You (Baby) » en dit long — et aussi en dit dur — sur la puissance évocatrice d'une plume dont la précision du trait n'a d'égale que la profondeur du propos. Contrairement à ce qu'affirmait le baladin Gainsbourg, l'amour physique n'est peut-être pas sans issue. Non, il serait plutôt sans arrêt, pour peu qu'on se munisse de la bande son adéquate et qu'on la fasse tourner des heures durant (han han) sans relâcher le tempo. Back in Black est parfait pour l'affaire, cela va sang dire, surtout qu'il colore l'activité susdite d'une touche hard, justement, du plus bel et fesse.

Et cela sans même parler de l'emploi délicieusement métaphorique d'expressions comme, au hasard, « Giving The Dog a Bone », autre titre dont les paroles, « She's using her head again » notamment, ne laissent planer aucun doute sur la nature spirituelle, pour ne pas dire platonique, d'un échange amoureux que n'aurait pas renié l'auteur du Cantique des Cantiques si on avait pu brancher sa lyre dans un ampli Marshall. Tout ça, on en conviendra aisément, est d'un goût savoureux, à la fois léger, gracile et printanier, plein d'une ardeur revigorante, ou, en des termes plus délicats, foutrement couillu.

Nonobstant la retenue qui sied à certaines circonstances douloureuses telles que le décès d'un proche, et sans vouloir contrevenir aux règles élémentaires du savoir-vivre et du bon goût, force est de reconnaître qu'il y a de la grandeur à chanter cet amour courtois plein d'entrain, ce requiem lubrique qui va droit au cul. Comment ne pas voir ici l'effort vital, accompagnant le travail de deuil subséquent, comme une revanche pour se relever du départ d'un bon pote rappelé trop tôt par Dieu après une nuit pour le moins agitée qui, comme chacun sait, a surpris le bougre, au détour d'une énième cuite saupoudrée de neige, étouffé dans son vomi, et paf.

Je ne sais plus qui a dit, ni dans quel contexte il l'a dit — mais croyez-moi, il l'a vraiment dit — que l'essence du hard rock tenait dans cette affirmation rudimentaire mais néanmoins indubitable : « On est laid, on est con, on est pas des virtuoses, mais on va quand même faire un putain de disque ». Voilà qui caractérise assez bien la ferveur de ce hard libidinoeud. Certes, dans la mesure où quasiment tout le monde a déjà quasiment tout dit sur ce disque incontournable (et conretournable dans tous les sens), il pourrait sembler saugrenu de prétendre ajouter quoi queue ce soit au concert d'éloges qui accompagne invariablement sa simple évocation, à défaut de son exhibition ou de son écoutage dans des conditions idoines (outre le fait que c'est réellement plaisant de faire de longues phrases pour ne rien dire).

Mais que cela ne nous empêche pas d'en remettre une couche en tartinant de long en large notre galette adorée. Sans vouloir enfoncer le clou plus que nécessaire, il est généralement admis que tout grand disque d'AC/DC est toujours aussi un grand disque plein de blues. Mais du blues qui joue avec les trous. Ou avec les blancs, habilement placés entre les accords de seconde et les accords sus quatre — c'est leur vrai nom. L'art du riff millimétré, découpé avec un savoir-faire sans pareil. Du blues white trash qui élève le jeu entre les silences à un niveau inégalable. Occuper les espaces en ménageant les interstices, comme il ce doigt. Ne pas les remplir tout d'un coup, laisser les vides en attente. Pour faire languir le silence.

Voilà ce dans quoi AC/DC est passé maître — et ce dans quoi il est passé mettre son empreinte, certes. Salace ce groupe, avec le petit nouveau, Brian Johnson, pour remplacer Bon Scott dans le rôle du chanteur en rut libre. Mais l'architecte en chef, c'est Malcom Young, celui qui taille les riffs incandescents et turgescents de cette joyeuse bande de horny guys. Et ils savent y faire, les australobithèques, quand on songe au nombre de morceaux de première bourre qu'ils ont fourrés dans leur galette : « Hells Bells », cela va de soi, mais aussi « Shoot to Thrill », « Back in Black », « You Shook Me All Night Long », etc.

Quand on demande à Angus à quoi il rêve encore, après toutes ces années de gloire et de succès, la réponse est immédiate : « Refaire un grand disque classique, du genre Highway to Hell ou Back in Black ». Comme quoi, le mec, c'est l'amour de son art qui le fait bander. Le reste, il s'en cogne total en vérité. Pourtant, on voit mal comment remettre le couvert avec autant de réussite, l'époque des grands classiques cock 'n' roll semblant révolue.

Paraît qu'ils ont sorti un nouveau disque... J'ai reniflé la jaquette, mais ça sent plus le cul comme avant. J'ose pas l'écouter. J'ai peur d'être déçu et d'en faire une affaire personnelle.

Sinon, en tournée, il écoute souvent du flamenco dans son baladeur, Angus.

Have a good trip, dudes.

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