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B-Boys makin' with the freak freak

Avis sur Beat Bop (Single)

Avatar Kaputt
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J'étais dans ma voiture, en train d'écouter au hasard la compilation "New York Noise (Dance Music From The New York Underground 1978-1982)", lorsque deux évènements inattendus survinrent :

Le premier concernait la route. Alors que je cavalais sur la quatre-voies à cent dix kilomètres à l'heure, j'observais avec étonnement le flot de voitures grandir devant moi. Ma vitesse diminuait progressivement. Je dépassais alors un camion de service portant un panneau "ACCIDENT" lumineux. Quelque peu déconcerté, et observant ma voiture s'arrêter lentement parmi le flot de conducteurs, je me rendis compte à ce moment-là que je n'avais plus énormément d'essence, et que je risquais de louper le train que je voulais rejoindre.

C'est alors que démarra le morceau suivant sur la compilation.
Quelques percussions synthétiques en guise d'introduction, puis apparition d'un rappeur. Du hip-hop ! Moi qui pensait la compilation dédiée au post-punk, voilà une agréable surprise ! Le riff de guitare est sympathique, la basse est funky, le flow est agréable, voilà qui allait me changer les idées. Après un premier couplet relativement classique apparaît alors un deuxième rappeur.

Et c'est à ce moment que les ennuis commencèrent vraiment.

Je roulais désormais au ralenti. Et je ne comprenais plus ce qui se passait. Ce qui avait commencé comme une relique de l'âge d'or du hip-hop se métamorphosait progressivement en une expérimentation psychédélique plutôt inhabituelle pour un tel genre.
Dès l'arrivée du second rappeur (Rammellzee), les voix se retrouvèrent modifiées, gagnant et perdant en alternance de l'écho et du phaser. Le ton montait, l'hostilité s'exprimait. Un violon apparaissait le temps de quelques mesures, disparaissait, laissait sa place à d'autres instruments, revenait... Cela s'étirait sur des minutes et des minutes. Cela ne voulait pas finir. Pas de refrain. Même pas de couplets à proprement parler. Comme une sorte de logorrhée délirante et pourtant fascinante par le degré de liberté qui semblait s'en dégager.

Un fade out au beau milieu d'un couplet mit fin à l'expérience. De retour à la maison, je me précipitais sur internet pour savoir quoi l'enfer je venais d'entendre.

J'appris qu'au début des années quatre-vingt, au moment où Jean-Michel Basquiat s'imposait de plus en plus sur la scène new-yorkaise, sévissait au même moment un certain Rammellzee, qui souhaitait vérifier la crédibilité de son alter-ego artistique. L'échange qui s'instaura entre les deux hommes tourna au vinaigre lorsque Rammellzee accusa Basquiat de n'être qu'une arnaque. Ni une ni deux, la question se devait d'être réglée dans une rap battle.
Un choix bien plus élégant que le duel à main armée. Basquiat accepta même de payer pour la production et l'impression du disque qui allait en résulter.

Quelques temps plus tard, Basquiat présenta à Rammellzee et son comparse K-Bob ce qu'il avait écrit. Hilares, ils chiffonnèrent les brouillons pour les jeter à la figure de leur auteur. Ils décidèrent (sûrement inspirés par la doctrine des Five Percenters) de prendre le contrôle total du disque et de "s'amuser" en studio. Je trouve ça assez fort de prétendre s'amuser et pondre presque accidentellement le premier chef d'œuvre du hip-hop expérimental.

Imprimé à 500 exemplaires, sur un "white label" vinyl (et donc ne possédant aucune indication quant aux artistes), le disque fit un carton dans le monde artistique souterrain, ainsi qu'en Europe et en Asie. Peut-être était-ce également du à la pochette, conçue par Basquiat et ajoutant une plus-value visuelle à ce qui se présentait déjà comme un objet musical innommable et donc inestimable.

Le plus étonnant dans tout cela est que Rammellzee ne se rendra compte du succès de son œuvre que bien plus tard, au moins quatre ans après sa sortie, à la mort de Basquiat. Le chèque que reçut celui-ci, sa part des profits, ne fut jamais encaissé. Il fut retrouvé sur le sol de son appartement.

Après quelques singles, K-Bob quittera le monde de la musique pour celui de la religion. Rammellzee continuera tranquillement sa course, volant autour du monde pour profiter de l'étrange notoriété que lui confia ce disque, dans des contrées bien éloignées du New-York des années quatre-vingt.

J'étais tellement soufflé par le météore que représentait Beat Bop que j'ai complètement oublié mes problèmes. L'art est décidément le meilleur remède.

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