He found his smile again

Avis sur Black Messiah

Avatar Minou
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Après un interminable silence studio et un album annoncé comme "finalisé à 99%" pendant au moins mille ans, des bootlegs et outtakes en veux-tu en voilà, et des tournées de concerts endiablés, ça y est : D'Angelo joue la carte de l'effet de surprise et sort du jour au lendemain le disque tant attendu sans crier gare. Le successeur du chef-d'oeuvre Voodoo, sans doute un des albums les plus délicieux de la fin du XXème siècle, bourré de qualités à n'en plus finir, est-il de la même trempe que son illustre aîné ?

Si les premières secondes de Ain't That Easy, le morceau d'ouverture, rappellent le début de Playa Playa, son homologue sur Voodoo, on constate rapidement que la tournure prise est bien différente. Le son est rond, chaleureux, bien loin des sonorités affûtées et distantes de Voodoo qui donnaient plutôt dans le moite. Ce n'est pas spécialement une surprise pour qui a vu (ou écouté) D'Angelo en live ces dernières années, c'est ce même son que l'on retrouvait sur scène. Les morceaux s'enchaînent avec une grande fluidité et font valoir une première moitié d'album superbe : de l'excellente ouverture jusque Back to the Future, ce n'est même pas que c'est un sans faute, c'est carrément une très belle réussite. Des compos impeccables, addictives, qui oscillent entre le funk bizarre et rentre-dedans (1000 Deaths), le rock "à la Prince" parfaitement maîtrisé (The Charade) ou la ballade hispanique (Really Love), avec toujours le même brio. C'est carré, c'est sophistiqué : quel style ! D'Angelo est vraiment revenu nous montrer qui est le patron !
La suite de l'album réserve d'excellents moments avec toujours la même qualité, sans toutefois offrir une telle succession de points culminants. De superbes pièces attendent cependant les auditeurs (dont Prayer ou Betray my Heart - qui rappelle d'ailleurs, par instants, le Spanish Joint de Voodoo), parmi quelques morceaux moins marquants, moins explosifs, quoi que réussis et dignes d'intérêt par ailleurs (Another Life, conclusion tranquille de l'album).

Black Messiah, au final, apparaît comme indéniablement (et inévitablement) moins homogène que Voodoo - la faute à un enregistrement très (trop) étalé dans le temps, la faute à de gros problèmes de santé. Le message vraisemblablement politique voulu par l'artiste perd ainsi en visibilité, encadré par des textes moins connotés voire à l'écart. Pour autant, la qualité des morceaux proposés, de la production, et la délicieuse voix de canard de D'Angelo font de ce disque un beau tour de force et donnent cette fameuse impression de classique instantané, cette sensation que ce qu'on écoute ne sonnera jamais ringard. S'il tire clairement un trait sur la nu soul, qu'il avait totalement révolutionnée avec Voodoo, D'Angelo en conserve toute la finesse en proposant un funk très roots, avec pourtant cette sensibilité qui donne à des morceaux plutôt bourrins un côté paradoxalement très délicat.

Un très beau come back, aussi réussi qu'encourageant.

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