The New beatles

Avis sur California

Avatar Ratherbealive
Critique publiée par le

Et à nouveau (depuis Disco Volante) une bonne vingtaine de musiciens pour ce nouveau projet qui comme toujours prend à contre-pied tout le monde, sauf que les fans de Bungle, contrairement à Faith No More, sont prêts au changement.

Après les avoir vu en live, on s’imagine un groupe immortel mais les membres rentrent souvent en conflits pour des raisons musicales et de compositions. Du coup, c’est le dernier projet pour que chacun puisse suivre sa route ensuite. C’est vrai qu’à l’écoute de Secret Chiefs 3, (groupe créé par Trey Spruance en parallèle de Mister Bungle pour subvenir à des besoins créatifs que Bungle ne permet pas) on peut s’imaginer ce qui opposait Patton et Spruance, le premier est réellement sans limite dans la diversité des genres musicaux alors que Trey, dès les premiers SC3, nous sert des compos très homogènes, inspiré du monde orientale principalement. Malgré tout, Trey Spruance a passé de très bons moments à ses côtés définissant sa relation avec Mike comme la plus fructueuse qu’il ait jamais eu. Cependant, au fil du temps, Mike devenait trop directif, un peu comme chaque membre du groupe apparemment, il a alors paru évident que chacun devait suivre sa voie. L’autre détail qui nuit au groupe, c’est leur label : « d’un côté, on nous dit « Attention, changement de style = vente qui chute! Bungle doit être expérimental, comme Disco Volante ». Et de l’autre « On s’en tape de ce que pense le public, on fait notre musique, comme on l’entend et on continuera de faire des live de qualité et les gens se déplaceront » (Mike Patton). L’opposition d’idée pousse le groupe à se dire que si chacun poursuit son chemin séparément, ce sera plus bénéfique pour tout le monde, et vu tous les projets qui sont nés après… Je suis entièrement d’accord !

California sort la même année que Californication des RHCP… Vous savez ce que raconte la légende, les Red Hot se sont mis à nu pour démarrer (littéralement), c’est l’une des principales raisons qui amène les membres de Bungle à se rire d’eux, un peu comme vos collègues de bureau qui n’ignorent pas ce que vous avez fait pour obtenir votre job… Mais si le groupe parodie le faux plat mexicain, c’est surtout parce que Anthony Keidis empêche le groupe de se produire en Australie pendant un festival… Parce que Môsieur a jugé que Mike Patton le plagiait…

Vous-ai-je déjà parlé des virées des Bungle avec des organes en bocaux ?! Non ? Vous avez raison, ce n’est pas le moment.

Et en live ? A part se payer la tête des Red Hot, que font-ils ? Le plus grand album de tous les temps donne naissance au live le plus renversant que l’homme ait créé.

Aussi effrayant que classe, violent que modéré, ce live démontre les capacités du groupe à adapter leur morceau pour y dégager une énergie envoûtante (18ème minute) et puissante (22ème minute). À 3.33, le morceau None of them knew they were Robots nous emporte dans le monde de Bungle avec une classe étrange.

Dans la discographie de Patton, California se situe en haut de la pyramide. Les mômes d’Eureka, ville où David Lynch a tourné Blue Velvet (c’est juste pour vous rappeler à quel point, cela doit être soporifique de vivre là-bas !), vont faire mouche pendant 45 minutes. Expérimentations contrôlées, puisant dans le passé du groupe et dans les 500 dernières années de la terre précédant la sortie de l’album, production claire et chirurgicale et un Patton hanté par des personnages que je ne souhaiterais jamais rencontrer, même derrière une vitre de 30 cm d’épaisseur.

Patton compose : Sweet charity, Ars Moriendi et participe grandement à Goodbye Sober Day, Vanity Fair, Pink Cigarette et None of them knew they were Robots et l’énormissime The Air-conditioned Nightmare, sans oublier Dunn (Retrovertigo et The Holy Filament) et Spruance (Golem 2).

En y regardant de plus près, on comprend qui apporte quoi : Dunn, le rock/pop, Spruance la world musique et Patton la diversité.

Dès le premier morceau, un côté pop/kitsch ressort, chaque note de Sweet Charity dissimule un sentiment de « moquerie » permanent et tout le monde attend l’explosion de violence qui n’arrive qu’avec la deuxième piste, l’incroyable « None of them knew were Robots », imaginez un cirque où tout part en vrille, les jongleurs débarquent avec des testicules pour jongler, le cracheur de feu enflamme le lion, Miss Serpent… Non là je ne peux pas. Beetljuice a rencontré Frankenstein et Elvis Presley pour nous sortir un morceau de rockabilly composé à la surface du Soleil : un véritable antidépresseur déjanté. Après une bonne ballade au final enragée, les deux prochaines pistes, dont la première The Air-conditioned Nightmare, alterne refrain façon Beach Boys et passage urticant. Puis arrive un autre point culminant de l’album : Ars Moriendi ou l’art de mourir, je n’ai vraiment pas de mal à imaginer les membres du groupe dansant sur la tombe de leur pire ennemi sur ce morceau… Au fil des secondes, le morceau s’emballe, accélère, prend du poids pour finir dans une violence peu contenue ! Ah ! Et ces passages techno donnant la réplique à des excursions irlandaises pour tout de suite revenir chez les Balkans, joussifs! Pink Cigarette, premier slow du groupe, enfin slow,… La fin du morceau est le décompte d’un mourant avec ses cris d’agonis en fond sonore… Puis vient le Mythe du Golem, la musique de Bungle n’étant pas quelque peu son Frankenstein ? Suivi de l’inquiétant Holy Filament mélange de violon soupe au lait et d’ambiance religieuse. Bungle a toujours pris des musicalités rassurantes par le passé pour les amener à devenir cauchemardesques : le ska du premier album évoque plus la folie que la fête, la techno de Disco Volante donne plus envie de pleurer que de sauter contre les murs… À l’image du break de Vanity Fair et de ses paroles apocalyptique annonçant la fin du monde où des membres d’une secte, fans de l’autocastration pour satisfaire l’idéologie de leur gourou, se mutilent en l‘hommage de sa fortune. « GoodBye sober Day » démarre sagement pour passer à des chants Ketjak comme à Bali et revenir à un mélange metal/musique du monde dont seul notre clown a le secret.

Les membres de Bungle fascinés par l’histoire du monde et ses croyances étranges livrent avec cet album un hommage à l’histoire de nos peuples tout en finesse. Opposant des clichés « Arabe vs USA » juste pour faire cù*$ la famille Bush, mariant à merveille toutes les musiques du monde, en plaçant un bout de piano là, un chant religieux russe ici, un Beatles beat dans le coin, une parodie de Prince en surface, des imitations d’Elvis dans le fond, dessinant le portait d’américains au bout du rouleau ou esquissant la face cachée de la lune, Mister Bungle est mort. Vive Mister Bungle

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 201 fois
3 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de Ratherbealive California