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Portrait de l’artiste en Casanova

Avis sur Casanova

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Si vous ne devez posséder qu’un seul CD de The Divine Comedy, aka Neil Hannon, c’est celui-là. Trois raisons à cela.

D’abord, c’est du Neil Hannon de chez Neil Hannon, du concentré de Neil Hannon, garanti 100 % Neil Hannon, reflétant pratiquement toutes les facettes de cet artiste aussi inclassable que sous-estimé. Le dandy, le sale gosse, le romantique, le cynique, le conteur, le licencieux, le pudique, le provocateur, l’ironiste, l’inquiet, tout ce que vous vouliez savoir sur lui sans jamais oser le demander. Avec ses racines de crooner décalé (Burt Bacharach, Scott Walker), Mr Hannon endosse, sans effort et avec une classe rare, les habits de Mr Casanova. Par-delà les siècles, ils étaient faits pour se rencontrer.

Ensuite, les musiques suivent : variées et somptueuses, de tonalité générale pop - de cette pop légère, concise, évidente et forte qu’on n’avait plus entendue depuis les années 60, et qu’on n’entendra plus par la suite chez Neil Hannon -, mais pas que. Car deux morceaux graves, tourmentés (et mémorables) contrastent avec la désinvolture charmeuse de l’ensemble : « The dogs and the horses », et surtout le paroxystique « Through a long and sleepless night », qu’on jurerait écrit, et même chanté, par Peter Hammill (Peter Hammill ?!). Jamais Neil Hannon n’avait réussi à concentrer autant de mélodies d’un tel niveau d’excellence dans une même œuvre (seul « In and out of Paris and London » peut être considéré comme anecdotique), et cela non plus ne se reproduira pas.

Enfin, c’est le concept album le plus riche, le plus original, le plus surprenant qui soit, tant par ses textes brillants que par sa multiplicité de points de vue et donc sa virtuosité littéraire. Car il n’y a pas un, mais DES Casanovas dans « Casanova ». Oscillant entre le théâtre, la confession intime et le jeu de rôle, passant de l’un à l’autre avec aisance et parfois dans le même morceau, Neil Hannon peut aussi bien incarner Casanova, que le mettre en scène, ou imaginer sa vie intérieure, ou même le projeter sur une femme (« Frog princess »). Ainsi, dans « Charge » et « Becoming more like Alfie », la parole est au womanizer cynique et légèrement misogyne sur les bords, qui confond l’amour avec la guerre et se permet un très impertinent Oh come on, everybody knows that no means yes. Mais dès lors que la narration devient externe, Mr Hannon se fait un malin plaisir de dégonfler la baudruche, dans le burlesque « Something for the week-end » où un macho trop sûr de lui se fait rosser par les comparses d’une petite chose fragile qui a joué son jeu, mais aussi dans « Frog princess », où c’est une Casanovette qui le bat à son propre jeu. Et dès lors que Casanova quitte la scène, ses angoisses face à la solitude (« Through a long and sleepless night ») et à la mort (« The dogs and the horses ») tempèrent et expliquent implicitement son hédonisme forcené.

Dans cette palette, c’est l’autodérision qui domine et définit fondamentalement la relation de l’artiste à son inspirateur. La clé se trouve discrètement cachée dans ce vers de « Through a long and sleepless night », seul morceau où le nom de Casanova est effectivement prononcé : The conman low in self-esteem / The Casanova in your dreams (« L’escroc à la médiocre estime de soi/Le Casanova de tes rêves »).

Touchant, intelligent, spirituel et déroutant, le Neil Hannon de « Casanova » remplit haut la main le cahier des charges qu’il fixe à ses « Middle-class heroes » : « Faites la guerre qu’on ne peut pas gagner / L’élégance contre l’ignorance / La différence contre l’indifférence / L’humour contre la merde ».

If you want to be a (middle-class) hero, well just follow Neil.

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