Crudité poétique, cathartique et curative de de Pretto

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J'ai découvert de Pretto un peu par hasard, et sans trop aimer au début. Je trouvais ça triste, un peu plat dans le phrasé, et la musique de fond sans originalité. On a tellement l'habitude de perfection technique en terme de beat aujourd'hui qu'il faut avouer que les fonds sonores des chansons ne sont pas exceptionnelles...

[Edit : pouvez-vous me dire quel(s) est/sont votre morceau préféré en commentaire, et pourquoi ? :) ]

En fait, le sublime dans les chansons de de Pretto provient du fait que l'accompagnement musical (les "beats" qu'il lance depuis son iphone sur scène) ne sert qu'à laisser la place au texte, défouloir et cathartique. Le phrasé n'est pas particulièrement travaillé, et souligne un propos brutal, sans fard, presque "dégainé", mais de façon poétique. Cette alliance entre la cruauté et l'intime confession de ses textes nous laisse peu à peu être envahi par un sentiment de gêne, puis d'identification, puis enfin d'un profond sentiment d'extase cathartique (comme si nous aussi, nous étions "guéris" par cette parole cathartique et curative).

La puissance des textes, mêlant des images douloureuses et prosaïques, comme dans Fête de trop, où il relate avoir été dans des "bouches saliveuses" et avoir pris des "rails en avance", souligne les errances d'une adolescence en quête de sens, d'identité sexuelle, mais aussi de ses propres limites. L'extase de la fête s'achève sur un sentiment de tristesse face à l'absurdité même de ses débordements. Elle est la "fête de trop", celle qui sonne le passage de l'extase à la mélancolie.
Les images douloureuses du sentiment amoureux percute aussi l'auditeur : dans Honey, c'est le "couteau qui va et vient" entre les reims de l'autre, sexe de son amant qui se transforme en un couteau lui transperçant le coeur lorsqu'il pénètre l'autre, avec qui il le trompe.

Ses sentiments sont partagés par tous, ceux de la peine de cœur et de la crainte d'être abandonné ou trompé, mais de Pretto emploie des mots puissants, des images percutantes, et qui touche directement notre cœur.
L'une des chanson les plus cathartiques pour son auteur est sans doute DesMurs, ou la difficulté à montrer son propre visage et à être sur de soi dans une relation amoureuse est exprimé avec brio, poésie et délicatesse. L'ambiguïté entre une apparence affirmée, sûre de soi, et une intériorité timide et faible éclate dans un flow qui pour le coup s'exprime davantage sur ce titre. "Un petit pas de plus, je ne sais pas bien géré ça" ou encore "mes fourrures sont des armures" souligne la fébrilité de l'individu dans l'état amoureux.

Autrement il y a Kid, magnifique texte rappelant l'ode sociétale et paternelle à la virilité, qui est dénoncé car lui, "joue avec les filles". Ce même thème de la virilité est abordé dans la chanson "Genre", ou le corps musclé s'oppose à celui frêle du sentiment émotif, et à celui de la finitude "tu ne seras qu'un vieux sac d'os".
Enfin, le texte Mamère est l'un des plus chargé émotionnellement. L'apostrophe ma mère étant littéralement répété comme une invocation cathartique : le répéter pour mieux s'en détacher, pour mieux fuir cet héritage de fermeté et de brutalité de la parente qu'il d'interroge ici. Cette brutalité ne lui permettant pas d'être à même d'entamer une relation sentimentale, car il se dit "ignard" face aux choses sentimentales. La valeur psychanalytique de ce texte est profonde, et sert certainement l'auteur, qui le décrit, de façon surprenante, comme un texte "d'espoir" plus que comme une dénonciation.

Pour tout cela, merci ! Et longue vie à ce chanteur-rappeur qui casse les codes des genres préétablis, non pour innover, mais tout simplement car aucun carcan générique ne peut le définir.

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