La face cachée d'Opeth

Avis sur Damnation

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De quoi décontenancer tous les fans d'alors. Un album qui oubli totalement la distorsion en soutien rythmique. On la retrouve légère et uniquement disposée en lead. Mellotron en avant, orgues légers, piano électrique, absence de chant guttural, mélodies qui sans être trop alambiquées sont parsemées de courts breaks inventifs à l'acoustique ou à la sèche et surtout pas de double grosse caisse !... La signature de l'ami Wilson (production) à n'en pas douter. Volonté de toucher un public plus vaste ? besoin de montrer que sous leur carapaces de brutes épaisses et vociférantes, il persiste une sorte de douce torpeur décadente ?... En terme de percée sur un marché international, l'opération aura plutôt réussi. Risque immense si l'on pense que le public acquis à la cause d'Opeth aimait avant tout leurs aspects Vikings et brut de décoffrage.

Il en résulte un album plus lumineux dans son atmosphère annonçant Héritage et Pale Communion qui viendront bien plus tard. Ce qui est sur, c'est le rock Prog' convient plutôt bien à une bande de musiciens que l'on savai excellents. L'inventivité et la dextérité qui les caractérise s'en trouve mieux mis en valeur. On regrettera pourtant un son de batterie trop sec, sans rondeurs et trop aigu, notamment sur la Caisse claire. C'en est presque désagréable. Le mellotron est également un peu trop en avant dans le mixage, en particulier sur "In my time of need", d'autant qu'il sonne un peu "mauvais plug-in". On remarque également, outre le timbre de voix clair et aérien, l'utilisation d'harmonies vocales assez audacieuses sur l'ensemble de l'opus.

Difficile de considérer que "Windowpane", ouverture de l'album, est conçu et interprétée par les mêmes musiciens et à la même période que "Wreath" qui ouvrait Deliverance. Pourtant les deux opus ont été enregistrés en même temps, produits par le même Steven Wilson, et devaient faire l'objet d'un double album en clair-obscur. Projet immanquablement refusé par la maison de disque. Toujours un peu frileux les labels quand il s'agit de s'aventurer hors du sentier damé. Cela dit, pour une fois, j'aime à penser que le fait de le sortir à part a pu éviter un échec commercial cuisant puisque le son produit sur les deux faces de ce diptyque était vraiment trop radicalement opposé. Plutôt bien joué puisque l'album est le premier d'Opeth à apparaitre au Bilboard. Et aussi étonnant que cela puisse paraitre, le groupe obtient un Grammy (Suède) pour la "meilleure performance HardRock", qui n'est pas vraiment la catégorie représentant le disque.

Je parlais de Prog' plus haut et je faisais un parallèle avec Héritage. Avouons, que ce Damnation est peut-être plus encore Rock atmosphérique que Progressif... en témoigne le nébuleux titre de clôture "Weakness", sans batterie ni basse, se terminant brutalement pour une fin d'album. Steven Wilson a d'ailleurs écrit le texte de "Death Whispered a Lullaby", sur ce titre dont l'arrangement n'est pas sans préfigurer l'esprit du futur projet commun qu'il mettra sur pied avec Åkerfeld en 2010 (Storm Corrosion). "To read the disease" et "Ending credits" pourraient être des titre de Porcupine Tree. L'influence mutuelle caractérisant les deux acolytes n'a jamais été aussi visible que sur ce Damnation.

La finesse des jeux de guitare d'Åkerfeld et Peter Lindgren n'est pas plus subtile qu'à l’accoutumée. Elle parait juste plus délicate encore à l'acoustique ou en son clair. "Closure" en est peut-être le meilleur exemple, en particulier le pont du milieu du morceau. Un petit côté arabisant pas désagréable dans l'approche mélodique et l'arrangement de l'ensemble du morceau. Et la cassure nette, pas de fin de morceau sur ce titre. Un simple Cut, pas de blanc pour enchainer sur la ballade un peu mièvre "Hope Leaves", plage sans doute un peu trop cliché.

Un album sur lequel je n'aurais sans doute pas posé une oreille si mon fils ne me l'avait pas fait découvrir. C'eut été dommage...

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