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Donuts par G_Savoureux

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Le 10 février 2006, la nouvelle tombe. James Dewiit Yancey est mort, des suites d'une maladie du sang. Ce nom ne dira pas grand chose au grand public, ni même à pas mal d'amateurs de musique actuelle. Pourtant, il est à la base du succès de bon nombre de groupes de hip hop, et surtout, il a contribué, sans doute plus que toute autre personne, à faire naître une nouvelle voie dans le genre.

Sorti la semaine de sa mort, Donuts est un symbole de ce que ce producteur génial et visionnaire aura apporté au monde du hip hop. Mais c'est aussi, et avant tout, un manifeste de son combat pour la musique.

Originaire de la ville de Detroit, ville plus connue pour son apport à la techno, J Dilla a grandi dans une famille très portée sur la musique. Son oreille forgée à l'écoute du jazz par son père, portée vers la soul par sa mère, il se tournera assez vite vers le hip hop. Mais bizarrement, c'est Amp Fiddler, joueur de clavier orienté vers le funk, qui lui enseignera quelques subtilités sur les boîtes à rythme. Dilla fera donc ses classes dans la cave de ses parents, la plupart du temps avec ses potes de classes Baatin' et T3, avec qui il créera par la suite le groupe Slum VIllage.

De bouts de maquettes en mixtapes, Dilla parvient à se faire entendre de Q-Tip, alors en pleine aventure A Tribe Called Quest. C'est lui qui donnera le premier sa place à Dilla dans le milieu du hip hop, au sein du collectif "The Ummah", qui commence à signer la production de certains morceaux de hip hop East Coast.

C'est surtout en 1995 que sera révélé au monde le talent de celui qu'on appelle alors Jay Dee, à travers Labcabincalifornia, album du groupe californien The Pharcyde. Un morceau en particulier attire l'attention : Runnin'. Il reste, aujourd'hui encore, un titre fort dans la carrière de Dilla.

Mais loin de se complaire dans le succès de ce titre, Dilla ne surfe pas du tout sur un type de production facile et reconnaissable. Au contraire, il affirme dans certaines interviews que son but dans la musique, est de parvenir à surprendre constamment son auditoire, a travailler de telle façon que personne ne puisse dire à coup sûr que c'est lui le producteur sur tel ou tel morceau.

Il continuera alors à travailler, à la fois au sein de The Ummah, à la production des albums de A Tribe Called Quest, mais se consacrera également à la concrétisation du premier album de son groupe Slum Village et il participera aussi à la construction de quelques hits (le plus connu étant sans doute "got til it's gone", pour Janet Jackson). Parallèlement, il continuera ses rencontres, son rapprochement avec des groupes comme The Roots, des gens comme Common, Erykah Badu, Mos Def et Talib Kweli...

Il faudra attendre 2000 pour commencer à voir une vraie concrétisation de toutes ces rencontres, collaborations et influences, avec les sorties conjuguées de 3 oeuvres majeures dans le domaine : Like Water For Chocolate de Common, Voodoo de D'Angelo et Mama's Gun d'Erykah Badu. Dès lors, l'influence de J Dilla ne cessera d'être vantée et ses collaborations recherchées, même si, une fois de plus, la signature est laissée au nom du collectif des Soulquarians.

Malheureusement, un problème de santé viendra mettre un frein à sa carrière.
Sans faire étalage de tous les épisodes qui lui sont arrivés, il lui est arrivé plusieurs fois de devoir arrêter le travail, ses doigts et ses mains s'étant subitement engourdis puis temporairement paralysés. Il rejoindra Los Angeles, pour au moins pouvoir travailler sous des cieux plus cléments, et continuer à produire sa musique. Il y fera la connaissance d'un autre producteur, dans la même veine que la sienne (Madlib), ainsi que d'un nouveau label (Stones Throw), avec qui il parviendra a sortir quelques albums allant chaque fois un peu plus loin dans son univers. Mais sa santé allant de mal en pis, il devait se rendre de plus en plus souvent à l'hôpital, il devenait de plus en plus difficile pour lui de travailler, jusqu'au jour où il dût se rendre de manière permanente à l'hôpital.

C'est ainsi qu'est né l'album Donuts.
Sans la possibilité d'enregistrer de voix, de featurings, sans pouvoir collaborer avec d'autres producteurs, J Dilla a gardé jusqu'au bout la passion de dénicher des samples, de les découper, d'y ajouter des beats, de les tordre, de les répéter. Armé d'une simple platine vinyl et d'un ordinateur portable, il a continué à vouloir transmettres sa vision, ses inspirations, au bout de ses forces.

Malgré tout, le son brut, trituré, caractéristique de son travail à cette période reste présent. Mais contrairement à son habitude d'extraire des extraits minimalistes de chansons, de les transfigurer, de les transcender, il s'est plutôt attaché à reprendre les parties les plus marquantes, les plus identifiables. Contrairement à tout un pan du hip hop, qui s'est évertué au cours de son histoire, à se focaliser sur les break beats, ces phases instrumentales très funky et rythmées qui servaient de bridge aux chansons soul des années 70, Dilla s'est avant tout penché sur l'âme soul des chansons qu'il utilisait. C'est en fait comme s'il cherchait à dégager ce qui fait la force de la soul, pour transposer ce mélange d'affirmation de soit, de sincérité, de force, pour le transmettre au hip hop sans autre forme d'artifice.

Ce faisant, il a enlevé tout ce qui fait la construction classique d'une chanson. Pas de couplet, pas de bridge, pas de structure établie. On se concentre sur un mot, une phrase, dupliquée à l'infinie, reprise parfois plusieurs morceaux après. Un bout de scratch sert d'appui structurel pour un morceau, alors qu'il aidera à démembrer un autre. Les sons s'entrechoquent, se mèlent, s'interrompent, sans qu'il soit possible de distinguer une logique.

Que retirer de tout cela ? Ce n'est pas forcément évident de parvenir à le décrire. Le titre nous renseigne pourtant assez bien sur le contenu de l'album. Chacune des pistes est à l'image d'un donut : il ne donne pas vraiment dans la défense de l'art culinaire, mais il est tellement irrésistible et sucré qu'on ne peut s'empêcher d'en manger.

Je voudrais cependant terminer en disant que si tout n'est pas forcément d'une qualité exceptionnelle, si au premier abord on peut penser que ce disque est une sorte de fourre-tout qui comprend avant tout des chutes de studio, des morceaux avortés, il n'en est rien. Car ce que cet album parvient à faire est bien plus habile, rare et intéressant qu'une simple surexploitation d'un talent : il nous donne l'impression de pénétrer dans le processus créatif d'un génie, un peu comme si on découvrait un carnet de croquis de Michelangelo qui révèlerait sa vision profonde de son art.

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