Earth
6.4
Earth

Album de EOB (2020)

Discret guitariste de Radiohead, Ed O’Brien n’en est pas moins pour autant un élément essentiel de l’équilibre et l’alchimie de la formation, chercheur de sons et auteur de vraies trouvailles musicales. Il était donc pour lui aussi grand temps de passer à la case album solo, après Thom Yorke, Jonny Greenwood et Phil Selway.
Suite à un séjour au Brésil qui le marquera durablement, plusieurs sessions verrons le jour pour enregistrer et produire ce premier disque, entre 2017 et 2019, dans un cadre idyllique et entouré de musiciens prestigieux (Adrian Utley, Nathan East, Omar Hakim, et même son comparse Colin Greenwood).


Shangri-La, titre d’ouverture, impose dès les premières secondes son gimmick rythmique et mélodique minimaliste, une entrée en matière accompagnée de mélopées vocales qui nous paraissent bien familières. La ritournelle se mute peu à peu en rock plus nerveux, autour d’un refrain plus classique mais au groove imparable, ponctué d’accents électriques efficaces.


Brasil, premier single extrait du disque publié en décembre dernier demeure, du haut de ses huit minutes trente, un sommet du disque. D’abord folk onirique aux arpèges qui ne sont pas sans rappeler la période In Rainbow ou même les ballades d’Elliott Smith, il prend ensuite un virage plus expérimental et électronique, marqué par un puissant kick et une basse massive sur laquelle se dessine des textures de guitares et de voix ; vertige. Une sorte de douce ascension, en forme de transe paisible, qui s’immerge elle-même dans ses belles paroles d’amour et ses boucles hypnotiques.
Ce qui surprend également dans ce titre, et qui sera une forme de constante dans le disque, ce sont les choix de production et de mixage. Assez éloigné des travaux tuilées et labyrinthiques de Nigel Godrich, producteur historique de Radiohead, Earth prend le partie d’oser la radicalité en terme de la compression et de définition sur certains sons, certains plans sonores, comme l’avait laissé présager la mise en bouche ambient Santa Teresa, par ailleurs étrangement absente du disque. Un travail étonnant mené notamment par les producteurs Flood, Alan Moulder et Adam ‘Cecil’ Bartlett, ayant œuvré pour des artistes tels que Nine Inch Nails, Nick Cave, PJ Harvey, Depeche Mode ou U2.


Deep Days propose une ballade dansante à souhait, avec sa batterie disco et sa basse mouvante, ses couches de guitares acoustiques aux accords latins, ses synthétiseurs et chœurs discrets. Une composition simple, sans prétention, aux accentuations et pulsations obsédantes et à la teinte profondément nostalgique, qui dévoile surtout un Ed O’Brien profondément romantique ; une sensibilité qui se révélera au fil du disque avec des paroles souvent tournées vers l’amour et chargées de poésie.



My days are spent within the sound of your voice /
My nights are spent within the reach of your hand /
We start this dance tonight and never to drop /
Moving together, girl, we won’t ever stop



Douce et onirique, tendrement mélancolique, Long Time Coming revêt des couleurs acoustiques sublimes. En moins de trois minutes, la voix d’Ed O’Brien touche au cœur, clairsemant les mots tendres (« And all we ever need is someone who says "I believe in you" ») avant un final crépusculaire.


Mass possède elle un charme unique, presque adolescent de prime abord, avec ses accords balayés de façon obstinées et ses turbulences électriques. Ses paroles en forme de mantra (« Stay in love / I’m nothing / Oh my love ») participent grandement à son caractère statique, contemplatif et onirique, avant que de somptueux chœurs ne fassent leur apparition et nous emporte définitivement sur une autre planète.


Banksters, sous ses apparences plus banales, cache pourtant une pop song à la dimension politique redoutable et éclairée, taillée pour la scène. Constat lucide d’un monde profondément mercantile et corrompu, elle interroge également la question de la foi, celle des hommes en des dieux qui ont changés de camps, de visages et de préoccupations (« Some days it just feels like heaven, and others it just feels like hell »). Éminemment contemporain.


Sail On, construit autour d’effets de reverb et delays qu’ Ed O’Brien affectionne tant, créé un temps suspendu, hors du monde, méditatif. Apaisé, c’est un doux poème en forme d’ode à l’émancipation, à l’oisiveté, à l’aventure et au lâcher prise (« No question now, all that is will be »).


Derrière Olympik et ses influences très marquées par les années 90 se cache le morceau le plus long du disque. Une fois encore le spectre est large, basses contre aigus, masses contre filaments, linéarité contre chemins de traverses. A la fois dansant et planant avec ses percussions haletantes, sa basse électronique, ses inflexions de guitares et ses percées synthétiques fantomatiques, il constitue une plongée dans la psyché humaine, l’univers des choix, du destin, individuel et collectif. Du sens de nos vies, et de celui d’aimer, toujours.



I have cried a thousand times /
Just to see what’s on your mind […] /
A love supreme is all I need /
To be waking up from the deepest sleep



Cloak of The Night, en duo avec la jeune chanteuse folk Laura Marling, clôt le disque en douceur, comme un souvenir de ce voyage en terres solitaires, pourtant chargé en satellites et météores.


Profondément acoustique, s’abandonnant parfois à des élans électroniques, Earth contient surtout un bel équilibre entre ses ambitions folk, pop et rock, fruit d’un savant mélange d’assemblages rythmiques, de métissages musicaux et de tensions électriques sous-jacentes.


Pour son premier album, Ed O’Brien fait donc le pari de l’intimisme et de la sobriété. En ramenant la guitare sur le devant de la scène et renouant avec une certaine forme de simplicité, s’affranchissant des codes devenus parfois complexes de Radiohead, il s’inscrit alors dans une autre sphère, émanant de la même galaxie mais ouvrant la porte d’un monde nouveau : le sien, et désormais aussi le notre.


la critique complète

Kamille_Tardieu
8
Écrit par

Créée

le 19 avr. 2020

Critique lue 395 fois

7 j'aime

Le  K

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7

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