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We were heeeeeeeeere!

Avis sur Endless Forms Most Beautiful

Avatar Zoro Astre
Critique publiée par le

Comme le laisse entendre son titre, tiré d’une citation de Darwin extraite de l’ouvrage De l’Origine des Espèces, ce nouvel album de Nightwish est dédié à la science, à la théorie de l’évolution et, de manière plus générale, à la beauté de la vie dans ce qu’elle a de plus réaliste. Endless Forms Most Beautiful – que l’on peut traduire par «une Quantité Infinie de Belles Formes » – contient tout ce que vous pouvez attendre d’un album qui s’inspire de la science : un vocabulaire cosmologique très développé – notamment dans The Greatest Show on Earth – qui nécessitera de faire quelques recherches pour saisir tout le sens de certaines paroles , un thème de l’évolution omniprésent, une petite pique contre le fanatisme religieux (Weak Fantasy), et un certain nombre de morceaux nous invitant à nous émerveiller devant la beauté de notre monde (Shudder before the Beautiful, Elan, Endless forms most Beautiful). D’un point de vue thématique donc, Nightwish nous propose un album inédit dans sa discographie.

Musicalement parlant, tout ceci reste plus classique. Le premier morceau, Shudder before the Beautiful, ressemble à un best-of du groupe, avec sa structure identique à celle de Storytime et un recyclage de riffs – que l’on retrouvera dans d’autres morceaux de l’album – qui frise l’auto-plagiat… Pourtant, ce morceau est l’un des meilleurs de l’album avec sa magnifique montée en puissance parfaitement gérée par Floor, ce refrain monstrueux qui sera certainement repris en chœur par le public lors des concerts, et ce duo claviers-guitare curieusement inédit dans la carrière du groupe.

Au final, tout l’album paraitra familier aux amateurs de Nightwish. Il me rappelle énormément Once, Oceanborn par moment (le piano sur Elan, le morceau Alpenglow), et se situe dans la continuité de ce que les finlandais ont proposé avec leurs trois derniers albums.

Malgré tout, la musique du groupe a évolué, et Endless Forms Most Beautiful apparait comme un album plus mature : les instruments des membres ne sont plus noyés sous les orchestrations symphoniques, permettant d’accorder une place plus importante aux claviers ainsi qu’à la guitare (nous avons même droit à quelques solos!) . Il est à noter également que le mixage de l’album est proche de la perfection, chaque instrument étant parfaitement audible sans la moindre sensation d’étouffement que l’on pouvait avoir sur les précédents. Si Troy est toujours parfaitement employé avec ses diverses flûtes, un banjo fait également son apparition sur l'excellent Weak Fantasy et dans la sublime seconde partie de My Walden - deux morceaux sur lesquels plane l’ombre de The life and times of Scrooge – apportant une diversité bienvenue. De même, on voit apparaitre quelques sons futuristes en provenance des claviers de Tuomas (The Eyes of Sharbat Gula, The Greatest Show on Earth) que j’aurais aimé entendre davantage, et même un beat techno du plus bel effet dans le dernier morceau.

La nouveauté la plus flagrante se situe évidemment au niveau du chant, assuré par Floor, qui, bien qu'elle adopte un style dans la lignée de celui d'Anette, brille dans chaque morceau par sa polyvalence, allant du chant lyrique (l’introduction du morceau éponyme, The Greatest Show on Earth) aux grognements (le refrain de Yours is an Empty Home) en passant par le chant clair, parfois doux (our Decade in the Sun, Alpenglow), parfois puissant (Endless Forms Most Beautiful) ou plus rauque (Weak Fantasy) voire agressif (Yours is an Empty Hope). Floor s’adapte à la perfection à l’ambiance de chaque morceau, et prouve à nouveau à quel point elle est une chanteuse exceptionnelle. Le chant masculin, assuré par Marco et Troy, est de ce fait bien plus en retrait que sur les précédents opus, les 2 chanteurs étant le plus souvent relégués aux backing vocals, notamment sur les refrains. Le remplacement de Jukka par Kai est moins flagrant, le batteur ayant cherché à rester le plus proche possible du style de son prédécesseur.

A vrai dire, malgré ces changements, Nightwish ne propose rien de très original dans cet album. Les 9 premiers morceaux sont, à quelques exception prêts, conçus autour de la même structure couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain que je trouve très ennuyeuse, et je regrette que Tuomas n'ait pas cherché davantage à sortir de ce schéma, ce qui aurait certainement rendu plus intéressants des morceaux tels que Edema Ruh, aux sonorités très 80's, ou Yours is an Empy Hope (qui aurait pu être une tuerie avec un pont mieux géré). Néanmoins, les mélodies sont sublimes, les lignes de chant diversifiées, rythmées (à ce propos, les sonorités des mots et la manière dont Floor les prononce sont parfaites), et les paroles sont certainement les plus belles que Tuomas ait jamais écrites, ce qui modère ma déception concernant cette absence de prise de risques. Cependant, j'attends quand même davantage de Nightwish à ce sujet.

Pour terminer, je vais m'attarder un peu sur le morceau qui clôture l'album, magnifique pièce de 24 minutes décrivant la naissance de notre planète et l'apparition de la vie. Le titre précédent, The Eyes Of Sharbat Gula, superbe morceau instrumental ayant pour thème les enfants dans les guerres (et qui est, pour moi, le plus bel instrumental du groupe, avec ses nombreux instruments, ce piano mélancolique, ces chœurs d'enfants et ce formidable final à la Sergio Leone) fonctionne comme une parfaite introduction à The Greatest Show on Earth - titre d'une oeuvre de Richard Darkins. La première partie du morceau, Four Point Six, autrement dit, l'âge de notre système solaire, s'ouvre sur cette sublime mélodie jouée au piano, qui m'évoque notre planète tournant sur elle-même durant ces milliers d'années; ce premier chapitre est ponctué d'explosions des plus cinématographiques et voit apparaître le magnifique thème que l'on retrouvera dans Life, et quelques sonorités futuristes... L'évocation de la naissance de notre système solaire et de notre Terre est parfaite, et l'apparition du chant lyrique de Floor, tel celui d'une entité supérieure non humaine, est l'un des plus beaux moments de l'album... A la première écoute, j'ai été décontenancée par l'intervention de Richard Darkins... Mais on s'y habitue très vite, d'autant plus que ce qu'il dit est magnifique (et ce sera le cas pour ses 3 interventions sur ce morceau). Après toutes ces années durant lesquelles notre Terre était vide de toute vie, cette dernière fait son apparition; la musique devient plus rapide, le piano laisse sa place à la guitare, et Floor prend une voix grave quasi robotique (m'évoquant l'objectivité scientifique) sur les couplets. Le refrain de cette seconde partie est l'un des plus beaux jamais composés par Tuomas, optimiste et terriblement fédérateur, magnifiquement interprété par Floor... Impossible de rester indifférent. Les références scientifiques sont très nombreuses dans cette partie (LUCA, the Devonian Sea, Ion Channels) mais est évoqué également le devoir que nous avons de préserver notre planète ainsi que les diverses formes de vie qui s'y trouvent. C'est alors que le morceau bascule dans son passage le plus déconcertant, le début de The Toolmaker étant en effet ponctué de cris de mammifères, qui vont bientôt laisser leur place au passage le plus heavy du morceau, durant lequel Marco (que l'on entend bien trop peu sur l'album à mon goût!) et Floor décrivent par un chant plus agressif le passage peu glorieux de l'espèce humaine sur Terre, avant de basculer sur l'extraordinaire refrain (?) de cette partie, l'un des plus beaux jamais composés par Tuomas (je l'ai déjà dit, ah bon?) et ces "We were here" qui me donnent des frissons à chaque écoute... Le passage retraçant l'histoire de l'homme par la musique est également une très bonne idée, même si j'aurais aimé qu'il soit mieux intégré. La mélodie au piano de Four Point Six refait son apparition, comme pour démontrer que la Terre a continué de tourner lors de notre passage sur cette dernière, et qu'elle continuera à le faire après note disparition...C'est alors que nous entrons dans la quatrième partie, The understanding, totalement symphonique et ponctuée d'une intervention de Darkins. La musique est splendide, à des années-lumière de l'ennuyeuse fin de Song of Myself, et se fond peu à peu dans des sons marins (on entend les vagues, des baleines) sur lesquels Darkins délivre sa dernière citation. Cette dernière partie, Sea-Worn Driftwood m'évoque une Terre toujours peuplée de diverses formes de vie mais sans humains... Une belle conclusion, très apaisante.

Pour résumer, vous l'aurez compris, ce titre à lui seul vaut l'achat de l'album et démontre que Nightwish est capable de créer des morceaux exceptionnels. Néanmoins, le reste de Endless Forms Most Beautiful paraît forcément un peu en-deçà, car un peu trop conventionnel, bien que largement supérieur à ce qu'offrent les autres représentants de ce style musical. J'ajouterai pour terminer qu'il m'a fallu un grand nombre d'écoutes pour apprécier certains titres tels que Our Decades in the Sun ou le morceau éponyme, et que chaque écoute me fait aimer davantage cet album. Il n'a pas l'immédiateté d'un Once ou d'un Imaginaerum, mais une fois qu'il aura grandi en vous, vous ne regretterez pas votre persévérance.

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