Un demi-siècle de blues en 10 pistes

Avis sur Get Yer Ya-Ya's Out! The Rolling Stones in...

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Une merveille, une perle de live, un monument à l'épreuve du temps et des erratiques tendances musicales.

Ce chef d'oeuvre est constitué de 10 morceaux sélectionnés lors de deux concerts de la tournée américaine des Stones de 1969 qui suit les albums (divins) Beggars Banquet et Let it Bleed. BB King et d'Ike et Tina Turner accompagnent les Stones durant cette tournée qui se terminera de façon chaotique à Altamont. Cet album est à mon sens porteur d'une puissante symbolique qui dépasse l'excellence de sa performance. Je m'explique :

On pourrait disserter pendant des heures sur cette remarquable performance live qui pour moi est une des meilleures de touts les temps. Le son, à peine retouché nous transmet l'énergie pure des Stones, et tous sont au sommet de leur forme. Les jeux de guitare entremêlés de Keith et Mick sont parfaits, ils s'emmêlent, se démêlent et créent l'osmose parfaite que peu de groupes à deux guitares peuvent revendiquer. La batterie de Watts est impec, la force tranquille du groupe, comme d'ab. Par dessus tout ça les rugissements de Mick Jagger : tout y est.

Mais pour moi, cet album revêt une symbolique bien plus importante : C'est un pont, une autoroute, peut être le plus beau raccord qui ait été fait entre le blues des marécages du Delta et le rock anglais le plus brut de la génération 68 qui s'incarne avec les merveilleux et détonnants Sympathy for the Devil et Street fighting man.

Le choix des 10 morceaux est pour moi la revendication de cette filiation : On y trouve un magnifique Love in vain signé Robert Johnson, père de tout les emules du blues, qui figure sur Let it Bleed ; également deux Chuck Berry dont le merveilleux Carol, exhumé du tout premier album du groupe. Les Stones, au sommet de leur gloire savent ce qu'il doivent à leurs maîtres.

Le choix de BB King et de Ike et Tina Turner est également intéressant. Ike c'est le père du rock, pianiste sur le fameux Rocket 88', que la légende retient comme le premier morceau de rock. BB King c'est l'archétype du bluesman de sa génération, au jeu de guitare aussi épuré qu'exceptionnel. On est frappé de voir ces pontes en première partie de leurs fils spirituels mais quand la dynamique est en marche, rien ne peut l'arrêter. Cette collaboration à des allures de bénédiction, et cet album des allures de sacre.

Des brumes envoutantes du Delta aux rues de Londres, en passant par les grandes avenues de Memphis, le blues gras et strident, fort de son ubiquité, s'expose ici sous son meilleur jour.

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