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Le (dé)goût du miel

Avis sur Honeymoon

Avatar Psychedeclic
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“Déjà” ? Telle fut ma première réaction en apprenant, cette année, que Lana Del Rey allait sortir un nouvel opus, un an à peine après l’excellent Ultraviolence, qui lui a valu des ponts d’or de la part de la critique et du grand public, en tout cas dans leur majorité. Déjà, oui, car j’ai tendance à me méfier des artistes trop prolifiques, qui vont vous servir à peu de temps d’intervalle des morceaux qui, finalement, auraient peut-être dû rester dans un tiroir, ou mijoter un peu plus longuement avant de nous être présentés. L’un des exemples les plus frappants à ce niveau reste pour moi le grand Bowie (je m’attends à me faire taper sur les doigts), qui a tout de même sorti pas mal de disques durant sa longue carrière, dont les parutions parfois assez rapprochées témoignaient d’une créativité pas vraiment canalisée.

Loin de moi l’idée de conclure définitivement que Del Rey est de cette trempe (il est encore trop tôt pour l’affirmer), mais coïncidence ou pas, Honeymoon est jusque-là son album le moins réussi. J’avais été, pour ma part, assez impressionné par les deux précédents (Paradise et Ultraviolence), sidérants en terme de qualité globale et de maîtrise d’un univers “rétro-spleenesque” que l’on sent pourtant toujours aussi sincère. Mais là où Ride et Cruel world savaient d’emblée vous mettre la fessée, l’intro éponyme fait cette fois preuve d’une lenteur et d’un minimalisme qui rebutent… A croire que le piano / voix feutré, qui ne dénote pas dans le style de l’artiste (on en était déjà très proche avec Blue velvet et Yayo), a peut-être moins de charme et d’intérêt qu’on pouvait le penser. A la première écoute de l’album, je dois d’ailleurs avouer que les trois premiers morceaux m’ont paru assez catastrophiques et plombants, impression qui s’est certes estompée avec le temps mais qui n’a pas totalement disparu. Ils ont toutefois le mérite d’imprimer la tonalité générale de cet opus, qui, comme son nom l’indique sans doute, s’avèrera plus suave et mielleux qu’à l’accoutumée, ce qui n’est pas vraiment un compliment.

Car décidément, même si les titres défilent sans que l’on y prenne trop de déplaisir, pas de doute, il manque quelque chose : la profondeur et la noirceur de Paradise, la classe ultime d’Ultraviolence. Un peu comme si la lune de miel consistait uniquement à se dorer la pilule sur une plage de sable fin, à observer l’océan, l’horizon, les yeux dans le vague, ou à dormir dans des draps blancs et soyeux à longueur de journée, sans les ébats sexuels attendus qui viendraient pimenter un peu tout ça. God knows I tried, High by the beach et Art Deco convainquent et nous laissent croire que l’ensemble va monter en puissance, mais la seconde moitié du disque, malgré les inclinaisons jazzy ou western plutôt novatrices (Salvatore), n’évite pas l’essoufflement à force de langueur, et terminer par une reprise un tantinet convenue ne me semble pas une bonne solution. Exception notable cependant : The blackest day est clairement la meilleure chanson de l’album, survolant toutes les autres en terme d’efficacité. On y retrouve la Lana Del Rey de 2013, plus profondément tourmentée, qui va puiser dans ses tripes et ne se contente pas de rester en surface à faire la planche sur une mer d’huile... L'artiste, qui avait ici pour ambition, paraît-il, de marier les atmosphères de ses deux précédentes productions, échoue quelque peu dans sa tâche, nous prouvant, s'il y en avait encore besoin, que le mariage est bien souvent une chose vaine, d'autant plus si le voyage de noces s'avère décevant. Malgré ses épines parfois blessantes, mieux vaut garder entre les mains une rose rouge qu’une douce colombe !

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