Ligne d'horizon qu'on plisse.

Avis sur Horizons

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Il y a 8 ans, sur son titre "Télégramme 2003", Hubert-Félix Thiéfaine chantait son soutien à Bertrand Cantat à travers un texte porteur d’une justesse, d’une émotion et d’une délicatesse inouïes. Le refrain résonne toujours :

Ronge tes barreaux avec les dents
Le soleil est là qui t'attend
Ronge tes barreaux avec les dents
Tes amis deviennent impatients

Le soleil…c’est justement droit dedans que le regard de Bertrand Cantat s’est figé pour écrire un nouvel horizon. L’attente était alimentée par la vidéo de l’extrait « Droit dans le soleil » qui avait présenté un homme profondément marqué ainsi qu'un univers musical saisissant. L’album s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Bertrand Cantat, innovante au sein de son nouveau projet musical formé autour de sa complicité avec Pascal Humbert.

"Horizons" s’accorde au pluriel. Morceaux subtilement légers et dénudés (Droit dans le soleil, Ange de désolation..), arrangements électriques et poignants (Le creux de ta main, Terre brûlante..) et même deux morceaux en anglais, le tout sur fond de poésie, de finesse.
Le duo Détroit reprend également Léo Ferré, cher à Bertrand Cantat, et propose une version inédite de "Avec le temps" à l'aide d'un riff captivant. Somptueux.
Avec le temps, avec le temps va, tout s’en va…

Par ailleurs, l’album "Horizons" est à l’image de son contenu musical ; c’est un objet magnifique, une petite merveille. Dans son intégralité "Horizons" est une entière satisfaction et fait preuve d’une profondeur envoûtante et fascinante.

On ne peut hélas traiter de cet album sans ignorer la cohue que génère sa sortie. Réintégration, effacement, discrétion, dette, honte, scène, prison, silence, meurtrier, peine, applaudir, boycott, purger, pardon, condamné, Vilnius, suicide, femme… tant de provocations que gerbent les bouches de ce que la profession de journaliste fourni de plus médiocre. Tant d’amalgames et trop de mépris. Trop d’acharnement. Trop d’incompréhension et de distance par rapport à une réalité qui n’a nul besoin d’être matraquée pour ne pas être ignorée. Trop de haine, d’intrusion et d’irrespect. Trop de propos qui n’ont pas leur place dans la souffrance d’un homme, dans celles de ses proches et qui tendent à déformer, stériliser, plisser l’histoire et l’univers de Bertrand Cantat. C'en est écœurant.

Contentons-nous d’aborder l’aspect artistique de l’homme, son travail, son projet Détroit ; son œuvre. Laissons-le à son rang d’artiste, de musicien et d’écrivain ; le reste, nous ne sommes ni autorisés ni capables de le juger.

Avec le temps, fauve, soleil, horizon(s), détroit, ma muse, ange, majesté, éternel, scène … La voix de Bertrand Cantat ne répondra pas aux provocations qui émergent d’âmes insensibles, mais fournira bel et bien un album rugissant de poésie, d’émotion, de cœur et de corps. Qu'il est bon de retrouver cet artiste, qu'il est bon de le voir du côté de l'envie, de la vie.

Quelle est longue cette route
entre le ciel immense et la terre brûlante

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