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Récit d'un homicide avorté

Avis sur #Humanité

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Critique publiée par le
  • 13 septembre :
    Nouveau tweet de Damien Saez. Oh putain il est vivant, lui. Si l’islamo bobo gauchisme était un jeu vidéo, ce mec serait le boss final. Et mon adolescence la manette. L’existence de ce poète maudit à l’eau de rose m’est doublement insupportable : Il y a bien longtemps que ses tirades anticapitalistes primaires ne trouvent plus écho en moi, me rappelant au passage que j’ai été jeune et con avant d’être vieux et fou (25 ans à l’heure actuelle, le cachet de la poste faisant foi). Mais il y a aussi et surtout ces gémissements caractéristiques, cette dramaturgie excessive voire déplacée, ce côté martyr leader price pour adolescents canada goose en manque de repères. C’est décidé, je sors mon fusil sniper, paré à faire feu au moindre gémissement suspect.

  • 24 octobre :
    Titre de l’album dévoilé. « #Humanité ». Oh putain il va geindre. Copieusement. Enfoncer des portes ouvertes depuis des années sur l’influence démoniaque des réseaux sociaux. L’occasion est trop belle, je charge mon fusil sniper, trépignant d’impatience à l’idée de voir la tête du camarade Saez éclater comme une pastèque en slow-motion.

  • 14 Novembre :
    Pochette de l’album dévoilée. Oh putain quelle horreur. C’est moche à en chialer, cliché à en vomir, et d’une finesse Bigardesque. Ca va encore effrayer la ménagère et attirer les foudres de la censure. Le camarade avait en effet connu des épisodes de controverse similaire lors de la sortie de J’accuse en 2010 et Miami en 2013. En y repensant, le doute me pénètre : « ils étaient quand même biens ces albums, les textes étaient pas si mal foutus, les morceaux pas dégueulasses, et dans le fond, il a bien raison sur quelques points… ». Mes rêveries s’estompent alors que mon regard croise à nouveau cette immonde pochette. Je balaye le doute d’un revers de crosse de fusil, et met en joue le camarade.

  • 19 Novembre :
    Premier single « P’tite Pute » disponible. Oh putain c’est mauvais. Encore pire que ce que j’avais imaginé. Il y a les gémissements, les portes ouvertes, et cette colère qui sonne aussi creux qu’une Miss France amnésique, mais pas que. En plus de la production et instrumentation du niveau d’un logiciel amateur à la garage band (le talk box devrait être banni à tout jamais), nous avons également droit à un pâle croisement entre L’homme pressé et J’accuse aux relents misogynes (il faudrait d’ailleurs penser à redonner la définition historique de collabo au petit Damien, s’il vous plaît). Me voilà comblé. Fusil sniper chargé, camarade mis en joue, je retire le cran de sécurité et pose mon doigt fébrile d’excitation sur la gâchette.

  • 30 Novembre :
    Sortie de l’album. Paré à tirer. J’écoute, en entier et plusieurs fois, par principe. Puis je repose mon arme, un peu déçu. Il faut se rendre à l’évidence : ce n’est pas du grand Saez, ça reste d’ailleurs insupportable par moments à l’image du chanteur, mais c’est loin d’être mauvais. Tant pis, je ressortirai mon fusil pour une prochaine fois. D’ailleurs, c’est quand le prochain album de Muse ?

Gémissements partisans

Car s’il y a bien une constante dans la carrière du chanteur français, c’est sa capacité à pondre des projets musicalement cohérents, malgré la pénibilité de ses gémissements.

Le premier morceau, sobrement intitulé Humanité, donne le ton : on y retrouve l’ambiance apocalyptique et les prédictions dystopiques si chères à l’univers Saezien, déclamées avec un mélange de rage et fatalité, sur fond d’une lente montée en puissance de l’instrumentation, qui trouve son paroxysme sur d’inattendus violons orientaux, agrémentés de « Allez crève fils de pute » plus prévisibles. S’ensuivent La guerre des mondes et La mort, qui s’inscrivent dans le même registre : on passe des arpèges acoustiques aux power chords fougueux, des murmures plaintifs aux cris rageurs, des braises de la contestation à l’embrasement de la révolution.

C’est à ce moment précis que j’ai compris pourquoi je votais à gauche. Je trouvais encore une certaine poésie dans ses formules, éprouvais une certaine colère au travers de ses accusations, et réveillais ainsi mon côté Mélanchonesque. J’avais de nouveau envie de casser du banquier et fumer des pétards en chantant l’internationale avec des gilets jaunes.

Même le single P’tite pute retrouvait de l’intérêt en s’enchaînant sur l’étonnant La Belle au bois, qui vient tempérer la misogynie condescendante de son prédécesseur en narrant les déboires et infortunes de certaines de ces "p’tites putes", prises au piège dans le jeu perfide des apparences malgré elles. Les synthés disco et les rythmiques presque dansantes de ce titre pourtant extrêmement pesant constituent un moment fort de cet album.

Car pour le reste, on repart sur des bases plus classiques. De la guitare à toutes les sauces, des thèmes polémiques comme la religion, l’insécurité ou la dérive individualiste des réseaux sociaux, et des gémissements en veux-tu en voilà. La légèreté déconcertante de la ballade L’attentat tranche avec les remuants Elle aimait se faire liker ou Burqa, sans qu’il y ait de réels temps faibles dans l’enchaînement des 11 morceaux de ce disque.

En fin de compte, on est loin du naufrage que certains, moi le premier, avaient entrevu. Ou plutôt avaient envie d’entrevoir, car Saez reste un personnage détestable sur bien des aspects (un stage en entreprise lui ferait le plus grand bien). Reste que l’artiste, lui, est encore capable de sursauts musicaux inspirés. En effet, à défaut d’être transcendant, #Humanité saura retenir l’attention des auditeurs qui voudront bien passer outre les couinements dépressifs du poète officiel de ta crise d’adolescence.

  • En quelques mots : Un homicide avorté
  • Coups de cœur : Humanité, La Belle au Bois
  • Coups de mou : Amour criminel
  • Coups de p’tite pute : P’tite pute
  • Note finale : 6
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