Seek deep inside, tell me what you find...

Avis sur III: Temples of Boom

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Avec deux très bons albums, Cypress Hill a déjà forgé son identité: fumeurs invétérés et défenseurs du cannabis, on les reconnaît à l'ambiance macabre de leurs sons, au flow de B-Real et à leur forte odeur de weed. Ici, en 95, ils ont atteint l'apogée de leur style, bien que beaucoup plus difficile d'accès que les précédents opus.
Cet album paraît assez indescriptible au premier abord, je parlerai de "rap psychédélique" tant tout devient hypnotique et est calculé par des fumeurs pour des fumeurs.

Niveau thématiques on reste dans du Cypress Hill, avec beaucoup de shootouts aux fumeurs et aux latinos, des références au gang des Bloods et notamment à la Neighborhood Family (dont sont membres Sen Dog et B-Real), des textes sur la violence, la fumette, la folie, la mort, la street life (avec le très bon storytelling Locotes). B-Real raconte entre autres qu'il a des hallucinations, explique comment il est en train de devenir mentalement instable et de sombrer dans la paranoïa, thématique sublimée par son flow et les instrus de Muggs. Petite exception, No Rest For The Wicked est un diss track à l'encontre d'Ice Cube (dans le contexte d'un beef à la con comme les rappeurs savent en faire).

Le meilleur arrive à l'écoute: déjà DJ Muggs est au sommet de son art. On reconnaît sa patte plus fine que jamais, il arrive à orchestrer sans problème 3/4 samples sur une seule track. On a les sons les plus travaillés de sa carrière (avec les Soul Assassins) sur cet album, où chaque morceau est d'une richesse surprenante. Des beats si sophistiqués qu'il n'arrivera jamais à faire mieux. Le seul titre produit par un autre est estampillé RZA du Wu-Tang, excusez du peu!
En dehors de la qualité musicale de l'album, on a l'ambiance la plus travaillée du groupe. Les basses profondes, l'utilisation de sitars, des cuivres vaporeux, des samples aigus qui donnent un côté lunaire aux sons... tout contribue à la création de l'ambiance calme, nocturne, macabre, glauque à souhait, de la couleur noire de l'album (les tracks Illusions, Boom Biddy Bye Bye ou Red Light Visions résument bien mon propos). On pouvait voir les prémices de ce style sur Black Sunday, mais c'est là que le DJ atteint le son le plus sombre, lent, pessimiste voire effrayant de sa carrière.

Les flows quand à eux sont au maximum dans cette tématique, avec un Sen Dog (peu présent en raison de son travail sur un projet solo à l'époque) qui donne l'impression de rapper entre deux lattes, à moitié étouffé, et un B-Real dont le flow de canard saccadé à mort est plus hypnotique que jamais. On reste dans cette atmosphère sombre et menacante créée par les beats et les textes.

Pour finir je citerai l'intro de l'album, qui résume assez bien la direction artistique que le groupe a pris: ils vous incitent à les suivre dans leur Temple (comme l'évoque la pochette), possible métaphore pour leur cons' de substances illicites qui fera divaguer votre esprit, la violence des gangs et de la rue, ou leur monde sombre et effrayant enfoui sous une tombe au fond d'un cimetière...
"Once again the powers of the herb open up the mind
Seek deep inside, tell me what you find
Come on..."

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